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Quatre militaires tunisiens sont décédés ce mercredi 3 février des suites du déclenchement d’un engin explosif au passage de leur véhicule dans le mont Mghila, dans le centre-ouest du pays. Cet attentat pose de nouveau la problématique de la capacité des services de sécurité tunisiens à lutter contre le terrorisme en zone rurale.

La Tunisie a connu, ce 3 février, un nouvel attentat terroriste. Un engin explosif s’est déclenché au passage d’un véhicule militaire, faisant quatre morts, dans le mont Mligha, dans le centre-ouest du pays. Les soldats décédés faisaient partie d’une unité antiterroriste chargée de mener une opération de ratissage dans cette zone accidentée.

L’attentat s’est produit au moment où la Tunisie se trouve confrontée à une nouvelle crise politique qui a provoqué un remaniement ministériel. Dans un communiqué de presse, le chef du gouvernement Hichem Mechichi a réitéré la pleine détermination des autorités à lutter contre le terrorisme islamiste.

«Cet incident ne nous empêchera pas de poursuivre nos efforts pour combattre et vaincre le terrorisme. Notre boussole doit toujours rester dans le sens de la protection de la nation de tous les dangers auxquels elle est confrontée [...], loin de toutes les tensions et querelles», a indiqué le chef du gouvernement tunisien.

Zones interdites

Jeudi 4 février, le Président de la République Kaïs Saied est allé à l’hôpital militaire de Tunis pour rendre un dernier hommage aux quatre soldats. 

Avec les monts Chaambi, Selloum et Semmama, Mligha fait partie des zones où l’on constate depuis plusieurs années une forte activité terroriste. Contacté par Sputnik, Ali Zeramdini, colonel-major de la garde nationale à la retraite et expert en sécurité, précise que montagnes sont classées «zones interdites» et que leur accès est interdit à la population.

«Le mont Mghila fait partie de la dorsale tunisienne qui s’étend de Sidi Bouzid jusqu’à la région de Tébessa en Algérie, en passant par les monts Chaambi et Selloum près de Kasserine, décrit-il. Le relief et la végétation font que ces vastes espaces sont utilisés depuis plusieurs années comme sites de repli par les terroristes, notamment par la katiba (phalange) Okba Ibn Nafâa.»

«Ces groupes terroristes affiliés à Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI)* traversent la frontière pour se rendre généralement dans la région de Tébessa en Algérie. C’est ce qui explique la coordination sécuritaire qui existe depuis plusieurs années entre nos deux pays», précise l’ancien officier de la garde nationale».

Le fait que l’engin ait été dissimulé sur une piste carrossable utilisée par les militaires confirme la thèse de l’attentat ciblé. La mine devait être d’une puissance importante pour provoquer la destruction du véhicule. Le colonel-major Zeramdini explique que les explosifs improvisés sont généralement employés dans les maquis à des «fins défensives» pour ralentir l’évolution des militaires lors d’un ratissage ou pour protéger un campement terroriste.

«Les engins explosifs improvisés sont fabriqués à partir de poudre noire ou d’engrais chimique, notamment d’ammonitrate. Les terroristes tunisiens d’AQMI* bénéficient de l’expérience de ceux qui sont partis s’engager en Syrie, en Irak et en Libye en plus de celle de leur cellule. Ils peuvent également utiliser des mines antipersonnel rapportées de Libye où toutes sortes d’armes sont disponibles», explique l’expert en sécurité.

Relâchement sécuritaire

Le colonel-major Ali Zeramdini estime que les groupes terroristes ont constitué des stocks de produits explosifs pendant les premières années de la révolution tunisienne. Selon lui, durant l’ère du Président Zine el Abidine Ben Ali, «tous les produits chimiques, y compris l’ammonitrate et les explosifs utilisés dans les carrières, étaient soumis à un contrôle très strict».

«Il y a eu un relâchement juste après 2011. Cela est valable également pour le renseignement, moyen le plus efficace pour lutter contre le terrorisme. Les structures de renseignement intérieur ont été affaiblies par les tentatives de certains partis politiques de mettre la main sur le ministère de l’Intérieur, principal département en charge de la sécurité du pays», explique-t-il.

Les choses ont commencé à changer dès 2015. «Nous avons obtenu de bons résultats en organisant des infiltrations pour démanteler des groupes terroristes. Même si les informations ne sont pas rendues publiques, je peux assurer que des factions et des cellules de soutien sont démantelées quotidiennement», ajoute-t-il.

Au sein de l’opinion publique, cette problématique soulève moult interrogations. De nombreux Tunisiens ne comprennent pas pourquoi les services de sécurité obtiennent des résultats en milieu urbain mais ne parviennent pas à éliminer les terroristes qui semblent avoir pris possession de ces zones montagneuses.

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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Tags:
terrorisme, soldats, Forces armées, attentat, Tunisie
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