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Dans un entretien à Sputnik, Me Elajouti informe que le comédien franco-algérien Brahim Bouhlel et le snapchatteur franco-marocain Zbarbooking sont en prison à Marrakech, en attente de leur procès, suite à une vidéo à l’égard d’enfants et des femmes jugée insultante. Le comédien franco-algérien Hedi Bouchenafa serait visé par un mandat d’arrêt.

Le comédien franco-algérien Brahim Bouhlel, devenu célèbre suite au succès de la série «Validé», réalisée par Franck Gastambide et diffusée par Canal+, à laquelle il a participé aux côtés du rappeur Hatik, a provoqué samedi 3 avril un tollé au Maroc en postant une vidéo dans laquelle «il a tenu des propos injurieux à l’encontre des Marocaines et humilié trois enfants». Dans la vidéo, filmée et postée à Marrakech, apparaissent également l’influenceur et snapchatteur franco-marocain connu sous le nom de Zbarbooking et un autre comédien franco-algérien, Hedi Bouchenafa.

Dans la foulée, après avoir authentifié l’enregistrement, le Club des avocats du Maroc (CAM) a pris les devants, condamnant via un communiqué dans les «termes les plus fermes les propos haineux et abjectes» contenus dans cet enregistrement et alerté les autorités judiciaires de la ville de Marrakech pour qu’elles prennent toutes les mesures légales à leur encontre. En effet, le procureur a ordonné dimanche 4 avril l’ouverture d’une information judiciaire qui a abouti le lendemain soir à l’interpellation de Brahim Bouhlel et Zbarbooking et leur placement en garde à vue, alors que Hedi Bouchenafa avait déjà quitté le territoire marocain.

Pour en savoir plus sur cette affaire et ses probables aboutissements, Sputnik a sollicité Me Mourad Elajouti, président du CAM, qui affirme que «les deux prévenus ont été différés mercredi 7 avril devant le procureur qui a décidé de les poursuivre et de leur mise, à cet effet, sous mandat de dépôt». Un potentiel mandat d’arrêt international pourrait être également émis contre Hedi Bouchenafa, selon la presse locale.

Le CAM «va accompagnera les parents»

«Notre organisation accompagnera, s'ils le souhaitent, les parents des enfants victimes de ces propos diffamatoires et injurieux qui ont porté atteinte à leur vie privée et à leur droit à l’image», affirme Me Elajouti, soulignant qu’ils «doivent rendre compte également concernant leurs insultes abjectes à l’égard des femmes marocaines».

Selon la loi marocaine, la peine encourue sera un emprisonnement d’un mois à trois ans assortie d’une amende allant de 2.000 (187 euros) à 50.000 dirhams (4.685 euros).

Sur Instagram, Brahim Bouhlel a publié plusieurs messages d’excuses, dans lesquels il explique qu’il n’avait pas l’intention de blesser qui que ce soit et que sa vidéo a été filmée à titre humoristique.

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Une publication partagée par Bouhlel Brahim (@brvhym)

Me Elajouti explique que «le CAM n’a aucune intention de briser la carrière cinématographique des mis en cause, mais ce qu’ils ont publié constitue une grave dérive qui a soulevé un tollé au Maroc, mais aussi en Algérie et en France». «Après tout, les parents ont tout à fait le droit de leur pardonner et d’abandonner les poursuites, et c’est également à la justice de rendre son verdict dans cette affaire».

Au-delà de l’aspect judiciaire de cette affaire

Par ailleurs, tout en informant que Brahim Bouhlel était en tournage à Marrakech, Mourad Elajouti rappelle qu’«en 18 ans, cette ville historique est devenue, depuis la création du Festival international du film de Marrakech (FIFM) en 2001, l’une des capitales mondiales du cinéma».

«Rien qu’en 2019, lors de la 18e édition du FIFM dont le jury a été présidé par Tilda Swinton, pas moins de 98 films ont été projetés devant pas moins de 105.000 spectateurs et 14 longs-métrages concouraient pour décrocher la fameuse Étoile d'or», ajoute-t-il, ponctuant qu’à cette «occasion feu Bertrand Tavernier, une sommité du cinéma français et universel a été honoré en la présence, entre autres, de Robert De Niro, Harvey Keitel, Martin Scorsese et Robert Redford».

Ainsi, le président du CAM explique qu’«en 2001, dans le contexte des attentats du 11 septembre à New York, quand le Maroc avait lancé l’idée du FIFM, il lui avait assigné, au-delà de la promotion du 7e art mondial, l’objectif d’être un pont interculturel servant le dialogue et la paix entre les nations».

«C’est en ce sens que la ville de Marrakech, capitale des grandes dynasties marocaines depuis l’épopée des Almoravides et l’ouverture du royaume sur le Maghreb et l’Andalousie, a été choisie pour accueillir chaque année ce festival, dont la 15e édition a été présidée par Francis Ford Coppola lui-même.»

Une «parole en or»

Dans son livre entretien «Le cinéma dans le sang» avec Noël Simsolo, feu Bertrand Tavernier avait adressé un précieux conseil aux jeunes acteurs et cinéastes: «l'ignorance même revendiquée n'est pas une qualité. Sachez que la culture n'est pas un frein et que la curiosité peut vous aider à trouver des sujets, des angles d'approche, des idées intéressantes. Mais surtout, ne perdez jamais votre sens de l'humour».

Pour Me Mourad Elajouti, «cette parole en or de celui qui est considéré comme la mémoire du cinéma français, devrait guider les cinéastes et les acteurs jeunes pour sortir de la laideur dégradante dans laquelle ils sombrent parfois, portant un coup dur à ce que devrait être l’art, dans toutes ses dimensions, comme moyen d’échange et de dialogue social sain et élévateur».

Enfin, l’interlocuteur de Sputnik, qui rappelle que le Maroc a toujours été une terre d'accueil ouverte à l'universel, affirme que «bien que ce n’est pas mon métier, je recommanderais quand même en toute humilité à ces personnes, à la lumière du conseil de feu Tavernier qui lie l’humour à l’impératif de proposer "des sujets, des angles d’approche et des idées" de valeur, de regarder les grands classiques du cinéma mondial, à l’exemple de Charlie Chaplin, et de lire Shakespeare, Edgar Allan Poe, Schiller et bien sûr le géant François Rabelais pour s’en inspirer. C’est ainsi que leur production serait bien meilleure et intéressante pour les enfants que les insultes et la vulgarité érigées malheureusement de nos jours en art contemporain».

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insulte, roi Mohammed VI du Maroc, Mohammed VI, justice, Maroc
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