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Déjà en proie à de multiples crises sécuritaires, les pays de la région du lac Tchad doivent faire face à une situation humanitaire alarmante. Le décès d’Idriss Déby et la rébellion au nord du Tchad en font craindre une détérioration rapide. De nombreux observateurs alertent ainsi sur une violente crise humanitaire en cours.

Que ce soit au Cameroun, au Niger, au Nigeria ou au Tchad, la région du bassin du lac Tchad fait face à une grave crise sécuritaire. S’ils doivent déjà trouver des solutions à leurs multiples crises internes, depuis 2009, les pays de la région sont régulièrement la cible d’attaques sanglantes de Boko Haram*. La secte islamiste y sème la désolation en faisant des milliers de morts. Au nord-est du Nigeria, dans la région du Diffa, à l’Extrême-Nord du Cameroun ou à l’ouest du Tchad, des millions de personnes sont obligées de se déplacer, s’exposant à toutes sortes de drames humanitaires. Tandis que la situation se détériore à travers le bassin du lac Tchad, «la violence ne montre aucun signe d’apaisement: les incidents sécuritaires, les attaques et les enlèvements sont une réalité quotidienne pour des millions de civils».

«Ils sont pris en étau entre les groupes armés, et les opérations militaires qui ont un impact sévère sur leur accès aux services sociaux de base, aux moyens de subsistance et à l’assistance, générant des besoins à court et à long terme», alerte au micro de Sputnik Julie Belanger, chef du Bureau régional des affaires humanitaires des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre (OCHA).

L’inquiétude qui vient du Tchad

Le décès, le 20 avril, du chef de l’État tchadien qui a succombé à des blessures reçues au combat dans la région du Kanem face aux rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) plonge encore la région dans l’incertitude. Idriss Déby avait réussi à faire de son armée, réputée très efficace, un instrument d'influence aussi bien dans la région qu’auprès de ses partenaires internationaux dans la lutte contre Boko Haram*. Sa disparition et la menace du FACT, préviennent de nombreux analystes comme le chercheur camerounais Hippolyte Éric Djounguep, pourrait accélérer la déstabilisation de toute la région: «Face à une rébellion très active dans le nord du Tchad, les objectifs et les enjeux sécuritaires du conseil militaire de transition seront d’abord de mettre hors d’état de nuire le FACT».

«Ce qui pourrait provoquer un relâchement du dispositif militaire contre Boko Haram* avec moins de pression sur ce dernier et plus d'espace dans le déploiement du groupe terroriste dans la région du bassin du lac Tchad. On assiste assurément à l'affaiblissement du maillon fort de la force multinationale mixte (FMM) [force régionale qui combat Boko Haram*] ce qui est une aubaine pour les djihadistes», souligne pour Sputnik le chercheur en géopolitique et géostratégie à l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (ESSTIC).

Une montée de l’insécurité qui peut entraîner un pourrissement de la situation humanitaire en poussant de nombreuses personnes à se déplacer. Selon les Nations unies, dans le bassin du lac Tchad, le nombre de civils à quitter leurs logements n’a cessé d’augmenter depuis 2018, et a déjà doublé en 2020. Alors qu’il fait déjà face à une crise humanitaire du fait du conflit séparatiste dans ses régions anglophones, le Cameroun doit également supporter l’afflux des réfugiés fuyant les exactions de Boko Haram* au Nigeria et les assauts des rebelles en République centrafricaine (RCA). Depuis le décès d’Idriss Déby et les agissements de la rébellion, le Cameroun doit une fois de plus être confronté dans sa partie septentrionale à de nouvelles vagues de déplacés tchadiens craignant pour leur vie.

«La région de l’Extrême-Nord au Cameroun souffre d’une urgence complexe déclenchée par la violence prolongée dans le bassin du lac Tchad. On estime que plus de 1,2 million de personnes auront besoin d’une aide humanitaire dans cette région», alerte Julie Belanger.

L’urgence humanitaire

Dans le bassin du lac Tchad, en dehors des multiples conflits en cours, les chocs climatiques, notamment les inondations de 2020 avec les restrictions de déplacement liées à la pandémie ont déclenché une insécurité alimentaire. Fin avril, lors d’une conférence en ligne sur la situation humanitaire au Sahel, Chris Nikoi, directeur régional du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies en Afrique de l'Ouest, soulignait que:

«La faim a augmenté de près d'un tiers en Afrique de l'Ouest, atteignant son niveau le plus élevé depuis près de 10 ans. Les zones les plus préoccupantes sont le Sahel central et le bassin du lac Tchad, où l'escalade des conflits alimente la faim».

Si l’insécurité alimentaire atteint des sommets dans le bassin du lac Tchad, elle connaîtra, prévient la chef du Bureau régional de l'OCHA, «une nouvelle augmentation pour la première fois en quatre ans: 5,1 millions de personnes seront confrontées à la faim en 2021, soit un demi-million de plus que l’année dernière».

«Grâce aux contributions des donateurs et aux efforts des acteurs humanitaires, aux côtés des gouvernements de la région, la réponse à la crise a un impact significatif. Cependant, l’augmentation du financement humanitaire reste essentielle à court et moyen termes, car les besoins augmentent rapidement et des millions de personnes ont encore besoin d’une aide urgente», poursuit Mme Belanger.

Cependant, au-delà du bassin du lac Tchad, la situation humanitaire dans toute la région sahélienne est alarmante. Selon les Nations unies, le nombre de Sahéliens ayant besoin d’aide et de protection va atteindre 29 millions cette année, un nouveau record, à travers six pays (le Burkina Faso, le Nord du Cameroun, le Tchad, le Mali, le Niger et le nord-est du Nigeria) soit cinq millions de personnes de plus qu’en 2020. Alors que les agences d'aide des Nations unies et les organisations non gouvernementales expriment leur inquiétude, sur le terrain les crises sécuritaires menacent d’aggraver la situation.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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crise humanitaire, crise, Tchad
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