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Soucieux d’une transition pacifique et inclusive au Tchad, Lomé a officiellement proposé aux nouvelles autorités du pays son aide. Son expérience au Mali, qui a connu en 2020 un putsch avant d'entamer une transition pacifique, peut être un atout dans ce cadre.

Née du décès du Président Idriss Déby et de la prise du pouvoir par les militaires, la crise tchadienne a bien ses médiateurs officiels. Il s'agit du Président nigérien Mohamed Bazoum et de son homologue mauritanien Mohamed Ould Ghazouani. Tous deux ont été désignés tels à l'issue d’une réunion entre les chefs d’État du G5 Sahel, le Président français et celui de la Commission de l’Union africaine (UA), qui s'est tenue le 23 avril, en marge des obsèques de Déby. Mais Lomé entend tout de même avoir voix au chapitre.

Le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, a été reçu par le président du Conseil Militaire de Transition (CMT) au pouvoir au Tchad, le général Mahamat Idriss Déby, fils du défunt Président. C'était le 28 avril dernier, à l'occasion d'une visite de travail à N'Djamena.

Selon le communiqué ayant résumé l’audience, Dussey a «exprimé la solidarité du peuple togolais et la disponibilité du Président de la République à accompagner le peuple tchadien et le Conseil Militaire de Transition en vue de l’organisation d’une transition pacifique et inclusive».

Le Tchad a besoin d’un soutien beaucoup plus large

Que cherchent les autorités togolaises à travers ce nouveau positionnement? Sur cette question, sollicitées par Sputnik, elles préfèrent garder le silence pour l’heure.

Emmanuel Dupuy, président du think tank Institut Prospective et sécurité en Europe (IPSE) estime que la stabilité du Tchad est importante pour Lomé.

D'ailleurs, avec la tentation des groupes armés terroristes du Sahel de s'étendre aux pays riverains du golfe de Guinée, le Togo a besoin de soutien et d'une coopération renforcée tant avec l'organisation du G5 Sahel qu'avec la Force Mixte Multinationale qui combat Boko Haram dans le bassin du lac Tchad. Or, N’Djamena est bien au cœur de ces deux dispositifs.

En recevant Robert Dussey, le président du CMT n’a fait que «confirmer la proximité existante entre Idriss Deby Itno et Faure Gnassingbé», insiste d'ailleurs Dupuy en rappelant aussi que les deux pays sont fortement engagés militairement au sein de la Minusma, la mission des Nations unies au Mali.

Pour les Tchadiens, l'intérêt de l'initiative togolaise est tout trouvé.

«La résolution de la crise tchadienne ne peut pas se résumer à sa seule appartenance au G5 Sahel. Et les autorités tchadiennes ont besoin en ce moment d’un soutien beaucoup plus large, au-delà de la mission confiée aux médiateurs désignés pour ce faire. Donc, que des États de la Cédéao [organisation des États d'Afrique de l'Ouest, ndlr] comme le Togo, sans appartenir au G5 Sahel, soutiennent la transition tchadienne, ne peut être que bénéfique à celle-ci », a indiqué à Sputnik le président de l'IPSE.

Se servir de l’expérience malienne au Tchad

Le Président du Conseil Militaire de Transition (CMT), le général Mahamat Idriss Déby a promis dans son premier discours prononcé le 27 avril dernier, un dialogue national inclusif pour lequel il s’est d’ailleurs porté garant en appelant parallèlement les Tchadiens en exil à regagner le pays.

Cette ouverture était une exigence de l’opposition mais également du Conseil de paix et de sécurité de l’UA.

Et l’annonce de ce dialogue a été faite alors même que quelques jours plus tôt, le général Mahamat Idriss Déby a refusé la proposition d’un cessez-le-feu et des négociations en vue d’une issue politique à la crise tchadienne faite par les rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), accusés d’avoir été la cause du décès d'Idriss Déby Itno le 20 avril dernier.

Cette situation risque d’handicaper le déroulé des pourparlers sur le sol tchadien. Et Lomé, ayant déjà « prêté son soutien actif à la transition malienne, via le Groupe de soutien à la transition au Mali (GST-Mali) comme en ont témoigné les visites à Lomé du colonel Assimi Goita», à la tête de la junte auteur du coup d’État militaire d’août 2020 qui a renversé l’ex-Président Aboubacar Keïta, «pourrait agir de la même manière avec la transition tchadienne», affirme Emmanuel Dupuy.

« Il faut reconnaître tout de même que la transition politique au Tchad est tellement verrouillée, tellement percluse d’incertitudes sur la place des rebelles dans le dialogue annoncé, et sur l’acceptation du principe même de la discussion au Tchad. Dans ce cas, il va falloir forcément penser à une externalisation de ce dialogue. Et là, peut être que le Togo pourrait proposer d’accueillir les différentes protagonistes de la crise tchadienne», conclut l'analyste français.

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