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Au Cameroun, l’histoire d’un homme qui s’est donné la mort après avoir découvert les infidélités de sa femme a déclenché un débat aux relents misogynes autour de la paternité. Sur la Toile, le sujet passionne et les internautes se déchirent sur la nécessité de soumettre ou non leur progéniture au fameux test ADN afin de «dissiper les doutes».

Si l’histoire s’est déroulée à la fin de l’année passée, elle continue de faire les choux gras des réseaux sociaux. En effet, en date du 18 décembre 2020 dans la ville de Douala, capitale économique, un homme s’est donné la mort après avoir été informé par l’amant de son épouse, qu’il hébergerait chez lui trois enfants dont il ne serait pas le père biologique. Xavier Foka, le défunt, était de sources familiales régulièrement en conflit avec son épouse dont les multiples infidélités étaient devenues notoires au sein de la famille, d’après les médias locaux.

Le fait a choqué et suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Et depuis lors, un effet #me_too a embrasé la Toile avec des révélations similaires tombant en cascade, sur des pages d’influenceurs. Et dans la foulée, certains invitent les hommes à soumettre leurs progénitures à un test ADN pour dissiper tous les doutes autour de leur véritable paternité.

Un débat aux relents misogynes

À la suite de cette histoire, de nombreux Camerounais n’hésitent pas à donner leur position sur la nécessité ou pas de faire un test de paternité. Dans cet élan, les internautes de sexe masculin n’ont pas manqué l’occasion de pointer le curseur sur «l’infidélité féminine».

​Pour eux, la pratique des tests de paternité viendrait ainsi mettre à nu les tromperies de la gent féminine. Un débat aux allures misogynes, qui n’a pas manqué de susciter l’ire des femmes qui, à coups d’arguments et de comparaisons, se défendent.

Pour Minou Chrys-tail, animatrice télé et fervente militante de la cause féminine, si les hommes sont libres d’effectuer des tests de paternité selon les cas pour se rassurer, il n’est cependant pas normal d’en faire un sujet stigmatisant pour les femmes.

«L’infidélité c’est un choix personnel et non une affaire de femmes. Et sachant que les hommes sont même plus infidèles, c’est un peu hypocrite de leur part d’orienter le sujet dans ce sens», confie-t-elle à Sputnik.

Le mal-être social

Seulement, les révélations sur la vraie paternité de certains enfants au sein des couples est, pour beaucoup, l’expression d’un véritable malaise social. Maurice Somo, psychosociologue camerounais, tente une explication. Dans une déclaration à Sputnik, il rappelle que:

«sur le plan culturel, la société traditionnelle africaine ne reconnaît véritablement la qualité d'épouse qu'à une femme qui a donné un enfant à un homme. Malheureusement certains hommes défaillants dans l'aptitude à la procréation, mais l'ignorant ou le déniant, contraignent involontairement leurs conjointes à recourir à une substitution de géniteur».

​Alors que le débat sur le recours systématique aux tests de paternité demeure houleux sur la Toile au Cameroun, Maurice Somo souligne qu’il s’agit avant tout de «l'expression d'une crise de confiance au sein des ménages». Seulement, prévient le sociologue, «chaque fois qu'un parent recourt à un test de paternité, il détériore considérablement la relation affective au sein du couple».

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