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L’annonce, par le ministre tunisien des Affaires étrangères, d’une sanction de l’Union africaine contre la Tunisie a provoqué un malaise au sein du gouvernement. Un conseiller du Président Kaïs Saïed a tenté de minimiser la portée de cette décision qui atteste, cependant, du manque de moyens financiers accordés à la diplomatie tunisienne.

Habib Bourguiba doit se retourner dans sa tombe! Membre fondateur de l’Organisation de l’unité africaine, le premier Président tunisien n’aurait jamais imaginé que son pays serait un jour interdit de parole au sein de l’Union africaine (UA), qui a remplacé l’organisation précitée.

Othmane Jarandi, le ministre des Affaires étrangères, l’a affirmé mercredi 18 novembre à l’occasion de la discussion du projet de budget annuel de son département face à la commission permanente des finances du Parlement. En termes clairs, il a expliqué que l’Union africaine avait interdit à la Tunisie de prendre la parole devant ses instances durant six mois pour ne pas s’être acquittée de ses cotisations qui s’élèvent à 18 millions de dinars (6,6 millions de dollars).

«Nous n’avons pas été en mesure de payer la contribution de l’année en cours, étant donné que le ministère des Finances n’a pas versé au département des Affaires étrangères les fonds complémentaires requis», a avoué le chef de la diplomatie tunisienne.

Restrictions budgétaires

Selon Othmane Jarandi, le budget alloué à son département ces dernières années «est entièrement consacré aux dépenses de fonctionnement» et ne suffit donc pas à réaliser les programmes prévus. Des révélations qui ont soulevé une vague d’étonnement au sein de l’opinion publique et de la classe politique. Surtout que, le jour même, le Premier ministre Hichem Mechichi annonçait la volonté de son pays de renforcer la «coopération dans tous les secteurs économiques ainsi que le développement des investissements» avec les États africains.

Traduction: «Il semble que la Tunisie se contentera de prendre la parole au sein de l'Association qatarie des juristes constitutionnels et de l'Union des savants des Frères musulmans, ironise amèrement l’historien Abdejlil Bouguera, en allusion au poids du parti islamiste Ennahda sur la vie politique tunisienne.»

La situation est telle que la présidence la République a dû réagir dans l’urgence. Jeudi 19 novembre, le palais de Carthage a dépêché Walid Hajjem, conseiller diplomatique du Président Kaïs Saïed, dans le studio de la radio Shems FM pour tenter de calmer les esprits.

«Ce n’est pas vrai! La Tunisie est l’un des pays fondateurs de l’Union africaine et il est vrai que nous avons des arriérés dont nous devons nous acquitter, ce que nous ferons, mais cette information est totalement fausse. Il y a eu mauvaise interprétation des propos du ministre des Affaires étrangères, cette procédure n’est pas disciplinaire mais encourage les pays à régulariser leur situation, ni plus ni moins», a-t-il expliqué.

Mesure légitime

Ezzedine Zayani, ancien ambassadeur de Tunisie auprès de la République démocratique du Congo, estime que le ministre des Affaires étrangères a bien fait d’évoquer cette question afin de provoquer «une prise de conscience».

«À mon avis, c’est dans le but de sensibiliser les députés sur la nécessité de rajouter des sous à ce pauvre département des Affaires étrangères qui est en train de souffrir. Le budget du ministère des AE ne répond plus aux besoins de la diplomatie tunisienne», déplore-t-il. Ancien fonctionnaire au sein de l’organisation continentale, Ezzedine Zayani considère cependant que la mesure de l’UA est légitime.

«Le rappel à l’ordre de l’Union africaine est légitime car il est important que tous les pays membres s’acquittent de leurs cotisations. Mais il ne faut pas voir cela comme une mesure disciplinaire sévère. Il est vrai que le conseiller du Président a essayé de raboter un peu pour sauver la face mais il faut reconnaître que certains politiques et gouvernants réfléchissent comme des épiciers. Ils estiment que la contribution de la Tunisie auprès de l’UA aurait pu servir à autre chose. Ils pensent de manière populiste. Cette sanction est donc salutaire», assure-t-il.

Pour sa part, Noureddine Mezni, ancien porte-parole de Jean-Ping, le président de la Commission de l’Union africaine, a dénoncé la «récupération politicienne» de cette question. Il a expliqué à Sputnik que «certaines parties utilisent cette affaire pour attenter à l’image du pays».

«Le jeu politique démocratique en Tunisie n’est pas une raison pour que certains profitent du contexte pour  porter atteinte à la souveraineté et au prestige du pays. Tous les États de l’Union africaine peuvent se retrouver dans pareille situation, même l’Éthiopie où se trouve le siège de cette organisation. En Tunisie, certains ont voulu transformer cette sentence en punition. Cette mesure est une décision technique pour retard de paiement, sans plus», note Noureddine Mezni.

Toutefois, il considère urgent que la Tunisie règle ces arriérés de cotisations afin de permettre à l’appareil diplomatique de reprendre ses activités sur le continent. «La Tunisie est actuellement membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, donc elle est incontournable pour les affaires importantes qui concernent l’Afrique, notamment dans le dossier libyen», ajoute Noureddine Mezni.

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Tags:
cotisations, sanctions, Tunisie, Union africaine (UA)
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