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En cette période de pandémie de Covid-19, Touisa est un site qui met les Algériens bloqués à l’étranger en contact avec des ressortissants souhaitant offrir un hébergement temporaire à leurs compatriotes. Créée par le think tank Club Émergences, cette initiative intervient pour pallier la multiplication de SDF algériens dans les rues de Paris.

Environ 25.000 Algériens attendent de rentrer chez eux depuis la décision des autorités de bloquer hermétiquement l’accès au pays à cause de la pandémie de coronavirus. Depuis le 17 mars 2020, date de la fermeture des frontières, le gouvernement a organisé des cessions de rapatriement en provenance de plusieurs États. Une prise en charge gratuite qui a permis d’assurer le retour de nombreux ressortissants.

Air Algérie, la compagnie nationale responsable de ces transferts exceptionnels, avait annoncé qu’une nouvelle campagne se déroulerait du 23 décembre 2020 au 31 janvier 2021 et qu’elle concernerait la France, le Canada, l’Allemagne, l’Espagne et les Émirats arabes unis. Mais finalement, à partir du 7 janvier, tous les vols ont été annulés.

Le gouvernement a également mis en place une procédure d’autorisation de retour cependant, la délivrance de ce précieux document se déroule dans l’opacité.

À la rue, en plein hiver

En fait, à l’instar de la Corée du Nord, de Madagascar, du Laos et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’Algérie fait partie des rares pays qui ont décidé de s’isoler totalement pour lutter contre la pandémie. Pourtant, lundi 25 janvier, on enregistrait seulement 253 nouveaux cas et 3 décès. Mais le fait que la situation sanitaire soit relativement correcte constitue, pour les autorités, un argument solide pour maintenir la fermeture des frontières, surtout avec l’apparition de nouvelles souches de coronavirus.

Entre-temps, un grand nombre de ressortissants algériens survivent dans des conditions particulièrement difficiles faute de ne pouvoir rentrer chez eux. Une réalité qu’a pu constater Badis Khenissa, consultant pour des groupes internationaux et président de Club Émergences, un think tank créé en 2015 destiné à la diaspora algérienne. Contacté par Sputnik, il affirme avoir vu plusieurs Algériens lors de tournées nocturnes dans les rues de Paris pour porter assistance aux sans domicile fixe.

«Lors de maraudes nocturnes pour aider des SDF, j’ai constaté depuis quelques semaines la présence dans la rue de beaucoup de compatriotes algériens en plein hiver. Des personnes totalement perdues qui se sont retrouvées bloquées en France depuis l’apparition du coronavirus. Certaines sont venues en France pour des soins médicaux et ont été piégées. Beaucoup ont été mises à la porte par des proches qui ont accepté de les héberger pour un certain temps. Chaque histoire est un drame», affirme Badis Khenissa.

Selon lui, cette nette augmentation du nombre d’Algériens dans les rues est survenue à la suite de la décision des autorités algériennes de mettre un terme à la campagne de rapatriement le 7 janvier. «Les conséquences de cette mesure ont été désastreuses pour beaucoup de personnes qui se préparaient à rentrer chez elles», déplore-t-il.

Face à cette détresse, il a décidé de passer à l’action:

«Nous avons engagé une réflexion pour tenter de trouver un moyen de mettre en contact les Algériens en situation difficile avec des compatriotes qui souhaitent les héberger pour une durée déterminée. Voilà comment est née touisa-dz.org, une plateforme collaborative gratuite qui permet de créer un réseau de solidarité.»

Le président de Club Émergences ajoute que le nom Touisa s’est imposé de lui-même. Tradition séculaire d’entraide entre les membres d’une communauté, la touiza reste pratiquée dans plusieurs régions d’Algérie, notamment en milieu rural.

Un hébergement par jour

Le principe du site est simple. Deux sections s’affichent sur la page principale: l’une pour le dépôt de demande d’hébergement et la seconde pour les offres d’accueil.

«Touisa est ouverte à tous les Algériens, quel que soit le pays où ils sont bloqués, même si la grande majorité de nos compatriotes en situation difficile sont en France», explique Badis Khenissa.

Une fois l’inscription effectuée, la personne reçoit une confirmation. Puis l’équipe de Club Émergence, dont les membres sont tous des volontaires, prend le relais pour procéder à la mise en relation. La décision finale revient à la personne qui accueille. Les demandes et les offres peuvent également être publiées sur la page Facebook de Touisa.

Lancée officiellement le 20 janvier, la plateforme a procédé en moyenne à un hébergement par jour en l’espace d’une semaine.

«En six jours d’activité, nous avons effectué six placements en France, au Canada et en Espagne. Cela signifie que les requêtes ont été prises en considération et que l’hébergement a été finalisé. Actuellement, nous avons 22 demandes et 11 offres en instance. C’est un début encourageant. Il est évident que nous ne réglons pas le problème de fond, nous tentons de trouver un toit en urgence à des personnes qui sont en détresse et qui souhaitent revenir au plus vite en Algérie», note Badis Khenissa.

Selon lui, le succès de cette démarche «dépend de la capacité de chacun d’être solidaire en ces temps de crise. Touisa n’est qu’un outil à la disposition d’initiatives solidaires».

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Tags:
Algérie, site, hébergement, Covid-19, fermeture des frontières, rapatriement
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