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Depuis la contre-offensive de l’armée tchadienne en mars dernier, l’activité de Boko Haram a été réduite à un niveau qui pourrait être une promesse de l’élimination totale du groupe terroriste d’ici un an, estime dans un entretien exclusif à Sputnik le président et fondateur du Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme.

En mars 2020, Boko Haram, groupe qui a prêté allégeance à Daech*, a attaqué une base de l’armée tchadienne près du lac Tchad, 98 personnes y ont perdu la vie. La contre-offensive, menée par le Président tchadien Idriss Déby, ne s’est pas fait attendre et cette riposte a pu éliminer plus de 1.000 terroristes.

Comment la situation sécuritaire a changé ces derniers mois, combien de combattants opèrent dans la zone du lac Tchad et quel est le nombre de désengagés auprès de Boko Haram, explications d’Ahmat Yacoub Dabio, président et fondateur du Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme (CEDPE).

Effectifs de Boko Haram divisés par trois

«La sécurité dans ce bassin est en nette amélioration», affirme Ahmat Yacoub Dabio. Selon lui, ce changement de situation a plusieurs raisons, dont la contre-offensive de l’armée tchadienne en mars. Cela a coïncidé avec la perte par le groupe terroriste d’une partie de ses effectifs dont «4.142 personnes associées qui se sont rendues aux autorités tchadiennes et 664 combattants ont perdu la vie en 2019».

«Boko Haram a perdu du terrain et il n’a plus le poids militaire et financier qu’il avait par le passé puisque son effectif sur le terrain qui était d’environ 15.000 personnes en a été réduit à 6.500 en 2020. La secte qui possédait des engins blindés et des véhicules circule maintenant avec des motos. Le contrôle de mines d’or par les autorités au nord du Tchad a fait perdre à la secte une source de revenu très importante.»

En plus, grâce à la surveillance par les autorités sécuritaires des axes de trafics d’armes et de commerces, le groupe terroriste se retrouve aujourd’hui dans un périmètre exigu, avec peu de moyens.

Boko Haram n’existera plus en 2022

Le groupe terroriste se retrouve dans une situation difficile puisqu’il a perdu sa capacité de nuisance surtout après la défection de 4.142 de ses membres, souligne le président du CEDPE. Mais il faut être prudent et ne pas se fier à la baisse d’intensivité de ses opérations militaires.

«Selon une analyse que nous avons effectuée, le groupe Boko Haram n’aura plus d’existence en 2022 si les pays membres du Bassin du lac Tchad, appuyés sérieusement par la communauté internationale notamment les forces de Barkhane, mutualisent leurs efforts et engagent de concert une action militaire d’une grande envergure.»

Le groupe qui comptait début 2020 environ 6.500 membres, dont 26% de femmes, perdra jusqu’à la fin de l’année en cours 2.450 combattants, selon les pronostics du CDPE si le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigeria lancent ensemble une offensive militaire de grande envergure.

Ahmat Yacoub Dabio partage l’analyse du CEDPE, il est persuadé que la pression militaire obligera 2.350 personnes à se désengager et à se rendre aux autorités du Bassin du lac Tchad, ce qui affaiblira largement Boko Haram dont l’effectif chutera pour passer à 1.502 éléments, avec 1.310 combattants actifs et 392 femmes (23%), qui vont décider de se désengager. Si la pression militaire se poursuit jusqu’en 2021-2022, «on ne parlera de Boko Haram qu’au passé».

«L’éradication de Boko Haram dépend de trois aspects»

L’engagement militaire du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Nigeria est primordial. Mais, d’après le fondateur du CEDPE, le processus de réinsertion socioprofessionnelle d’environ 10.000 désengagés doit commencer et les quatre pays doivent avant tout mettre sur pied un plan Marshall pour le développement socioéconomique de cette région longtemps délaissée.

«Rien que dans la province du Lac, le nombre de désengagés pourrait atteindre jusqu’à 6.894 en 2021. En somme, l’éradication de Boko Haram dépend en grande partie de trois aspects: une offensive générale concertée, la réinsertion des désengagés et le lancement d’un développement socioéconomique.»

*Organisation terroriste interdite en Russie

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