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La 7e session ordinaire du G5 Sahel s’est tenue à N’Djamena les 15 et 16 février. La crise sanitaire et l’annulation de la dette ont été au cœur des discussions. Mais les résolutions ne concernent pas assez le développement, explique à Sputnik Ahmat Yacoub Dabio, président et fondateur du CEDPE.

La capitale tchadienne a accueilli la 7e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État du G5 Sahel les 15 et 16 février 2021. Les chefs d’État ont soulevé les questions portant sur la pandémie de Covid-19, la situation sécuritaire dans la région et l’annulation de la dette des pays membres. La dette africaine a été suspendue en mars 2020 pour 12 mois, qui vont bientôt être écoulés et les pays endettés commencent à chercher de nouvelles solutions.

«Vérifier où est allé cet argent»

La dette de l’Afrique avait atteint 365 milliards de dollars il y a un an juste avant que la décision de la suspendre a été prise par le G20. À l’époque, les ministres africains des Finances avaient demandé 100 milliards de dollars à la communauté internationale pour lutter contre le Covid-19. Ahmat Yacoub Dabio, président et fondateur du Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme (CEDPE), estime qu’il faut d’abord clarifier les dépenses faites par les pays du G5 Sahel.

«Il faut qu’on cherche à vérifier où est allé cet argent, est-ce qu’il est vraiment allé pour le développement commun. Avant d’annuler la dette, il faut faire un état des lieux de ce que cet argent a pu faire dans l’espace du G5 Sahel. Car nous vivons dans une situation de corruption et de détournement.»

En raison des conséquences de la pandémie et du poids des dépenses sécuritaires, les chefs d’État «ont adopté une Déclaration sur la dette, appelant à la mobilisation de toutes les parties prenantes pour une profonde restructuration de la dette des pays du G5 Sahel afin de pouvoir apporter une réponse aux attentes urgentes et légitimes de leurs populations». Et la réponse pourrait se trouver dans l’annulation massive de la dette, dont Emmanuel Macron a fait la proposition en avril 2020.

Les résolutions du sommet ne sont pas «axées» correctement

La jeunesse africaine d’aujourd’hui est désespérée, estime Ahmat Yacoub Dabio, car il y a de multiple problèmes, comme le chômage et le sous-emploi, le terrorisme, l’aspect sécuritaire, ainsi que le non-respect des droits de l’Homme. D’après le chercheur, les résolutions sorties à l’issue du dernier sommet G5 Sahel ne représentent pas le cœur des actions nécessaires.

«J’aurais préféré qu’une grande partie des résolutions du sommet G5 Sahel puisse être axée sur le développement et le respect des droits de l’Homme. Mais malheureusement elle est axée sur une sorte de satisfaction du genre "les chefs d’État sont satisfaits, les chefs d’État saluent…"»

«Relancer la roue du développement»

Au début de la pandémie, l’Afrique était longtemps restée épargnée et, aujourd’hui, un an plus tard, le continent compte toujours peu de cas en comparaison avec l’Occident. Cela pourrait expliquer la lenteur avec laquelle les campagnes de vaccination se lancent dans les pays africains.

Mercredi 17 février, lors d'un échange en visioconférence avec ses homologues égyptien Abdel Fattah al-Sissi, sénégalais Macky Sall, sud-africain Cyril Ramaphosa, de RDC Félix Tshisekedi et des Comores Azali Assoumani, Emmanuel Macron a estimé que «la lenteur de la campagne de vaccination dans les pays pauvres, en particulier en Afrique, est inexplicable et intolérable».

Ahmat Yacoub Dabio de son côté est persuadé qu’il faudrait chercher une solution unique pour plusieurs problèmes.

«En ce qui concerne la situation sanitaire liée au Covid-19 en Afrique, elle n’est pas aussi grave que ce qu’on peut voir en Europe et en Occident en général, mais la solution adéquate tant pour combattre le terrorisme que faire face à la pandémie, c’est de relancer la roue du développement. Il n’y pas d’autre solution.»

Les problèmes administratifs

Chaque pays du G5 Sahel devrait s’occuper de ses problèmes administratifs sur place, pour se mettre sur les rails de la stabilité économique, estime l’expert.

«En prenant l’exemple du lac Tchad, il y a 97% des habitants qui n’ont pas de pièces d’identité, le CEDPE a vérifié cela, sur 2.544 personnes il y a 3% qui ont des pièces d’identité. C’est atroce et inacceptable au XXIe siècle. Donc au sommet G5 Sahel, il vaut mieux parler du développement.»

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