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Entre 60 et 105 morts dans les nouveaux affrontements au Darfour-Occidental, les autorités soudanaises instaurent l’état d’urgence et l’Onu suspend les vols humanitaires jusqu'à nouvel ordre vers El-Genaïna. Cette fois, les violences risquent de toucher la capitale soudanaise, Khartoum, explique à Sputnik Ahmat Yacoub Dabio, expert en extrémisme.

La nouvelle montée de la tension dans la région du Darfour-Occidental a commencé samedi et a vite dégénéré en affrontements violents qui ont duré plusieurs jours. Il était encore possible d’entendre des coups de feu mardi 6 avril, alors que le Conseil de défense et de sécurité, la plus haute instance de sécurité du pays, a annoncé dans un communiqué lundi soir l’instauration de «l’état d’urgence dans l’État du Darfour-Occidental» et le déploiement de «forces régulières».

105 morts, selon «les sources sur place»

La situation empire depuis la fin de la mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD) le 31 décembre 2020. À cette époque, les affrontements entre membres de la tribu arabe Rizeigat et de la tribu non arabe Masalit avaient fait près de 250 victimes et plus de 100.000 déplacés.

Cette fois-ci, le nombre de morts dans l’escalade du conflit varie selon différentes sources, explique à Sputnik Ahmat Yacoub Dabio, président et fondateur du Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme (CEDPE).

«Il y a entre 40 et 105 morts selon différentes sources, dans des violents affrontements intercommunautaires dans la ville soudanaise d’El-Genaïna. Il y a trois chiffres. L'Onu parle de 40 victimes. Le corps médical a parlé de 60 et nous, le CEDPE, parlons de 105 morts, selon nos sources sur place.»

«Des affrontements en pleine capitale»

Depuis le début du conflit en 2003, plus de 300.000 personnes y ont perdu la vie et quelque 2,5 millions ont dû fuir leurs maisons en direction des pays voisins comme le Tchad. Désormais, les autorités soudanaises déploient l’armée pour essayer de stopper l’escalade de la violence et désarmer les milices, mais pour l’expert il est déjà trop tard, car le pire pourrait se déplacer à Khartoum, la capitale.

«Le spectre d’une guerre civile plane au Soudan face à un régime fragile et divisé, avec la recrudescence de la violence après la chute du régime islamiste de Khartoum et la présence d'une multitude de milices armées non contrôlées dont la plupart serait impliquée dans les conflits intercommunautaires. Nous prévoyons des affrontements en pleine capitale si le gouvernement ne prend pas ses responsabilités.»

Le gouvernement soudanais de transition (le Conseil de souveraineté est le chef de l'État collégial pendant la période de transition de 39 mois), mis en place après la chute d’Omar el-Bechir, a signé en octobre dernier un accord de paix avec plusieurs groupes rebelles, notamment du Darfour. Mais certains groupes ont refusé.

Dans le même temps, avec le décret de l’état d’urgence au Darfour-Occidental, le ministre de la Défense, Yassine Ibrahim, a annoncé «la formation d’une haute commission» chargée de «traiter les violations» de l’accord de paix.

Les «nouveautés» du conflit

Alors que les affrontements durent dans cette région du Soudan depuis presque 20 ans, Ahmat Yacoub Dabio souligne que le conflit connaît une malheureuse «évolution», car, par le passé, les milices ne s’approchaient pas des villes.

«Ce qui est nouveau, c'est que les affrontements ethniques ont lieu depuis la chute du régime islamiste dans la ville d’El-Genaïna , alors que par le passé cela se passait en dehors des villes. L'implication d’une milice fortement armée appartenant à l'homme fort du pouvoir, en l'occurrence le général Hemetti, est aussi une nouveauté».

L’intervention du gouvernement pourrait changer le cours du conflit, mais les Masalits accusent les hautes autorités de soutenir la tribu arabe Rizeigat, donc il est possible que la participation de l’armée mène à une aggravation de la situation sécuritaire, ajoute l’expert.

Le Tchad envahi par les réfugiés soudanais

Le Tchad voisin se trouve depuis des années dans l’obligation d’accueillir des réfugiés soudanais, principalement des femmes et des enfants. Mais les Nations unies ont déclaré que les mesures actuelles du Tchad contre le Covid-19 obligeraient les déplacés à se mettre en quarantaine avant d’accéder aux camps de réfugiés existants. Désormais, ce sont les membres de la tribu Masalit qui commencent à fuir en masse vers la frontière tchadienne, affirme M.Dabio.

Avant le dernier afflux, il y avait plus de 350.000 réfugiés soudanais au Tchad, selon l’Onu.

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