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«Toute personne soupçonnée dans une affaire de ce genre ne peut pas prêter serment», a affirmé le chef de l’État tunisien, dénonçant le choix de certains nouveaux ministres soupçonnés d’implication dans des affaires «de conflit d’intérêts», indique une note de la présidence de la République publiée sur Facebook.

Lundi 25 janvier, lors de la réunion du Conseil de sécurité nationale au palais de Carthage, le Président Kaïs Saïed a vivement critiqué le récent remaniement gouvernemental décidé le 17 janvier par le Premier ministre Hichem Mechichi, informe un communiqué publié sur la page Facebook de la Présidence de la République.

En effet, il a pointé le choix de certains ministres sur lesquels pèsent des soupçons dans des affaires «de conflit d’intérêts». Il a également dénoncé un vice de procédure et l’absence de femmes dans la liste des ministres proposés.

«Prêter serment n'est pas une formalité»

Alors que la séance plénière consacrée au vote de confiance au nouveau gouvernement est prévue pour ce mardi 26 janvier à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le chef de l’État a déploré le fait que «certains des ministres proposés ont des problèmes ou des dossiers de conflit d’intérêts».

Ainsi, dans ce cadre, le Président Saïed a affirmé que «toute personne soupçonnée dans une affaire de ce genre ne peut pas prêter serment». «Prêter serment n'est pas une formalité, mais plutôt un acte fondamental» sur lequel se construit la probité de l’action gouvernementale toute entière.

Le Président n’a pas été consulté

Outre la question des affaires de conflit d’intérêts, Kaïs Saïed a dénoncé le fait qu’il n’avait pas été consulté par Hichem Mechichi avant d’introduire ce remaniement, laissant penser qu’un bras de fer se profilait entre les deux hommes.

«Le changement dans la composante du gouvernement n'a pas respecté les procédures prévues dans la Constitution, en particulier celles stipulées par l’article 92, c'est-à-dire la nécessité de négocier en conseil des ministres quand il s'agit d'introduire un amendement à la structure du gouvernement», a déclaré le chef de l’État, soulignant que cela était «en plus d'autres violations de la procédure».

Enfin, il a exprimé son mécontentement face à l'absence de femmes dans la liste des ministres proposés, indiquant qu’elles «sont capables d'assumer pleinement leurs responsabilités et sont aptes à avoir un discours de vérité envers les citoyens».

L’ONG tunisienne de lutte contre la corruption I Watch a appelé le chef de l’exécutif, dans un communiqué publié sur Facebook, à annuler la nomination du Pr Hedi Khairi au poste de ministre de la Santé. L’organisation dénonce son implication dans une affaire de corruption liée à un meurtre commis par son frère Me Jamel Hajji.

«La Constitution a généré un blocage politique»

Le remaniement ministériel décidé par Hichem Mechichi est intervenu sur fond de manifestations survenues pendant plusieurs jours dans certaines villes et marquées, notamment la nuit, par des actes de violences et de vandalisme.

Le Dr Riadh Sidaoui, président du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales de Genève, estime que «ces émeutes […] étaient tout à fait prévisibles».

En effet, dans une intervention sur sa chaîne YouTube, il affirme que «ces manifestations sont générées par la crise économique et sociale marquée par un taux de chômage très élevé parmi les jeunes, y compris diplômés, qui se retrouvent désœuvrés et sans perspective dans un contexte aggravé par l’épidémie de Covid-19».

Pour le Dr Sidaoui, l’incapacité des autorités à apporter des réponses rapides aux jeunes réside pour une grande partie dans «le système politique instauré par la Constitution post-révolution qui a généré un blocage complet du pays». La cause tient dans «le fait d’avoir dépouillé, de manière insensée, le Président de la République de certaines prérogatives, l’empêchant ainsi de pouvoir donner une direction au développement du pays». Et de renchérir: «sur ce point, la Constitution devrait être amendée».

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Tags:
lutte contre la corruption, corruption, remaniement, gouvernement, Tunisie
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