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À deux semaines de la présidentielle, les médias privés du Tchad menacent d’un «retrait pur et simple de la couverture médiatique de la campagne électorale». Armand Djégoltar, président de la chaîne privée ETV, explique à Sputnik ce qu’ils attendent dans leur démarche du gouvernement et du Président Déby.

Dans un communiqué publié le 16 mars, les médias privés du Tchad s’adressent de nouveau au gouvernement et directement au Président Idriss Déby en exigeant un dialogue, car depuis plusieurs années le fonds d’aide à la presse n’a pas été payé. Selon les auteurs du communiqué, la couverture médiatique de l’élection présidentielle qui approche leur semble impossible.

Aucun échange entre le gouvernement et les médias

Le premier communiqué à ce sujet a été publié le 14 mars, mais les auteurs ont pris la décision de prolonger de 48 heures le délai de réponse pour les autorités, afin d’éclaircir la situation. Le plus gros problème, d’après Armand Djégoltar, PDG de la chaîne privée ETV (Electron Télévision), c’est qu’aucun processus n'est instauré pour échanger sur les besoins des médias privés et même publics.

«Ce déficit est d'une part imputable à la dispersion des médias privés d'autre part à la lourdeur de l'entité de régulation qui est la Haute Autorité des médias et de l'audiovisuel (HAMA). Ainsi, les apports du gouvernement en général ne représentent qu'une goutte d'eau dans la mer et cela ne participe guère à l'idée principale qui a prévalu à la Conférence nationale souveraine de 1993, ayant conduit à la mise en place d'un fonds d'aide à la presse et aux médias.»
Communiqué des médias privés du Tchad sur la non-couverture de la présidentielle 2021
© Sputnik . Le Point Focal
Communiqué des médias privés du Tchad sur la non-couverture de la présidentielle 2021

130 millions de francs CFA

Ce n’est pas la première fois que les médias privés tchadiens réclament le soutien gouvernemental qui leur est dû. Au début de la pandémie, cette question avait également été soulevée. Mais, à chaque fois, le montant est décidé unilatéralement par le gouvernement et finalement ne représente quasiment rien pour l’ensemble des médias privés, constate M.Djégoltar.

«Nos conditions c'est de demander au gouvernement un processus d'échange avec les médias pour un accord commun, que des budgets soient élaborés, examinés et approuvés pour les prochaines échéances électorales. Et la condition de cela reste aussi l'union des médias privés. Le gouvernement semble avec la HAMA avoir mis dans le circuit une somme de 130 millions de francs CFA (200.000 euros). À l'heure actuelle, nous l’ignorons.»

«Un coup dur à notre démocratie»

Depuis deux semaines, le Tchad est plongé dans un climat très tendu qui comprend des tentatives militarisées d’arrestation d’opposants et le retrait de candidats. L’actualité a besoin des médias, explique-t-il, en ajoutant qu’au Tchad les médias publics ne sont pas les plus suivis, donc la participation à la couverture des élections des médias privés est décisive.

«La non-couverture de l'actualité électorale par les médias privés sera un coup dur pour notre démocratie et nous devrions tous éviter ce piège et cette faiblesse. Rappelons que les médias privés sont le sel essentiel de toute démocratie.»

Il certifie que depuis deux semaines les médias sont dans «une situation lamentable» quand il leur est demandé de faire pleinement leur travail sans être rémunérés. Désormais, ils attendent vendredi 19 mars la réponse définitive du gouvernement et les précisions sur la somme de 130 millions de francs CFA qui serait destinée aux médias privés.

Armand Djégoltar rappelle le «rôle tant important des médias dans la couverture médiatique de la campagne électorale», donc les médias privés décident de «leur retrait pur et simple de la couverture médiatique de la campagne électorale jusqu’à gain de cause si dans un délai de 48 heures, à compter du mercredi 16 mars 2021, la situation n’est pas décantée».

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élection présidentielle, médias, Tchad
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