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Le ministre algérien de la Justice «doit démissionner ou être démis, parce qu’il n’est pas possible de se taire sur de tels faits, sinon la justice devient complice de telles pratiques», déclare à TSA Me Zoubida Assoul, présidente du parti politique UCP.

Dans un entretien accordé au site d’information Tout sur l’Algérie (TSA), Me Zoubida Assoul, présidente du parti Union pour le changement et le progrès (UCP), appelle le ministre de la Justice Belkacem Zeghmati à démissionner de son poste. Cet appel intervient sur fond de déclarations glaçantes de l’étudiant et militant du Hirak algérien Walid Nekiche qui a affirmé, lors de son procès le 2 février au tribunal de Dar El Beïda, «avoir été torturé» par les services de la police judiciaire durant son interrogatoire. À ce jour, le ministère de la Justice n’a pas réagi aux déclarations de la présumée victime.

Le ministre de la Justice «doit démissionner ou être démis, parce qu’il n’est pas possible de se taire sur de tels faits, sinon la justice devient complice de telles pratiques», affirme-t-elle.

Et d’expliquer qu’étant «comptable et responsable de la manière dont la justice est rendue […], s’il vient à sa connaissance des faits pareils, normalement il devrait ordonner au parquet général d’ouvrir une enquête préliminaire». «Ce qu’il n’a pas fait», déplore-t-elle, soulignant que «ces faits n’ont pas été commis par des personnes ordinaires, mais par des personnes qui sont investies par un pouvoir judiciaire, ce sont des officiers de police judiciaire, et à ce titre-là ce sont des circonstances aggravantes».

Qu’a dit Walid Nekiche?

Lors d’une déclaration à TSA, Me Nabila Smaïl, l’avocate de l’étudiant, affirme que «Walid a déclaré devant le juge d’instruction avoir subi des tortures et sévices, durant 12 jours, du 26 novembre au 2 décembre 2020, et ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a été présenté devant le procureur qui a ordonné une poursuite et a confié l’enquête à un juge d’instruction». «Ils l’ont détruit», déplore-t-elle.

Pour l’avocate, «le dossier de Walid Nekiche est vide» et «il n’y a pas de faits» dedans. Selon elle, Walid Nekiche «a besoin d’un suivi psychologique au vu des tortures qu’il a subies».

Enfin, elle annonce que Me Nacera Haddouche, un autre membre du collectif de défense composé d’une trentaine d’avocats, «a déposé une plainte pour tortures».

À ce jour, le ministre de la Justice Belkacem Zeghmati, qui s’est forgé une énorme réputation auprès des Algériens grâce à sa lutte implacable contre la mafia, la corruption et le détournement d’argent et de biens publics, n’a pas encore réagi aux sollicitations des avocats de la victime. En effet, en tant que celui qui a neutralisé «le gang» qui a gouverné le pays durant 20 ans sous Abdelaziz Bouteflika et mis un bon nombre de haut responsables et d’oligarques en prison au point d’être surnommé «la Faux», il est attendu par l’opinion publique sur cette affaire de torture qui a bouleversé le pays.

Le procureur a requis la perpétuité

Walid Nekiche a été arrêté le 26 novembre 2019, lors d’une manifestation à Alger. Il a été accusé de «participation à un complot pour inciter les citoyens à prendre les armes contre l’autorité de l’État», «organisation d’une manière secrète de communication à distance dans le but de porter atteinte à la sécurité nationale», «atteinte à la sécurité et l’unité nationale» et «distribution et possession de tracts pouvant porter atteinte à l’intérêt du pays».

Lors de son procès à l’issue d’une détention provisoire de plus de 14 mois, le procureur a requis la perpétuité contre lui. Néanmoins, le juge a requalifié les faits et l’a innocenté des accusations criminelles.

L’étudiant a été condamné à six mois de prison ferme, assortie d’une amende de 125 euros pour «distribution et possession de tracts pouvant porter atteinte à l’intérêt du pays».

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Tags:
respect des droits, droits de l’homme, justice, tortures, Algérie
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