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Chaos et violence au Parlement, un gouvernement happé de tous côtés par les urgences, un service public délabré, des faits divers qui prennent le statut de tragédies nationales… la Tunisie, à la veille du dixième anniversaire de sa révolution et sur fond de pandémie, cherche à sauvegarder un État essoufflé et au bord de l’abîme.

Commençons par le bas, la vie quotidienne des petites gens. Un train de banlieue bondé et, en principe, à l’arrêt, redémarre sans fermer ses portes. La jeune lycéenne de 15 ans, pourtant leste et sportive, n’a pas le temps d’assurer son équilibre et chute sous les roues du monstre. À son réveil, sur son lit d’hôpital, elle apprend qu’elle n’a plus de jambes.

Une série noire

À Jendouba, chef-lieu d’une région déshéritée et à juste titre vindicative, un jeune médecin de 26 ans chute depuis le quatrième étage au fond d’une cage d’ascenseur. La porte s’était bel et bien ouverte mais la cabine a continué sa montée vers les niveaux supérieurs.

Dans un quartier pauvre de La Marsa, station balnéaire proche de la capitale, une fillette de 10 ans poursuit un chaton errant et tombe au fond d’une bouche d'égout sans protection ni fermeture. On retrouve le petit corps à deux kilomètres du lieu de l’accident.

Un jeune homme de 27 ans est abattu d’un coup de poignard quand il a tenté de protéger une femme enceinte de l’assaut d’un voyou.

Voici quelques-uns des nombreux et tristes drames qui sont survenus en l’espace de quelques semaines et ont tenu en émoi une opinion publique partout tendue.

Et plus globalement, dans tout le pays, l’on constate une pénurie de produits de première nécessité, de bouteilles de gaz dans les contrées du sud du pays encore privées du gaz de ville… des braquages et hold-up de camions transportant des livraisons de secours vers des zones rurales qui souffrent d’un début d’hiver particulièrement sévère...

Chez les plus démunis, les formes de lutte et de résistance se transforment du tout au tout: oublié l’esprit syndical qui a longtemps, et depuis l’Indépendance, marqué la vie sociale dans le pays. On ne sollicite plus le feu vert de la Centrale ouvrière pour lancer un préavis de grève, puis négocier et risquer le compromis «honorable». Un autre modèle surgit et s’étend sur l’ensemble du territoire, celui qui a été inventé par les jeunes contestataires du Kamour, localité du sud-ouest relativement riche en pétrole et en gaz naturel. 

Pour agir et obtenir un résultat, des comités de coordination autonomes formulent à l’adresse du gouvernement une série de revendications qui s’assimilent davantage à des diktats. L’État se doit de les satisfaire sous peine de voir se maintenir à l’arrêt la production.

Paralysie des institutions

À l’échelle du gouvernement, c’est aussi la débandade. Nulle cohésion entre les membres d’une équipe où chaque ministre se revendique plutôt de l’instance partisane qui l’a cautionné et propulsé à son poste. L’Assemblée des représentants du peuple (ARP-dénomination tunisienne du Parlement) tient de la scène d’un théâtre de l’absurde et du happening: échanges d’injures et de sarcasmes, vociférations et sit-in immédiat décidé par tel groupe dont on a escamoté ou perturbé le temps de parole.

Pendant une année de législature, seules quatre lois ont été discutées et votées –si l’on met à part la loi de Finances complémentaire et les lois à article unique portant sur l’acceptation d’un crédit ou une donation d’un organisme financier étranger. Les députés ont soigneusement évité de s’attaquer à des textes autrement plus décisifs pour l’avenir et la stabilisation des institutions et de la démocratie naissante. À l’instar de cette loi portant création de la Cour constitutionnelle ou encore de celle sur l’instauration d’un nouveau code électoral. Pourtant, l’un et l’autre de ces deux textes pourraient mettre fin à un paysage politique stérile et bloqué depuis dix ans, commandé par des alliances hybrides et mouvantes au gré des opportunismes et des trahisons d’un complice de la veille.

Dans ce tohu-bohu, les institutions et l’administration restent paralysées. Le Parlement censé légiférer se débat dans une ambiance fétide de violences verbales et physiques, le gouvernement ne perdure que par défaut par ce même Parlement qui serait dissous s’il lui ôtait sa confiance. Le dirigeant d’un pays demeure le garant d’une Constitution qui lui offre peu de possibilités de manœuvrer pour sauver un État qui va droit vers sa perte, du moins dans sa forme présente…

En ce 11 décembre, un collectif de cinq partis de gauche n’ayant qu’un député dans l’actuel Parlement s’est fendu d’une déclaration commune exhortant à abattre cette deuxième République, née il y a dix ans d’un ras-le-bol populaire. Cette coalition en a appellé à la rue, «pacifiquement» et dans le respect de la légalité. Les signataires ont tout juste omis de dire laquelle: la légalité qui trône maintenant ou celle de leurs lendemains qui nous chanteront un tout autre air!

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
crise politique, crise, faits divers, parlement, gouvernement, Tunisie
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