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Fin avril, l’entreprise de transport ferroviaire du Cameroun a relancé la ligne reliant les deux principales villes du pays. Celle-ci avait été suspendue en 2016, à la suite d’un grave accident. Seulement, ce train est déjà l’objet de toutes les railleries sur Internet par de nombreux Camerounais qui appellent à la modernisation du secteur.

C'est l'histoire d'un train qui n'en finit pas de provoquer les railleries, dans la rue comme sur la Toile camerounaises.

Un voyage-test en vue de la reprise de la ligne ferroviaire reliant Douala à Yaoundé, a été effectué le jeudi 29 avril. Une brochette de personnalités recrutées dans divers secteurs, parmi lesquelles Jean Ernest Massena Ngalle Bibéhé -le ministre camerounais des Transports-, ont pris place à bord, pour ce voyage de 5h30 rythmé par quatre arrêts et organisé par Camrail -filiale du groupe français Bolloré -, concessionnaire de transport ferroviaire au Cameroun.

Cabral Libii, député de l’opposition

Le train de toutes les railleries

Si l’annonce de la reprise imminente de cette liaison interrompue en octobre 2016 à la suite d’un grave accident réjouit bon nombre de Camerounais, la découverte du «train express» présenté par la compagnie suscite de nombreuses réactions. Dans l’opinion et sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes n’ont pas manqué de se moquer de ce qu’ils considèrent comme un «objet du passé».

Alors que les autorités ont annoncé à grand renfort de publicité ce voyage inaugural, beaucoup de leurs concitoyens s’étonnent de la qualité des véhicules présentés et évoquent avec ironie le retard accusé par le pays concernant le développement du transport ferroviaire. Anonymes ou acteurs de la scène politique, en passant par des personnalités médiatiques, personne ne semble impressionné par cette exploitation ferroviaire, objet de fierté pourtant dans les milieux gouvernementaux. On reproche à la compagnie de transport et au gouvernement d'avoir juste procédé à la «rénovation» des voitures existantes depuis une certaine époque: «Ce qu’on nous a présenté c’est un vieux train repeint avec de nouvelles couleurs. Nous sommes en 2021, on mérite aussi une technologie au-dessus, pourquoi pas rêver de TGV comme on en voit ailleurs», s’indigne Élodie D., ingénieure mécanique au micro de Sputnik.

​Une posture défendue par de nombreuses organisations de la société civile, comme la Fondation camerounaise des consommateurs (Focaco) qui estime que «les voyageurs camerounais méritent mieux».

«La Focaco a constaté que le concessionnaire Camrail a juste repeint en vert et blanc les anciennes voitures voyageurs du train Intercity [train à l’origine du déraillement d’octobre 2016, ndlr]) à l'aide de l'argent du contribuable camerounais», a décrié Alphonse Ayissi Abena, président de la fondation dans un communiqué dont Sputnik a obtenu copie. Il rappelle la nécessité de réformes profondes comme «le renouvellement des matériels ferroviaires, l’entretien des infrastructures ferroviaires, le développement du réseau ferroviaire».

Des réformes en cours

Lancé en 2014, ce train reliait deux fois par jour les deux principales villes du Cameroun. Malheureusement, le 21 octobre 2016, la ligne a été suspendue à la suite d’un déraillement à Eseka, dans le centre du pays, qui a fait officiellement 79 morts et 600 blessés. Le rapport d’enquête de ce drame, le plus meurtrier de l’histoire ferroviaire du Cameroun, «a conclu que la cause principale du renversement du dit train est une vitesse excessive de 96 km/h dans une portion de voie où la vitesse est fortement limitée à 40 km/h», soulignant que ce train mis en circulation présentait de graves anomalies et défaillances:

«Surcharges du convoi, rallonge inappropriée de la rame, utilisation de voitures-voyageurs dont plusieurs présentaient des organes de freinage défaillants, utilisation d’une motrice dont le freinage était hors service, absence de vérification sérieuse de la continuité du freinage de la rame avant son départ de Yaoundé… », énumère le rapport de la commission mise sur pied par la présidence de la République.

Près de cinq ans après ce drame qui a durement touché de nombreuses familles camerounaises, le gouvernement a annoncé en août dernier, la réhabilitation, pour un montant de deux millions de dollars, d’une dizaine de voitures de ce train et l’achat de quatre locomotives. Si les autorités en charge du transport et le concessionnaire des transports par voie ferrée rassurent quant à la fiabilité des infrastructures, de nombreux observateurs jugent insuffisant le déploiement actuel et appellent à plus de mobilisation pour moderniser le secteur.

Côté ministère des Transports cependant, l’on rappelle que l’ouverture prochaine de cette ligne, s’inscrit dans le vaste programme de modernisation de l’activité ferroviaire au Cameroun. Un plan qui prévoit entre autres, l’acquisition de 25 véhicules voyageurs dont le contrat est en cours de négociation avec la société franco-coréenne CIM-SSRT, ainsi que de 5 modules autorails du suisse STADLER. En plus du matériel roulant, l’État du Cameroun et Camrail assurent la poursuite du programme de renouvellement de la voie ferrée qui a déjà permis de rénover 175 km de voie jusqu’aux entrées des gares de Yaoundé et Douala.

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accident de train, accident, train, Cameroun
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