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Effarement, colère, incompréhension… Les parents d’élèves de l'école primaire française Ernest Renan au Maroc n’en reviennent toujours pas. Leurs enfants ont reçu jeudi 25 mars un exercice de sciences aux relents à la fois racistes et misogynes. Un «incident» qui les scandalise et enflamme aussi la Toile.

Mise à jour du 02/04/2021: ajout du droit de réponse envoyé par la Fondation La main à la pâte.

L'école Ernest Renan de Casablanca, qui fait partie du réseau de la mission française au Maroc, est au cœur d’un scandale depuis jeudi 25 mars dernier. En cause, un exercice «pédagogique» qui suscite une condamnation unanime. À la question «Qui sont les grands singes?», posée dans le cadre d’un cours de sciences naturelles aux élèves de CM2 (10-11 ans), il leur a été demandé de relier des figurines à leur nom puis à leur habitat naturel. Jusqu'ici rien ne choque, mais la suite est sidérante. Aux côtés d’un gorille, d’un orang outang, d’un bonobo et d’un chimpanzé, une femme subsaharienne figurait parmi les illustrations proposées.

Racisme et misogynie

Révoltés par le contenu jugé à la fois raciste et misogyne de cet exercice, les parents des jeunes écoliers ont très vite donné l’alerte. Ils ne comprennent pas comment on peut en arriver à un tel dérapage dans un cadre censé être éducatif.

Partagée à profusion sur les réseaux sociaux en l’espace de quelques heures, l’étrange «leçon» a déclenché une immense vague d’indignation qui continue de déferler sur la Toile. Des militants associatifs, des parents ainsi que des enseignants ont dénoncé un racisme et un sexisme qui persistent dans le pays à travers les contenus scolaires enseignés aux enfants.

​L’alerte ainsi donnée a même été relayée par le comité Parité et Diversité de 2M. Cet organe de la deuxième chaîne de télévision marocaine a dénoncé, à son tour, une «indécence» et une «inacceptable atteinte à la dignité humaine».

Dans l’après-midi du jeudi 25 mars, le directeur de l’établissement, Sébastian Galard, a réagi à la polémique en envoyant un mail aux parents concernés. Il y évoque «un exercice qui a pu, à juste titre, choquer leur sensibilité. Il l’a qualifié dans son écrit «d’une maladresse inadmissible qui peut renvoyer à des amalgames tout à fait contraires aux valeurs» que l’école dit défendre. Le directeur conclut son mail en présentant des excuses au nom de l’établissement et de ses enseignants. Sauf qu’il n’a fait que jeter de l’huile sur le feu.

En republiant son mail, plusieurs internautes ont dénoncé «des excuses à minima», un «euphémisme» qui ne compense aucunement le racisme et la misogynie de l’exercice.

Plus tard dans la soirée, un autre e-mail tombe. Il a été aussitôt largement partagé. Cette fois, le message reçu par les parents vient de Paris. Il est signé de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), un réseau qui pilote les 540 établissements français à l’étranger dont l'école Ernest Renan au Maroc. Pour tenter d’éteindre les flammes de la colère et de la polémique, le ton y est beaucoup plus ferme.

Faute grave

Le mail évoque la «consternation» de l’Agence au vu du contenu raciste et sexiste de l’exercice décrié. L’AEFE y annonce ensuite avoir décidé «d’ouvrir une enquête administrative» après cette «faute grave». Elle insiste sur la transmission des «valeurs républicaines dans l’enseignement français à l’étranger, au premier rang desquelles l’égalité et la lutte contre toutes les formes de racisme». Aussitôt reçu par les parents, le message de l’AEFE a très vite été publié par l’école primaire concerné sur son site Web.

​Au sein de l’Association des parents d’élèves de l’enseignement français à l’étranger (APEEF), la réaction est mitigée:

«Au sujet de l’incident pédagogique qui a eu lieu à l’École Ernest Renan, nous reconnaissons que le directeur et l’AEFE ont eu une réaction rapide et efficace que nous saluons», ont-ils commenté furtivement dans un communiqué parvenu à Sputnik. «Nous éviterons de polémiquer davantage et suivrons l’enquête de l’AEFE et les actions correctives qui devront être prises», ajoutent-ils.

Depuis l’éclatement de cette affaire, l’enseignante incriminée a été mise à pied en attendant les conclusions de l’enquête administrative ouverte par l’AEFE.

Selon la gravité de la faute commise et établie après enquête, les sanctions peuvent aller de la suspension temporaire à la mise à la retraite ou une radiation du corps professoral, apprend Sputnik de sources proches du dossier.

En attendant, la source de l’exercice controversé a été retracée, montrant qu’il est tiré de la plateforme française «La main à la pâte» pour l’éducation à la science. Créée en 2011 par l’École nationale supérieure (ENS) et l’Académie des sciences, cette fondation met à disposition des professeurs, de France et d’ailleurs, des outils pédagogiques pour leurs cours de sciences. Cet exercice aurait été déposé par un coopérant enseignant de la plateforme au Gabon.

​Au-delà de la question des sanctions ou de la source du délit, c’est celle du contrôle du contenu pédagogique des programmes des écoles étrangères qui se pose. Comment au cœur de l’enseignement français à l’étranger, un tel dérapage est-il possible? s’interrogent plusieurs internautes. L’enquête de l’AEFE en cours pourrait apporter les réponses attendues…

Droit de réponse

Le 02/04/2021, Sputnik a reçu un droit de réponse de la Fondation la main à la pâte. Le voici reproduit dans son intégralité:

Produite il y a une dizaine d’années, la ressource pédagogique de la Fondation La main à la pâte sur les Hominidés a été conçue avec des enseignants gabonais et l'Institut Jane Goodall. L’objectif était de sensibiliser les élèves des classes du Gabon avec des formateurs gabonais à la protection des "grands singes", famille dont l'être humain fait aussi partie du point de vue de la classification (les Hominidés). Le tout dans un but de protection de ces populations d'êtres vivants et de leurs habitats.

Au total, ce module comprend quatre parties (vie sociale des grands singes ; aire de répartition et dynamique des populations de grands singes ; écosystèmes, relations alimentaires et interdépendance des êtres vivants ; classification et évolution), chacune présentant un éclairage scientifique pour l'enseignant, ainsi qu'une description détaillée des activités à mener en classe et une fiche de de travail pour les élèves.

Des illustrations locales ont été choisies pour parler aux élèves gabonais et représenter l'espèce humaine telle qu'ils la connaissent dans leur environnement quotidien : des hommes, des femmes, des enfants gabonais. Il est bien spécifié dans la ressource qu’elle a été produite dans un contexte gabonais. L’image diffusée sur les réseaux sociaux a donc été sortie de son contexte et accompagnée d’interprétations erronées. L’enseignant qui a utilisé cette ressource au Maroc est donc totalement hors de cause. Pour notre part, nous récusons toute accusation de racisme ou de misogynie faite à l’encontre de cette production.

Pour une adaptation de cette ressource hors du contexte gabonais, une autre illustration figure dans la ressource, utilisant un pictogramme.

La ressource est consultable ici : https://www.fondation-lamap.org/fr/hominides

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Tags:
école, racisme, Afrique, Maroc
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