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Le gouvernement togolais projette de réhabiliter plusieurs ouvrages historiques pour promouvoir le tourisme national. Au rang de ceux-là, le Wharf. Ce pont métallique construit il y a 120 ans et dont les ruines sont encore visibles sur la plage de Lomé était le symbole d’un pays ouvert au commerce international.

Le Warf (quai en anglais), servait de point d’entrée pour le commerce international du Togo au temps de la colonisation allemande (1884-1914). Il a été abandonné en 1964, année de la construction du port autonome de Lomé –le seul port en eau profonde du pays– et fait aujourd’hui partie des ouvrages historiques que le gouvernement projette de restaurer pour promouvoir le tourisme, mal en point depuis la crise sanitaire.

Le ministre de la Culture et du Tourisme, Pierre Kossi Lamadokou, devrait présenter prochainement une communication en Conseil des ministres à ce sujet.

«La réhabilitation ou la conservation de cet ouvrage pour en faire un lieu touristique constitue une des préoccupations du gouvernement, qui a d'ailleurs d’autres projets dans ce sens», a déclaré le ministre à Sputnik.

Pierre Kossi Lamadokou avait également annoncé, en décembre dernier, la réhabilitation d’un autre ouvrage du gouvernement colonial allemand. Le site de Kamina, situé à Atakpamé (160 km au nord de Lomé) et bâti entre 1911, sera aussi restauré. Cette ancienne base militaire allemande avait été «dynamitée par l’armée avant sa capitulation en août 1914», précise Togofirst, un média togolais en ligne.

Un ouvrage historique

Le Wharf, construit un peu plus tôt que Kamina, entre 1901 à 1904, est situé à Kodjoviakope, un quartier côtier et historique de la capitale, frontalier avec le Ghana. C’est le tout premier ouvrage technique de grande ampleur datant de la colonisation allemande au Togo. Pour lier sa construction à l’histoire politique germanique, les colons l’avaient même inauguré le 27 janvier 1905, jour de l’anniversaire de l’empereur allemand Guillaume II.

À cette époque, le chargement des produits importés du Togo sur les bateaux se faisait à partir de pirogues. «Et grâce au Wharf, le débarquement et l’embarquement des marchandises et des personnes étaient plus rapides et comportaient moins de risques», précise le site du Goethe Institute, l’institut de promotion de la langue et de la culture allemande au Togo.

Vue partielle vers la ville des ruines du Wharf
© Sputnik . Alphonse Logo
Vue partielle vers la ville des ruines du Wharf

Sur la plage de Lomé, les ruines de l’ouvrage sont encore visibles, même si elles ont subi les outrages du temps.
À 200 mètres plus à l’est, on peut apercevoir d’autres vestiges en béton armé. Il s’agit des restes d’une première tentative de construction d’un quai, ravagé par une violente tempête, le 17 mai 1911. Les ingénieurs allemands avaient ensuite privilégié la structure métallique.

Ruines du premier Wharf en béton détruit par une tempête en mai 1911.
© Sputnik . Alphonse Logo
Ruines du premier Wharf en béton détruit par une tempête en mai 1911.

La situation géographique du Wharf, non loin du grand marché de Lomé, reste une preuve du rôle commercial central que jouait cet ouvrage dans les relations du Togo avec les autres nations.

«Tous les produits de l’arrière-pays transitaient par ce quai en direction du monde entier. Et inversement, il accueillait les marchandises internationales, ce qui a engendré toute une activité aux alentours», explique pour Sputnik Joseph Tsigbé, maître de conférences, enseignant de l’histoire togolaise et de l’histoire contemporaine à l’université de Lomé.

Le marché d’Agbadahonou (qui signifie «à proximité de la mer» en langue éwé) est issu de cette dynamique commerciale. Il a donné ensuite son nom au quartier historique. Le site s’est développé et est devenu aujourd’hui le grand marché de Lomé.

Le Wharf au service de l’économie?

Au Togo, le tourisme participe à hauteur de 2,2% à la formation du PIB, selon les chiffres officiels de 2018 rendus publics en 2019. Toujours en 2018, 712.000 visiteurs ont permis de générer des recettes hôtelières de 48 milliards de francs CFA (soit 73 millions d’euros).

Actuellement, seuls de jeunes pêcheurs fréquentent le Wharf. On peut les voir jeter leurs filets par-dessus l’ancien quai. Julien Agbéli, qui gère depuis plusieurs années à Lomé une agence de tourisme, estime que la restauration de l’ouvrage peut être rentable et inciter les visiteurs à connaître davantage l’histoire du pays.

«Je trouve surprenant que ce site, qui fait partie de l’histoire intrinsèque du Togo, ne figure pas sur la liste des lieux touristiques officiels. Vivement que l’État y pense», a-t-il souhaité au micro de Sputnik.

La crise économique liée à la pandémie de Covid-19 impose aux autorités de multiplier les initiatives pour relancer la croissance. La réhabilitation des ouvrages historiques peut être un des moyens de développer le tourisme intérieur, une niche jusque-là peu prisée par les pays d’Afrique mais qui a tout de même «énormément progressé sur le continent depuis le début de la pandémie», selon l’expert du secteur privé Didier Acouetey. Intervenant à ce propos en octobre 2020 sur les ondes de RFI, il a appelé les gouvernants à saisir l’occasion de réinventer ce segment en développant tout ce qui peut y contribuer.

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Tags:
Covid-19, Allemagne, colonisation, tourisme, Togo
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