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Le Cameroun accueillera du 16 janvier au 7 février le championnat d’Afrique des nations. Un événement très attendu car le pays n’avait plus abrité de grand tournoi de football masculin depuis 1972! Mais cette édition va se jouer dans un contexte sécuritaire particulier, marqué par les menaces des séparatistes dans les régions en crise.

Assis aux alentours du stade Ahmadou Ahidjo à Yaoundé, l’un des sites qui vont abriter le Championnat d’Afrique des nations (CHAN) dans le pays, de nombreux jeunes commentent l’actualité sportive. Des dernières performances des grands championnats d’Europe au mouvement des joueurs camerounais évoluant à l’étranger, il y a matière à débat.

Une affiche annonçant le CHAN aux abords du stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé
© Sputnik . Anicet Simo
Une affiche annonçant le CHAN aux abords du stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé

Mais c’est surtout l’événement qui se jouera dans le pays, le CHAN, qui mobilise les discussions.

«Nous sommes très heureux de savoir qu’enfin une compétition de ce niveau sera organisée au pays. On attend cela depuis longtemps. Pour nous autres, fans de football, ce sera forcément un grand moment», se réjouit Pierre Wansi, 24 ans.

«Je n’attends plus que le coup d’envoi. Après l’épisode de la CAN (Coupe d’Afrique des nations) manquée en 2019 qu’on espérait tous, cette fois, c’est la bonne», lance enthousiaste Ruddy, un autre aficionado de foot. En effet, le prochain Championnat d’Afrique des nations –la compétition réservée aux footballeurs évoluant dans leur pays– aura lieu au Cameroun du 16 janvier au 7 février 2021 et réunira 16 nations. À quelques jours du match d’ouverture Cameroun contre Zimbabwe, la capitale porte déjà les couleurs de l’événement.

Le spectre de la menace séparatiste

Le pays est-il vraiment prêt, techniquement, à accueillir ce tournoi? Affirmatif, à en croire le comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF) réuni le 10 décembre dernier en Égypte.

Six jours plus tard, Joseph Dion Ngute, Premier ministre du Cameroun, lors d’une énième inspection sur le terrain, tout en admettant qu’il était nécessaire de procéder à quelques «ajustements mineurs» afin de garantir un succès historique à l’événement, ne cachait pas sa satisfaction.

«L’infrastructure dont nous disposons ici pour le CHAN est comparable à ce qui existe partout dans le monde et les Camerounais peuvent en être fiers», a-t-il déclaré face à la presse.

Cependant, si le pays semble opérationnel sur le plan infrastructurel, cette compétition se jouera dans un contexte sécuritaire particulier, marqué par un conflit séparatiste qui secoue le territoire. Alors que la ville de Limbé, dans le Sud-Ouest séparatiste, doit accueillir la poule D de la compétition –composée de la Zambie, de la Guinée, de la Namibie et de la Tanzanie–, des sécessionnistes ont mis en garde la CAF sur les risques encourus par les délégations.

Dans une correspondance adressée mercredi 6 janvier au président par intérim de la confédération, ils ont indiqué que la ville de Limbé était une «zone de guerre» et n’était «accessible pour aucun match international en ce moment». Dans leur lettre, les séparatistes ont souligné qu’ils allaient perturber le déroulement de la compétition et ils se sont désengagés de la protection des personnes et des biens le temps du tournoi.

D’ailleurs, à quelques jours du lancement de l’événement, la situation demeure tendue. Le 8 janvier, au moins quatre membres des forces de sécurité camerounaise et deux civils ont été tués dans une attaque attribuée aux séparatistes dans la région du Nord-Ouest anglophone. Si le contexte sécuritaire inquiète, les autorités de Yaoundé se veulent rassurantes:

«De fermes dispositions spéciales ont été arrêtées pour assurer une couverture sécuritaire maximale de cet important événement. Elles portent notamment sur la sécurisation des transports, des sites d’hébergement ainsi que des sites d’entraînement et de compétition», peut-on lire dans un communiqué récent du ministre de la Défense.

