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Dans un entretien accordé à Sputnik, le sénateur Benzaim appelle le gouvernement à annuler le régime spécial de retraite des hauts cadres de l’État et des parlementaires ainsi qu’à fournir les efforts pour prendre en charge les travailleurs les plus vulnérables, exposés au danger. Il suggère l’effacement de la dette de la caisse des retraites.

«Une loi injuste n'est pas une loi», disait Saint Augustin (354-430). Des siècles après ce sage nord-africain mort à Hippone, l’actuelle ville de Souk Ahras, dans le nord-est de l’Algérie, le pasteur Martin Luther King (1929-1968) lui emboîtait le pas, affirmant:

«On pourrait fort bien nous demander: Comment pouvez-vous recommander de violer certaines lois et d’en respecter certaines autres? La réponse repose sur le fait qu’il existe deux catégories de lois: celles qui sont justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à prêcher l’obéissance aux lois justes. Inversement, chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes».

C’est dans ces termes dialectiques que le sénateur algérien Abdelouaheb Benzaim, élu du Front de libération nationale (FLN), pose le problème de l’injustice dans l’accès aux droits à la retraite, cause principale du déficit abyssal, 700 milliards de dinars (4,46 milliards d’euros) par an, dont souffre la Caisse nationale des retraites (CNR).

Au-delà du problème des retraites dorées des hauts cadres de la Nation perçues en contradiction avec le principe d’égalité devant la loi entre tous les citoyens de la République, cette question révèle également «une sorte de double langage d’une certaine classe politique» qui prétend combattre le «système» tout en continuant à profiter de ses privilèges. Ce deux poids deux mesures s’est transformé en «une sorte de maladie sociale» où l’on voit les partisans de ces opposants dénoncer les excès du pouvoir tout en fermant les yeux sur les privilèges de leurs leaders, dont certains «se sont érigés en représentants du Hirak du 22 février» qui a mis fin au règne de l’ex-Président déchu Abdelaziz Bouteflika.

Ainsi, dans un entretien à Sputnik, le sénateur Benzaim informe qu’il va adresser une question orale au ministre du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale, El Hachemi Djaâboub, dont il nous a fait parvenir une copie, lui demandant de présenter un bilan complet du fonctionnement de la CNR, les causes qui génèrent son déficit et d’aborder en profondeur la question «de principe de la justice de l’accès aux droits à la retraite» et comment remédier aux insuffisances de la loi la régissant. Par ailleurs, il y a lieu, selon lui, de revoir la question du Fonds spécial de retraite (FSR) des hauts cadres et de corriger l’injustice par rapport au reste des citoyens.

Prendre en charge les couches les plus vulnérables

«Il s’agit avant tout de s’occuper du problème des métiers pénibles dont les employés et les ouvriers subissent une énorme souffrance au travail et qui ont 32 ans de contribution, ouvrant ainsi droit à la retraite proportionnelle à 80%», affirme le sénateur, précisant que «le gouvernement exige de ces personnes de continuer à travailler jusqu’à l’âge de 60 sans que les années qui sont en plus ne soient comptabilisées dans le calcul de la retraite».

Tout en citant l’exemple des Algériens qui travaillent dans les secteurs des mines, de la chimie et de la production de l’acier, M.Benzaim appelle le gouvernement «à permettre à ces travailleurs qui se comptent en centaines de milliers de partir après 32 ans de service avec une retraite d’un taux de 80%, et ce en dégageant un budget destiné à effacer la dette du CNR, à l’exemple de ce qui a été fait plusieurs fois aux entreprises publiques, ce qui permettra de rebâtir un nouveau système».

Par ailleurs, le sénateur Benzaim qui souligne avoir «demandé au ministre du Travail de présenter un bilan officiel complet sur la gestion du CNR, ses revenus et les causes qui génèrent son déficit», affirme avoir également suggéré «d’annuler l’instruction permettant aux travailleurs d’aller jusqu’à l’âge de 65 ans s’ils le désirent, dans le but de libérer des emplois aux jeunes et aux chômeurs qui se comptent en millions».

