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Contestés mais finalement vainqueurs après plusieurs semaines de violences, les Présidents de Côte d’Ivoire et de Guinée ont atteint leur objectif de rempiler pour un troisième mandat, au prix d’une flopée de morts. La contestation ne faiblit pas, mais le risque de valider une jurisprudence en Afrique de l’Ouest est désormais présent.

Les rideaux sont (pour le moment) tombés sur les élections qui se sont tenues en octobre en Guinée et en Côte d’Ivoire. Les Présidents Alpha Condé et Alassane Ouattara, porteurs chacun d’un projet de troisième mandat contesté par leurs opposants, sont parvenus à leurs fins en gagnant le droit d’effectuer un quinquennat supplémentaire.

Un succès obtenu au prix de plusieurs centaines de morts et de blessés consécutif aux violences entre forces de l’ordre et manifestants. En attendant les cérémonies d’investiture à Conakry et Abidjan, ce qui est considéré par de nombreux observateurs comme un forcing constitutionnel serait-il payant en fin de compte?

«La responsabilité de la France est peut-être engagée dans ce qu’il s’est passé. Elle a été un peu complaisante, notamment avec le Président ivoirien. De fait, il y a maintenant ce que l’on pourrait appeler la jurisprudence Ouattara-Condé en ce qui concerne la question du troisième mandat dans les Constitutions qui n’autorisent que deux mandats consécutifs», relève pour Sputnik Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE).

Selon la Cour constitutionnelle guinéenne qui a déclaré «régulier le scrutin présidentiel du 18 octobre 2020», Alpha Condé, candidat du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel), a obtenu 59,50% des suffrages contre 33,49% pour son principal adversaire Cellou Dalein Diallo.

À Abidjan, Alassane Ouattara a été réélu avec 94,27% des voix en l’absence active des candidats Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’Guessan. Le Président Emmanuel Macron a transmis par courrier ses félicitations au chef de l’État ivoirien.

Mais le Président guinéen, lui, doit encore attendre un geste de son homologue français.

«Le signal d’Emmanuel Macron à l’endroit d’Alassane Ouattara a pu être facilité par le boycott de l’élection présidentielle par les principaux opposants. Mais il se dit que même l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire n’aurait pas été au courant dudit message. Alpha Condé, pour sa part, met la France en porte-à-faux après avoir affronté plusieurs adversaires par les urnes, ce qui ne présume en rien d'un scrutin qui est par ailleurs contesté», souligne Emmanuel Dupuy.

«Le temps joue contre les opposants»

Aujourd’hui, «le temps joue contre les opposants», estime l’analyste. Assigné à résidence à son domicile de Conakry, que surveillent plusieurs dizaines de policiers et gendarmes, Cellou Dalein Diallo ne semble pas en mesure de remettre en cause le verdict de la Cour constitutionnelle. Plusieurs de ses lieutenants –dont Abdoulaye Bah, Cellou Baldé et Ousmane Gaoual Diallo– sont en prison après avoir été inculpés pour «atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation».

Quant au Président Ouattara, c’est après le blocus radical des domiciles de ses principaux opposants, dont celui d’Henri Konan Bédié, qu’il a arraché un tête-à-tête avec ce dernier. Une rencontre hyper médiatisée tenue le 11 novembre et à l’issue de laquelle les violences meurtrières ont subitement diminué ou cessé.

«À présent, ce à quoi nous assistons, c’est qu’en Côte d’Ivoire par exemple, le Président Alassane Ouattara veut rendre le processus de validation de son élection définitivement inattaquable en précipitant la date de son investiture. La même mécanique joue en Guinée, facilitée par l’apathie de la communauté internationale, mais avec le risque de donner corps à cette jurisprudence évoquée plus haut», avertit Emmanuel Dupuy.

Après les résultats définitifs du scrutin du 31 octobre, le Président ivoirien aurait émis le souhait, selon Jeune Afrique, «d’anticiper l’organisation de son investiture».

Celle-ci devrait avoir lieu le 14 décembre prochain pour être conforme à l’article 58 de la Constitution mais Alassane Ouattara «aimerait fixer une date mi-novembre», selon la même source.

Cependant, si la jurisprudence Ouattara-Condé pourrait être invoquée sous d’autres cieux ouest-africains, ce ne sera pas le cas au Niger où le futur ex-Président Mahamadou Issoufou ne se présente pas à la présidentielle du 27 décembre après deux mandats.

Au Burkina Faso, Roch Marc-Christian Kaboré, chef de l’État sortant, n’est en quête quant à lui que d’un second quinquennat face à 12 concurrents au scrutin du 22 novembre. Il avait accédé à un premier mandat 14 mois après une contestation populaire qui avait forcé, en 2014, le Président Blaise Compaoré à quitter le pouvoir alors qu’il s’apprêtait à amender la Constitution pour se présenter à… un cinquième quinquennat consécutif.

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Tags:
Constitution, Alassane Ouattara, Alpha Condé, Guinée-Conakry, Côte d'Ivoire
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