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Le Cameroun déplore le décès de nombreux patients atteints d’insuffisance rénale. Cette tragédie découle d’une pénurie de kits d’hémodialyse dans plusieurs régions du pays. Les autorités sanitaires promettent un retour à la normale dans un proche avenir. Mais les patients s’impatientent.

Les faits sont tragiques et la liste des victimes ne cesse de s’allonger. Depuis quelques mois, au Cameroun, les personnes souffrant d’insuffisance rénale peinent à se faire soigner. Du coup, elles côtoient au quotidien le couloir de la mort. Dernier drame en date, vingt patients suivis à l’hôpital régional de Maroua, tout au nord du pays, sont décédés en un mois, faute de kits d’hémodialyse. Dans ce centre hospitalier, apprend-on de sources locales, seuls trois appareils sur les huit existants sont opérationnels. Pour une quarantaine de patients, c’est largement insuffisant. Outre les pannes de machines, on déplore nombre de coupures d’eau et d’électricité.

Un drame national

Révoltés par ces décès en cascade, les malades de cette région ont manifesté leur exaspération le 1er décembre devant l’établissement incriminé. Dans la foulée, le directeur du centre d’hémodialyse de l’hôpital a annoncé des travaux de réparation et un retour progressif à la normale. Hélas, le calvaire décrié à Maroua est loin d’être un cas isolé! Fin novembre 2020, un autre cri de détresse a retenti dans la ville de Bertoua, région de l’est du pays. Là aussi, le bilan s’avère alarmant. En l’espace de sept mois, près d’une quinzaine de malades ont péri faute de traitement. Dans cette partie du pays, le seul centre existant est à l’arrêt depuis mai 2020, à cause du manque d’équipements opérationnels. Si les autorités sanitaires n’ont pas réagi au sujet des nombreux décès annoncés, elles reconnaissent néanmoins la multiplication des défaillances au niveau des centres d’hémodialyse. Elles promettent d’y remédier.

Dans une interview accordée début décembre au quotidien gouvernemental, Cameroon Tribune, le docteur Huguette Claire Nguele Meke, directrice de l’hôpital régional de Bertoua, annonçait avoir réceptionné, depuis le 21 novembre, des kits d’hémodialyse malheureusement non compatibles avec l’appareillage du centre. De plus, l’arrivée de nouvelles commandes est différée à cause de la pandémie de coronavirus, précise-t-elle. En attendant, les malades sont automatiquement redirigés vers les villes de Douala ou de Yaoundé, la capitale.

Problème, la capitale elle-même n’est guère mieux lotie! Yaoundé dispose de deux centres d’hémodialyse, un à l’hôpital général et l’autre au centre hospitalier universitaire (CHU). Mais on y peine à satisfaire la demande à cause des ruptures quasi permanentes des stocks de kits. Cette situation engendre très souvent des grèves du personnel et des manifestations des patients. Olive Atangana est une journaliste spécialiste des questions de santé. Elle a signé plusieurs enquêtes sur ce drame. Selon elle, cette situation résulte de la négligence du gouvernement. Dénonçant «une question de mal-gouvernance», elle juge que «ces crises auraient pu être évitées si les autorités sanitaires avaient anticipé en s’approvisionnant en matériel à temps».

«On invoque plusieurs raisons aujourd’hui comme le Covid-19, des problèmes de maintenance des appareils, mais elles ne sauraient justifier ces crises à répétition. Les autorités sanitaires auraient dû anticiper. Malheureusement, on attend toujours d’arriver à des situations dramatiques. On reste dans l’urgence. Ce qui entraîne des morts qu’on aurait pu éviter», peste-t-elle au micro de Sputnik.

Un problème de santé coûteux

L'insuffisance rénale constitue un problème majeur de santé publique dans le monde de par sa prévalence, sa mortalité élevée et les coûts de sa prise en charge. Dans les pays en voie de développement, et notamment en Afrique subsaharienne, la mortalité liée à la maladie est élevée du fait de l'insuffisance des ressources matérielles, financières et humaines. Au Cameroun, l'hémodialyse est le seul traitement de substitution rénale disponible.

Avant 2002, le pays ne comptait qu’un centre d'hémodialyse. Le coût de l’intervention variait entre 60.000 et 100.000 francs CFA (120 et 200 dollars), ce qui limitait l'accès au traitement. Depuis 2002,  la prise en charge est subventionnée à 95 % par l’État camerounais ramenant la séance de dialyse à 5.000 francs CFA (10 dollars).  S’il existe, depuis 2015, une dizaine de centres d’hémodialyse publics, le pays connaît toujours de fréquents épisodes de pénurie de kits d’hémodialyse. Une situation qui met les patients souffrant d’insuffisance rénale en très mauvaise posture. Les plus aisés peuvent recourir aux centres privés pour soulager cette pathologie chronique. Les autres vivent dans l’angoisse.

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Tags:
santé, Cameroun
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