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L'ex-chef d’État centrafricain François Bozizé est désormais à la tête des rebelles qui tentent de renverser le Président Touadéra, d'après le porte-parole de ladite rébellion. L'intéressé n'a pas encore confirmé l'annonce, mais celle-ci corrobore «ce que tout le monde savait déjà»: un passage en force en vue de reconquérir le pouvoir.

Que va faire François Bozizé à la tête de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC)? Le porte-parole de la CPC, Serge Bozanga, a indiqué dimanche 21 mars à la presse que l'ancien Président centrafricain avait répondu favorablement à «l'appel» des six groupes armés membres de la CPC lui «demandant de prendre la tête» de la coalition «en qualité de coordinateur général».

Des complicités lointaines?

Pour l'heure, l’ex-chef de l’État ne s’est pas prononcé sur le sujet, pas plus que les autorités de Bangui. D'ailleurs, Bozizé n'a pas fait d'apparition publique depuis des mois, des sources le donnant même en clandestinité au Nord de la capitale. Impossible pour l'heure d'avoir une réponse définitive tant les rues de Bangui bruissent de toutes les rumeurs.

Une seule certitude, toutefois. La coalition CPC née fin 2020 et François Bozizé ont au moins un projet commun: faire tomber l'actuel Président, Faustin Archange Touadéra. En effet, mi-décembre 2020, six des plus puissants groupes armés qui contrôlent plusieurs localités de la Centrafrique, en guerre civile depuis huit ans, se sont alliés au sein de la CPC. Ils ont lancé plusieurs offensives contre des positions de l'armée centrafricaine, symbole du pouvoir du Président Touadéra. En janvier dernier, pour la première fois depuis le début de leur action pour empêcher la réélection de Faustin-Archange Touadéra (reconduit pour un deuxième mandat le 4 janvier), les rebelles de la CPC ont attaqué Bangui. Un affront qui démontre à suffire la capacité de nuisance de ce groupe. Le Président Touadéra avait déjà accusé François Bozizé en décembre 2020 d'être à la tête de la CPC, une accusation à l’époque niée en bloc par l'ancien chef de l'État. Pour Kag Sanoussi, président de l’Institut international de gestion des conflits dont le siège se trouve à Lille, par cette sortie du porte-parole de la CPC, et pour peu que l'ex-Président confirme à son tour l'information, «François Bozizé assume officiellement ce que tout le monde savait déjà».

«C’est malgré tout une triste nouvelle, car ce choix ne vient pas en soutien des acquis de la jeune démocratie centrafricaine. La Constitution centrafricaine n’autorise pas la conquête du pouvoir par les armes; ce qui fait de ce positionnement clairement assumé, une sortie de piste», explique le spécialiste à Sputnik.

De l’arène politique à la rébellion

Depuis son retour discret au pays, en décembre 2019, au terme de six ans d’exil en Ouganda, les rumeurs de coup d’État en préparation se sont multipliés. Des accusations rejetées en bloc par l’ancien homme fort de Bangui, qui pour montrer sa bonne foi s’est porté candidat à la dernière présidentielle sous le couvert de son parti le Kwa Na Kwa (KNK). La Cour constitutionnelle avait alors invalidé sa candidature au motif, notamment, qu'il était sous le coup de sanctions de l'Onu pour son soutien présumé à des milices d'autodéfense coupables, selon les Nations unies, de crimes de guerre et contre l'humanité au paroxysme de la guerre civile en 2013 et 2014.

Après des putsch manqués, Bozizé a réussi finalement son «coup» en 2003 et a écarté Ange-Félix Patassé, avant d'être chassé du pouvoir en 2013 par un autre coup d'État dans cette Centrafrique qui était alors coutumière de la pratique.

François Bozizé veut-il à présent renouer avec ses vieux démons, les siens et ceux de la Centrafrique? «La prise de commandement de la CPC par l’ex-chef d’État est une promesse de guerre et non de paix, un refus implicite du dialogue proposé le 18 mars dernier par le Président Touadera», insiste Kag Sanoussi.

«La détermination de François Bozizé est tangible dans cette aventure. Il s’est inscrit automatiquement dans le temps avec l’unique objectif qu’est de faire tomber le Président Touadera. Au moment où ce dernier s’apprête à être investi (30 mars, ndlr) pour son prochain mandat, sans tomber dans la paranoïa, il convient de demeurer constamment éveillé et d’œuvrer à ce que les alliances sous régionales et internationales puissent contribuer à rendre inopérant ledit projet», suggère le spécialiste de la gestion des conflits.

Depuis 2013, la Centrafrique est le théâtre d’affrontements entre groupes armés qui commettent d’innombrables exactions. Le 6 février 2019, les protagonistes de la crise qui secoue la République centrafricaine depuis 2013 ont signé un nouvel accord pour le retour à une vie normale. Plus de deux ans après, les violations du huitième accord de paix sont encore nombreuses sur le terrain. Ce qui semble être la détermination de François Bozizé à revenir aux affaires par tous les moyens fait craindre le pire.

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Faustin-Archange Touadéra, François Bozizé, Afrique centrale
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