«Tous les citoyens doivent être égaux devant la loi»

Créé en 1983 par trois décrets présidentiels signés par feu Chadli Bendjedid, le FSR est affilié «auprès de la Caisse générale des retraites […], doté de l’autonomie financière», chargé d’«assurer la gestion des pensions de retraite pour les membres de la direction politique du FLN et du gouvernement ainsi que pour les cadres supérieurs du parti et de l’État».

Géré exclusivement par l’exécutif, le Fonds spécial de retraite, qui compte environ 50.000 affiliés, est alimenté par les cotisations de ces derniers, la contribution et les subventions de l’État, notamment issues de la rente des exportations des hydrocarbures, «ce qui fait qu’il n’a jamais été déficitaire», explique Abdelouaheb Benzaim.

Après 20 ans de travail dont 10 en poste supérieur, un cadre supérieur ouvre droit à une pension d’ancienneté sans condition d’âge. Sont concernés entre autres les cadres de la présidence, du gouvernement et les hauts fonctionnaires de toutes administrations, mais aussi les walis, les députés et les sénateurs.

Dans ce sens, le quotidien El Watan a cité en novembre 2016 «un rapport de présentation de la loi de finances 2015 réalisé par le ministère des Finances qui fait état de 256 milliards de dinars d’aide publique à la retraite (l’équivalent de 2,5 milliards de dollars)». Selon le média, «les basses pensions en ont pour un tiers de la somme, alors que les pensions FSR […] captent les deux tiers restants, soit plus de 1,8 milliard de dollars/an».

Pour le sénateur Abdelouaheb Benzaim, «il faut supprimer la retraite anticipée et proportionnelle de ces hauts cadres et aligner leur régime de pension à celui appliqué à tous les citoyens, c’est-à-dire le départ à la retraite à 60 ans. Tous les citoyens doivent être égaux devant la loi!»

Quid de la polémique avec l’opposition?

La semaine dernière, le sénateur Benzaim a à nouveau choqué l’opinion publique, déclarant qu’en plus des partis dits du pouvoir, comme le FLN et le RND, tous les partis d’opposition ayant eu des représentants dans les anciennes assemblées, à titre d’exemple pour ne citer que les plus importants: MSP, PT, RCD, FFS, El Bina, UPC, El Islah, le Mouvement Ennahdha…, leurs députés ou sénateurs ont tous bénéficié, «dans le silence le plus absolu», des avantages exorbitants accordés aux élus notamment par le pouvoir de Bouteflika.

En citant certains noms de l’opposition active dans le Hirak comme Soufiane Djilali, président de Jil Jadid, Zoubida Assoul, présidente de l’UPC et Karim Tabbou, l’indignation était encore plus grande auprès de l’opinion publique, malgré «les réponses peu convaincantes» de ces derniers.

Ainsi, Abdelouaheb Benzaim explique qu’il «n’avait absolument aucune intention de s’attaquer à des personnes en particulier, mais de soulever un problème dans sa globalité, conformément à ses prérogatives constitutionnelles».

«J’ai cité ces personnes, car ils sont des personnalités publiques ayant exercé des mandats de parlementaires ou de responsabilité administrative, et dans le but d’informer le peuple de l’ampleur du problème et de mettre chacun devant ses responsabilités politiques».

Enfin, le sénateur qui affirme renoncer à ces droits «qu’il estime injustes» à la fin de son mandat, appelle les hautes autorités à l’approche des élections législatives anticipées du 12 juin à annuler la retraite anticipée et proportionnelle des hauts cadres.

«Le Président de la République, via la nouvelle loi électorale, veut qu’au moins la moitié des élus soient des jeunes», explique-t-il, soulignant «qu’à la fin de leur mandat, si cette loi n’est pas abrogée, nous allons nous retrouver avec des personnes âgées entre, à titre d’exemples, 30 et 40 ans admis à la retraite [comme le cas de Karim Tabbou parti à l’âge de 44 ans, ndlr] avec des indéfinités assurées à vie».
«Tout le monde doit travailler jusqu’à l’âge de 60 ans avant de percevoir la retraite», conclut-il.

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