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Lors de son déplacement en France, le chef du gouvernement tunisien Hichem Mechichi a tenté de rassurer ses partenaires sur le volet migratoire. La visite intervient alors que l’année 2020 a été marquée par une hausse des candidats tunisiens à l’émigration. Il espérait aussi obtenir un soutien financier décisif pour combler le déficit de son pays.

Pour sa première visite de travail à Paris en tant que chef du gouvernement tunisien, Hichem Mechichi était accompagné par une importante délégation. Trois ministres –Ali Kooli, de l’Économie et des Finances, Olfa Ben Ouda, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et Habib Ammar, du Tourisme et, par intérim, des Affaires culturelles–, un secrétaire d’État et une longue liste de membres de la principale organisation patronale étaient à ses côtés durant ce voyage de trois jours.

En revanche, des ministères régaliens comme l’Intérieur ont brillé par leur absence.

Appel à l’aide   

Les relations économiques ont été mises en avant. Car à Paris, les Tunisiens sont allés chercher un peu de répit face à une dette qui explose. Les caisses du pays sont vides, il y a urgence. Hichem Mechichi a rencontré le Premier ministre français Jean Castex et à la suite de cette entrevue, il a affirmé que la France était «prête à renforcer ses investissements en Tunisie», même «s’il n’y a pas encore de chiffres exacts», a-t-il concédé lors d’une interview accordée à France 24 ce lundi 14 décembre.

Il estime qu’il faudra attendre le mois de mars et la tenue de la troisième session du Haut conseil de coopération franco-tunisien pour en savoir plus: «C’est lors de ce forum que nous allons entrer dans le détail des investissements.» Aujourd’hui, la dette extérieure de la Tunisie se situe aux environs de cinq milliards d’euros.

«Il y a quelques années, elle variait entre 1,5 et 2 milliards d’euros», compare l’analyste économique et financier Abdel Hakim Sraïeb, approché par Sputnik.

La Tunisie paie les conséquences de la crise sanitaire, le ralentissement de l’économie et la baisse des recettes fiscales. Pour le spécialiste, la France va soutenir le pays qui est «un partenaire stratégiquement important». Est-ce que cet appel peut donner un signal positif aux marchés internationaux sur lesquels la Tunisie emprunte? Abdel Hakim Sraïeb reste sceptique.

De son côté, Hichem Mechichi a fait part de son espoir qu’un accord d’emprunt avec le FMI soit bientôt conclu. Au cours de l’interview télévisée de France 24, il a exprimé sa solidarité avec ses «amis français» dans la lutte contre le terrorisme, appelant «au dialogue entre les civilisations».

Volet sécuritaire

L’émigration irrégulière a également été l’un des grands thèmes abordés lors de cette visite, qui s’est déroulée quelques semaines après l’attentat de Nice –dont l’auteur présumé est un Tunisien arrivé en Italie fin septembre. Pour Romdhane Ben Amor, chargé de communication du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), la sécurité représentait même «le premier des dossiers», a-t-il affirmé à Sputnik.

Ainsi, toujours au cours son entretien sur France 24, Hichem Mechichi a déclaré que la Tunisie récupérerait les Tunisiens que la France veut expulser en raison de leurs liens présumés avec un mouvement radical. Romdhane Ben Amor dénonce «un manque de transparence» dans ses propos. Il redoute que des négociations aient eu lieu en catimini à Paris et que des accords non déclarés aient été conclus. Selon lui, la menace est instrumentalisée. «Ceux qui sont supposément radicalisés sont seulement quelques dizaines. C’est l’arbre qui cache la forêt», dénonce-t-il.

«Les autorités françaises et italiennes se cachent derrière les migrants qui sont supposément radicalisés mais en réalité, elles souhaitent davantage de coopération pour expulser tous les migrants irréguliers de France ou d’Italie.»

Il note des contradictions dans les déclarations des officiels de son pays, qu’il considère «trop vagues» alors que de l’autre côté de la Méditerranée, «les demandes sont claires». Dès lors, l’Europe pourrait profiter de la crise économique en Tunisie et de «la fragilité du gouvernement tunisien à la recherche d’un appui financier» pour faire passer ses exigences. 

«Selon Frontex, l'Agence de surveillance des frontières européennes, le nombre de traversées en Méditerranée centrale a doublé sur les dix premiers mois de l'année 2020 par rapport à la même période en 2019, pour atteindre 28.400», rappelle l’AFP. Sur la même période, un peu plus de 40% des migrants irréguliers arrivés en Italie sont partis de Tunisie, selon le ministère de l’Intérieur italien.

Une année exceptionnelle, donc, sur le plan des départs irréguliers depuis les côtes tunisiennes, avec des chiffres jamais vus depuis 2011. Hichem Mechichi a souligné «la nécessité d’une procédure concertée entre les deux pays, basée sur le développement solidaire et l’investissement dans les régions exportatrices de migrants irréguliers», rapporte la TAP, l’agence de presse tunisienne. «La France s’est montrée convaincue que l’approche sécuritaire est utile mais insuffisante dans le traitement de la question migratoire.»

«Ce discours, on l’a beaucoup entendu durant ces dix dernières années mais réellement, le seul volet où il y a une vraie coopération et qui donne des résultats visibles, c’est la coopération au niveau sécuritaire», regrette Romdhane Ben Amor.

Après la France, Hichem Mechichi devait mettre le cap sur l’Italie ce mardi 15 décembre, où le dossier migratoire aurait sans doute été au cœur des discussions mais le coronavirus en a décidé autrement. Ali Kooli, le ministre de l’Économie, aurait été testé positif. Conséquence: les Italiens ont demandé à ce que la visite soit reportée à une date ultérieure, ont rapporté des médias tunisiens.

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Tags:
migrants, crise économique, visite d'Etat, France, Tunisie
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