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Actuellement, les anciens membres du Conseil national de transition algérien (1994-1997) touchent un salaire mensuel à vie 20 fois supérieur au Smic, en plus d’une prime annuelle au logement 30 fois supérieur, a dénoncé le sénateur Abdelouaheb Benzaim lors d’un passage sur la chaîne de télévision Lina.

C’est un véritable pavé dans la marre que vient de jeter le sénateur élu du Front de libération nationale (FLN) Abdelouaheb Benzaim. Selon lui, les 192 membres du Conseil national de transition (CNT) (1994-1997) ont voté une loi leur permettant de toucher leur salaire à vie. En cas de décès, c’est à leur conjoint qu’échoit cette retraite, précise-t-il dans un entretien accordé à la chaîne de télévision Lina.

Le CNT a été créé 1994, alors que l’Algérie ne disposait pas d’assemblée élue en pleine période terroriste dans le pays. Son mandat a pris fin après l’élection d’un nouveau Parlement en 1997.

«Ils ont sauvé la République, mais…»

Lors de son entretien, le sénateur Benzaim explique que la mission politique des membres du CNT «était peut-être difficile, avec la guerre civile». «Ils ont fait ce qu’ils ont pu, mais ils ont voté une loi leur permettant, après trois ans d’exercice, de prendre leur salaire à vie avec les augmentations successives [dont les députés ont bénéficié après 1997, ndlr]», ajoute-t-il, soulignant que cela «est un point noir dans leur bilan […]. Ils ont des cartes d’anciens députés et bénéficient des services fournis par l’APN aux anciens élus».

Dans le même sens, le sénateur du FLN précise qu’avec les augmentations successives, les membres du CNT «touchent actuellement 400.000 dinars (2.493 euros)», soit 20 fois le Smic qui est de 20.000 dinars (125 euros).
Par ailleurs, dans un message posté sur Facebook, Abdelouaheb Benzaim informe qu’en plus de leur salaire, les membres du CNT, tout comme les députés et les sénateurs, touchent une «prime au logement annuelle de 600.000 dinars (3.740 euros) [soit 30 fois le smic, ndlr]».

Assurant qu’il ne cherche pas «à attaquer personnellement les anciens membres du CNT, mais juste à faire valoir la justice sociale en termes d’accès aux droits à la retraite», le sénateur Benzaim a décidé de publier son bulletin de salaire en guise de preuve à l’adresse de tous les Algériens.

Des déclarations en pleine reprise du Hirak

Depuis le 22 février, les manifestations populaires ont repris en Algérie après une année de suspension à cause de l’épidémie de Covid-19.

Les déclarations de M.Benzaim devraient susciter la colère des Algériens qui découvrent que la classe politique, pouvoir et opposition confondus, s’est largement octroyé des privilèges qui dépassent de loin ceux dont bénéficient les couches sociales démunies, dans une situation économique et financière des plus difficiles pour le pays.

En effet, sur la liste des membres du CNT publiée sur le site de l’Assemblée populaire nationale (APN) figurent des noms de l’opposition comme Zoubida Assoul (présidente de l’UCP), Soufiane Djilali (président de Jil Jadid), Abdelkader Bengrina (ancien ministre, ex-candidat à la présidentielle de décembre 2019 et chef du Mouvement El Bina). Abdelmadjid Menasra (ancien ministre), Abdelatif Benouared et Bachir Ettouil (les trois membres dirigeants du MSP) apparaissent aussi. Côté pouvoir, Djamel Ould Abbes, ancien ministre et secrétaire général du FLN actuellement en prison pour des Affaires de corruption, Saïda Benhabyles, présidente du Croissant rouge algérien, et Abdelkader Ben Salah, ex-chef de l’État, qui a lui-même présidé le CNT, s’y trouvent.

Le déficit de la caisse des retraites

Aux privilèges des membres du CNT s’ajoutent ceux des députés et des sénateurs, du pouvoir et de l’opposition, ainsi que ceux des ministres et des hauts cadres du pays qui, selon le sénateur Benzaim, gardent environ 30% de leur salaire à vie.

En effet, fin janvier au Sénat, Abdelouaheb Benzaim avait déjà dénoncé le fait que «chaque ex-haut responsable de l’État prend indûment le droit de 200 salariés en termes de retraite», ce qui a mis la Caisse nationale des retraites (CNR) en état de «déficit abyssal».

L’ex-ministre des Finances Mohamed Loukal avait indiqué en novembre 2019 devant les députés lors d’une séance de questions-réponses relatives au projet de loi de finances 2020 que le déficit de la Caisse nationale des retraites était désormais estimé «à 700 milliards de dinars (5,3 milliards d’euros) par an».

«Avec l’absence de réserves à court terme et la non-application de réformes à moyen et long termes, il pourrait atteindre les 800 milliards de dinars [six milliards d’euros, ndlr] en 2021 et se creusera avec une moyenne annuelle de 2,5%, voire 3%, tout au long de la prochaine décennie», affirmait-il, précisant qu’«il n’était plus possible de compter sur le concours du budget de l’État pour couvrir ce déficit de manière entière et permanente».

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Tags:
salaire minimum, salaire, sénateur, députés, Algérie
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