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Dans un entretien à Sputnik, Oubi Bouchraya Bachir, membre de la direction du Front Polisario et son représentant en Europe et au sein de l’Union européenne, répond au communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères concernant l’hospitalisation du Président de la RASD Brahim Ghali en Espagne.

Vendredi 23 avril, le gouvernement espagnol a confirmé l’admission dans un hôpital de Logrono (non loin de Saragosse) du Président de l’autoproclamée République arabe sahraouie démocratique (RASD) Brahim Ghali, 73 ans, atteint du Covid-19. L’information avait été rapportée la veille par le journal français Jeune Afrique qui affirme que le dirigeant sahraoui a été hospitalisé le 21 avril sous une fausse identité.

Lors d’une déclaration à la presse, la chef de la diplomatie espagnole Arancha Gonzalez Laya a expliqué que l’hospitalisation de Brahim Ghali «ne remettait pas en cause la relation avec le Maroc» considéré comme «un partenaire privilégié sur les plans économique, politique, migratoire, commercial et dans la lutte contre le changement climatique».

Or, le ministère marocain des Affaires étrangères ne l’entend pas de cette oreille. En effet, suite à la convocation de l’ambassadeur d’Espagne au Maroc, Ricardo Diez-Hochleitner, samedi 24 avril, le ministère a publié dimanche 25 avril un communiqué dans lequel il déplore le comportement des autorités espagnoles.

Dans un entretien accordé à Sputnik, Oubi Bouchraya Bachir, membre de la direction du Front Polisario et son représentant en Europe et au sein de l’Union européenne, explique que «ce n’est pas la première fois qu’un responsable sahraoui de haut niveau est hospitalisé en Espagne». Selon lui, «le Président Ghali a été également reçu par beaucoup de chefs d’État aux quatre coins du monde».

Un «même modus operandi utilisé par le Maroc»

«Le Maroc a exprimé sa déception à l’égard d’un acte contraire à l’esprit de partenariat et de bon voisinage et qui concerne une question fondamentale pour le peuple marocain et ses forces vives», indique le communiqué de la diplomatie marocaine publié sur son site. «Pourquoi le dénommé Brahim Ghali a-t-il été admis en Espagne en catimini et avec un faux passeport? Pourquoi l’Espagne a-t-elle jugé utile de ne pas en aviser le Maroc? Pourquoi a-t-elle opté pour son admission sous une fausse identité?», ajoute la note.

En réponse aux questions posées dans le communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères, M.Bouchraya Bachir pointe «des arguments farfelus qui relèvent du même modus operandi utilisé par le Maroc pour soutirer certains avantages auprès de ses partenaires en exerçant un chantage sur eux».

Et de s’interroger: «Pourquoi Rabat n’a-t-il pas protesté de la même façon quand Mhamed Khadad, imminent responsable du Front Polisario et son représentant au sein de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso), a été hospitalisé à Madrid où il est décédé en avril 2020? Même topo pour Ahmed Boukhari, ex-représentant de la RASD à l’Onu, mort en avril 2018 à Bilbao en Espagne».

Concernant l’admission du Président sahraoui avec «un faux passeport et une fausse identité», le diplomate affirme que «Brahim Ghali – qui a été reçu partout dans le monde en sa qualité de Président de la RASD – n’a pas besoin de dissimuler son identité que même le Maroc reconnaît explicitement via sa ratification de l’Acte constitutif de l’Union africaine (UE) lors de sa réintégration de l’UA en 2017». «L’Espagne l’a reçu à titre humanitaire comme elle avait reçu les autres responsables du Polisario», précise-t-il, soulignant que «c’est vraiment faire preuve d’indécence que de profiter de ça pour faire chanter l’Espagne sur les dossiers économique, commercial et migratoire».

«Le dénommé Brahim Ghali, chef des milices séparatistes du "Polisario"»?

Le même communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères fait savoir que «le Royaume du Maroc déplore l’attitude de l’Espagne qui accueille sur son territoire le dénommé Brahim Ghali, chef des milices séparatistes du "Polisario", poursuivi pour des crimes de guerre sérieux et des atteintes graves aux droits de l’homme […]. Pourquoi la justice espagnole n’a-t-elle pas encore réagi aux nombreuses plaintes déposées par les victimes?»

À ce titre, Oubi Bouchraya Bachir juge que «ces propos sont le comble du ridicule». Selon lui, «il suffit de consulter le bulletin officiel du Royaume du Maroc datant du 31 janvier 2017, signé au nom du roi Mohammed VI par l’ex-chef du gouvernement Abdel-Ilah Benkiran, concernant l’acceptation de l’Acte constitutif de l’UA pour s’en rendre compte».

La carte des pays de l'Union africaine (UA) aux frontrières reconnues par les membres de l'UA pic.twitter.com/WDLH87FnLp

En effet, le bulletin officiel N°6539 bis, datant du 31 janvier 2017 et disponible sur le site officiel du gouvernement marocain, reconnaît le Président de la RASD comme chef d’un État membre fondateur de l’UA. L’article 3 alinéas b de cet acte affirme que l’UA a pour objectif de «défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de ses États membres». L’article 4 alinéas b stipule que l’UA fonctionne «conformément au principe de respect des frontières existant au moment de l’accession à l’indépendance».

Ainsi, en ratifiant cet acte, «le Maroc reconnaît la RASD comme un État africain indépendant. Il reconnaît également son Président et les frontières de son territoire», poursuit M.Bouchraya Bachir. «Le qualificatif "de milices séparatistes du Polisario" pour l’Armée de libération du peuple sahraoui (ALPS) est ridicule et vise à tromper l’opinion publique marocaine et internationale».

Enfin, Oubi Bouchraya Bachir se veut rassurant:

«Le Président Ghali est en bon état de santé, il va de mieux en mieux». Par ailleurs, il estime que «si le Maroc juge que le Polisario et son chef commettent de graves dépassements aux droits de l’homme et qu’ils affament leur peuple en détournant l’aide humanitaire, il devrait être sûr et certain de remporter le référendum d’autodétermination pour la simple raison que tous les Sahraouis voteront pour rester sous la souveraineté marocaine».

«Alors pourquoi déploie-t-il tous les moyens – y compris ceux du chantage et de la compromission comme dans le cas de la normalisation de ses relations avec Israël pour obtenir de Trump une reconnaissance éphémère sur la marocanité du Sahara – pour bloquer depuis 1975 le référendum d’autodétermination du peuple sahraoui?», conclut-il.

Plusieurs pays, dont certains africains, ont ouvert des représentations diplomatiques dans les villes de Dakhla et Laâyoune, dans le territoire du Sahara occidental sous autorités marocaines.

Depuis le 13 novembre 2020, suite à l’intervention des Forces armées royales (FAR) marocaines au passage frontalier de Guerguerat, le Président Brahim Ghali a signé un décret mettant fin au respect de l’accord de cessez-le-feu conclu entre les deux parties en 1991 sous les auspices de l’Onu. Depuis, l’ALPS annonce presque quotidiennement des attaques contre les positions des FAR au niveau du mur de séparation, ce que ces derniers nient catégoriquement.

La semaine dernière, le Conseil de sécurité a échoué à voter une déclaration commune, à l’initiative des États-Unis, appelant «à éviter l'escalade» du conflit au Sahara occidental.

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Brahim Ghali, conflit au Sahara occidental, Sahara occidental, Espagne, Maroc
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