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Abdelmadjid Tebboune a pris une série de mesures pour «un changement radical». Dans un discours prononcé à quelques jours du deuxième anniversaire du déclenchement du Hirak, le chef de l’État algérien a annoncé la libération des détenus d’opinion, un remaniement ministériel et la dissolution de l’Assemblée nationale.

Vendredi 19 février, de nombreuses personnes se sont rassemblées devant les prisons d’Algérie pour attendre la libération d’un proche. Les détenus concernés par ces relaxes ont tous été condamnés par la justice pour leur participation au Hirak (le mouvement de contestation sociopolitique déclenché en février 2019), pour des publications sur les réseaux sociaux ou encore pour leur statut de journaliste ou de personnalité politique.

Ces libérations sont intervenues dans la cadre d’une amnistie accordée la veille, jeudi 18 février, par le Président Abdelmadjid Tebboune lors d’un discours officiel diffusé à la télévision d’État. Il a annoncé la signature d’un décret portant grâce présidentielle au profit d’une trentaine de détenus, jugés définitivement, et de 55 à 60 autres «dont les jugements n’ont pas encore été rendus par la justice et qui seront ce soir ou demain parmi les leurs».

Reconnaissance de fait

Jusqu’en début d’après-midi, une dizaine de détenus d’opinion avaient été libérés. Les élargissements devaient se poursuivre durant la journée. Pour le Président Tebboune, cette amnistie entre dans le cadre de la célébration du «deuxième anniversaire du Hirak authentique béni, un Hirak qui a épaté tous les pays et sauvé l’Algérie d’une tragédie». Sur les réseaux sociaux, la nouvelle a été accueillie avec soulagement, même si beaucoup rappellent le caractère arbitraire de leur condamnation.

Cette absolution présidentielle vient confirmer l’existence de détenus d’opinion en Algérie, une réalité que les responsables politiques du pays avaient toujours niée. C’est le cas notamment d’Amar Belhimer, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

«Il n’existe pas de prisonniers d’opinion en Algérie. Et je ne suis pas le seul à être convaincu que seul un État de droit, à l’exclusion de tout autre logiciel de gouvernance, peut donner corps aux idéaux de démocratie, de justice et de progrès social qui ont toujours été les miens depuis cinquante ans», avait-il déclaré dans une interview accordée en décembre dernier au journal gouvernemental El Moudjahid.

«Sang neuf»

Rentré le 12 février d’Allemagne, où il a été hospitalisé à la suite de complications liées au Covid-19, le Président Abdelmadjid Tebboune a également annoncé un remaniement ministériel ainsi que la dissolution de l’Assemblé populaire nationale et l’organisation d’élections législatives anticipées.

«J’ai décidé de dissoudre l’APN dans sa composante actuelle. Nous allons passer à des élections où l’argent, sale ou pas, n’aura point de place, des élections qui ouvriront leurs portes aux jeunes. L’État œuvrera à aider ces jeunes, notamment pour mener leurs campagnes électorales dont nous prendrons en charge une grande partie. Nous aurons opéré un changement en injectant du sang neuf dans les organes de l’État et le Parlement qui sera le porte-voix du peuple», a-t-il annoncé.

Pour le chef de l’État, ces mesures permettront de déclencher un «changement radical», ce dernier ne pouvant se concrétiser qu’à travers «de nouvelles lois et institutions». «Nous avons mené la bataille du changement des textes et des institutions, comme l’a revendiqué le Hirak béni et authentique du 22 février 2019», a-t-il ajouté.

Mais pour le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti politique d’opposition, la démarche présidentielle ne répond en rien «aux attentes des Algériens qui manifestent depuis février 2019 pour le départ du système». Dans une déclaration à Sputnik, Atmane Mazouz, porte-parole de cette formation, estime que Tebboune vient, encore une fois, de botter en touche en passant à côté de l’essentiel.

«En dehors du chantage aux otages du mouvement [les détenus d’opinion] qui vient de connaître une éphémère solution, le temps que passent les effets d’une sortie ratée, les annonces de changement sont étouffées net.»

Selon lui, les Algériens attendent de vraies solutions qui leur permettront de décider souverainement de leur destin. «On ne sent aucune volonté chez le chef de l’État désigné de se soustraire de sa dépendance d’une feuille de route contre-révolutionnaire pour permettre au peuple de vivre harmonieusement et pleinement en démocratie», poursuit-il.

Coup dur pour le FLN

Exigée par plusieurs formations politiques, la dissolution de l’Assemblée est un coup dur pour le Front de libération nationale qui dispose de la majorité parlementaire avec 161 sièges sur les 462 que compte la Chambre basse du Parlement algérien. Pourtant, du côté de l’ancien parti unique, on tente de faire bonne figure. Mohamed Amari, son porte-parole, explique à Sputnik que la dissolution de l’Assemblée «fait partie des promesses électorales du Président Abdelmadjid Tebboune en réponse aux revendications du Hirak».

«L’Algérie a désormais une nouvelle Constitution, il est donc normal que le pays renouvelle la composante de ses institutions. Pour le FLN, l’intérêt de l’Algérie passe avant l’intérêt du parti. Si la dynamique de rassemblement de tous les Algériens nécessite de se débarrasser de l’actuelle Assemblée, alors nous sommes prêts à le faire», indique le responsable de cette formation.

Mohamed Amari se dit optimiste «car les citoyens feront la différence entre les anciens responsables corrompus du parti et les cadres honnêtes qui sont aujourd’hui dans les structures dirigeantes du FLN». Il considère que cette Assemblée est «suspecte depuis sa naissance», en faisant référence à la fraude qui a marqué les législatives du 4 mai 2017.

«L’actuelle direction, dont le secrétaire général, ne possède aucun bien matériel. D’ailleurs, ils sont tous victimes des directions qui se sont succédé ces dernières années à la tête du FLN», ajoute le porte-parole de ce parti dont d’anciens responsables ont été condamnés par la justice pour corruption.

Pour sa part, le RCD se montre sceptique au sujet de l’objectif de ces élections et estime que le scrutin sera entaché de fraude.

«Ces nouvelles élections, qui seront certainement traficotées et ne seront qu’un rafistolage de la composante de l’actuel gouvernement, n’atténueront pas la volonté des Algériens à continuer le combat pacifique pour la satisfaction de ses revendications. Ce scrutin ne représente pas du tout la requête essentielle des Algériens et de l’opposition qui réclament une transition démocratique de rupture et un processus constituant souverain», clame-t-il.

Les regards seront également tournés vers le gouvernement dont certains membres vont être limogés, le Président Tebboune ayant annoncé un «remaniement dans les 48 heures». Les ministres concernés sont ceux dont «les secteurs ont enregistré, à notre sens et du point de vue des citoyens, des lacunes en matière de règlement des problèmes». Abdelaziz Djerad, nommé Premier ministre le 28 décembre 2019, devrait être maintenu jusqu’à la tenue des élections législatives prévue pour la mi-mai.

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Abdelmadjid Tebboune, dissolution, élections législatives, libération, Hirak, Algérie
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