Au-delà de la question sécuritaire, cette édition du CHAN devra aussi faire face aux contraintes de la crise sanitaire. Alors que la pandémie de coronavirus sévit toujours, les autorités pourraient néanmoins remplir de moitié les stades afin de permettre aux nombreux citoyens de vivre l’événement tant attendu.

Un demi-siècle plus tard

Après plusieurs décennies d’attente et l’échec de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2019, le Cameroun tient sa revanche.

En effet, le pays n’avait plus hébergé de tournoi international de football masculin depuis la CAN de 1972. Un demi-siècle plus tard, le championnat cristallise l’actualité pour des générations qui ont longtemps rêvé d’un événement sportif de pareille envergure.

«Je vais suivre la sélection nationale du Cameroun malgré la préparation difficile qui est la sienne. Après cela, il faudra bien se déployer pour faire le tour des autres stades», nous confie Franck Erick Diffo, journaliste sportif et directeur de publication du site d’information Sport-vibes. Dans un contexte sociopolitique très tendu, cette compétition, pensent des observateurs avertis comme Léandre Nzié, chroniqueur sportif et consultant pour de nombreux médias du pays, se révèle être un véritable tranquillisant social. «Cela va apaiser les esprits», prédit-il.

«Vous savez que le football est l’une des rares choses qui unissent le peuple camerounais, je pense donc qu’à l’occasion de ce CHAN, les Camerounais pourront laisser de côté certaines divisions et savourer cette grande fête. D’autant que le gouvernement est en train de négocier l’ouverture des stades au public», se réjouit l’analyste au micro de Sputnik.

Cette sixième édition du Championnat d’Afrique des nations devait initialement avoir lieu en Éthiopie début 2020, avant d’être confiée au Cameroun après des retards dans l’organisation côté éthiopien. Programmée au Cameroun en janvier 2020, elle a été décalée en avril puis reportée pour début 2021 en raison de la crise sanitaire du Covid-19. Cependant, la CAF a décidé de conserver l’appellation «CHAN 2020».

Le tournoi se disputera sur quatre sites répartis dans trois villes du pays: Yaoundé (stade Ahmadou Ahidjo), Douala (stades de Japoma et la Réunification) et Limbe (stade Omnisports). Deux d’entre eux ont été construits ces dernières années et les deux plus anciens ont fait peau neuve.

Un galop d’essai pour la CAN 2022

Si les sites sont prêts à accueillir la compétition, beaucoup, comme Franck Erick Diffo, rappellent néanmoins l’état préoccupant des voix d’accès aux stades dans une ville comme Douala qui va abriter deux poules.

«S’agissant de la préparation des infrastructures, les stades sont certes achevés mais à côté, les routes sont encore un problème. Celle qui mène au stade de Japoma est toujours en travaux et on peut aussi redouter les bouchons et la promiscuité dans une ville comme Douala», s’inquiète le journaliste sportif.

Néanmoins, l’organisation du CHAN permettra au Cameroun, actuellement sous la pression de la CAF, de rôder ses infrastructures avant la CAN en 2022. En 2018, la CAF avait déjà pris la décision de retirer la gestion de la CAN 2019 au Cameroun, pénalisé pour des retards dans l’avancement des travaux. Le pays s’était vu confier l’édition de 2021, décalée en 2022 à cause du coronavirus qui a chamboulé le calendrier de la confédération. Le CHAN sera donc, souligne Léandre Nzié, «un bon galop d’essai».

«En confiant l’organisation du CHAN au Cameroun, la CAF sait que ce sera un échauffement idéal en vue d’une meilleure organisation de la CAN qui est la compétition phare», conclut le chroniqueur sportif.

Au-delà de l’aspect sportif, la CAN 2022 est l’une des priorités de Paul Biya, qui en avait fait un argument de campagne lors de sa réélection en octobre 2018. Le CHAN est donc, pour le pouvoir de Yaoundé, un ballon d’essai qui va baliser la pelouse pour la Coupe d’Afrique des nations à venir.

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Tags:
infrastructure, stade, football, Coupe d'Afrique des nations CAN, Cameroun
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