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Dans un entretien à Sputnik, le directeur de Tout sur l’Algérie, Hamid Guemache, indique que «c’est la politique du pouvoir à l’égard de la presse nationale, notamment électronique» qui a facilité l’apparition de «médias informels basés à l’étranger» qui diffusent des informations en direction de l’Algérie.

Lundi 22 mars, le procureur de la République près le tribunal de Bir Mourad Raïs, à Alger, a requis un mandat d’arrêt international contre les youtubeurs Mohamed Larbi Zitout (militant du mouvement Rachad), le journaliste Hichem Aboud et l’activiste Amir Boukhors (dit Amir-DZ), accusés «d’atteinte à l’ordre public et à la sécurité et à la stabilité de l’État» en raison des informations qu’ils diffusent quotidiennement, notamment en direction du Hirak en Algérie.

Dans ce contexte, outre l’aspect judiciaire de cette affaire qui relève strictement de la compétence de la justice algérienne et de ses homologues française et britannique, Hamid Guemache, directeur du site d’information Tout sur l’Algérie (TSA) bloqué depuis près de deux ans, explique à Sputnik que ce qui a érigé beaucoup de personnes «en médias informels, c’est la politique du pouvoir à l’égard de la presse nationale, notamment électronique».

«Le pouvoir fait tout pour affaiblir la presse»

«Le pouvoir fait tout pour affaiblir la presse algérienne. Cela a permis l’émergence et le développement de médias informels basés à l’étranger. Dans ce domaine, l’Algérie est un cas unique. Quand on bloque arbitrairement les sites internet d’information, on emprisonne des journalistes, on fait du chantage à la publicité, on multiplie les pressions financières sur les journaux, le résultat est évident», affirme-t-il. « L’Algérie de par sa position et son histoire a besoin de médias crédibles et puissants pour que sa voix soit entendue partout, ce n’est malheureusement pas le cas.»
Et de s’interroger: «Quel intérêt a l’Algérie à affaiblir ses propres médias électroniques qui produisent des contenus pouvant aider à combattre les fake news venant de l’étranger? Ne serait-il pas mieux de les aider à se développer dans le cadre des droits et devoirs définis par la Constitution, afin qu’ils puissent participer à ce combat?».

Les arguments du ministre

Dans un entretien accordé au site Express-DZ, le ministre algérien de la Communication et porte-parole du gouvernement Ammar Belhimer affirmait que, «motivés par une mauvaise foi ou par ignorance, certains incombent à tort» cette situation «au ministère de la Communication et interprètent cela comme de la "censure"».

«À cet effet, nous tenons à préciser que ces "blocages", ou je dirais plutôt interruptions, sont dus à des problèmes techniques, notamment la mauvaise connexion qui n’est nullement du ressort du ministère la Communication», assurait-il alors, recommandant à tous les sites de s’héberger sur le domaine «.dz», le meilleur moyen de «garantir une transparence et une sécurité à l’activité des sites électroniques d’information et autres».

Or, dans une déclaration à Sputnik, Hamid Guemache estime que les causes avancées par le ministre ne sont pas convaincantes. «Si le problème, comme le dit M.Belhimer, tenait à une question de coupure Internet, dans ce cas-là, même en passant par un VPN, notre site ne serait pas accessible, alors que ce n’est pas le cas [...]. Ce que je constate sur le terrain, c'est plutôt une lutte contre les médias électroniques indépendants», regrette-t-il.

Le site Algérie62, qui dénonce également sa censure tout comme Inter-Lignes, évoque dans un article le limogeage «injustifié» de la responsable nommée par Abdelmadjid Tebboune au ministère de la Communication pour réorganiser le secteur des médias électroniques. Une journaliste de 20 ans de carrière «a été brutalement virée sans aucune explication» pendant l’absence du Président qui se trouvait alors en Allemagne. Une responsable qui a convaincu «par sa spontanéité et son engagement et qui est actuellement chez elle, marginalisée et malade».

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liberté de la presse, presse, Algérie
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