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Dans un entretien à Sputnik, le représentant du Front Polisario en Europe et au sein de l’Union européenne affirme que le Sahara occidental a accepté la proposition du secrétaire général de l’Onu de nommer Staffan de Mistura envoyé spécial pour le pays. Néanmoins, il indique que le Conseil de sécurité devrait changer d’approche sur ce dossier.

En pleine crise migratoire et diplomatique entre le Maroc et l’Espagne, suite à l’arrivée cette semaine de plus de 8.000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, dans le nord du royaume chérifien, le Front Polisario a annoncé jeudi 20 mai avoir accepté fin avril la nomination de l’Italo-Suédois Staffan de Mistura, ex-envoyé spécial sur la crise en Syrie en 2014, au poste d’envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu pour le Sahara occidental. Cette décision intervient deux ans jour pour jour après la démission de l’ancien Président allemand Horst Köhler de son poste d’envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu pour le Sahara occidental, et après l’échec de plusieurs tentatives de lui trouver un successeur.

Ainsi, pour quelle raison le secrétaire général de l’Onu n’a-t-il toujours pas annoncé son choix de nommer ce diplomate au poste de chef de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso)? Les États-Unis qui ont bloqué les tentatives précédentes seraient-ils d’accord pour appuyer cette nomination comme le laissent entendre les récentes déclarations d’Antony Blinken qui a appelé à un dialogue politique entre Rabat et le Front Polisario pour trouver une solution équitable au conflit dans le cadre du processus onusien? Qu’en est-il de l’avis du Maroc et de la France? Quelles sont les chances pour que le processus de paix au Sahara occidental, à l’arrêt depuis 2019, soit relancé?

Dans un entretien accordé à Sputnik, Oubi Bouchraya Bachir, membre de la direction du Front Polisario et représentant en Europe et au sein de l’Union européenne du mouvement, explique que «la nomination d’un envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu ne peut pas être un objectif en soi!».

«Le Conseil de sécurité doit cesser son sport favori»

Jeudi 20 mai, les Sahraouis ont fêté le 48e anniversaire du début de la lutte armée sous la bannière du Front Polisario contre l’occupation espagnole (1973-1975) et ensuite contre le Maroc (1975-1991). Cette fête intervient dans un contexte marqué par la reprise des combats armés depuis le 13 novembre 2020, suite à l’intervention de l’armée marocaine pour prendre le contrôle du passage frontalier de Guerguerat. Cette intervention marocaine remet sur la table l’échec de la Minurso dans sa mission consistant à organiser un référendum d'autodétermination depuis 1991.

Ainsi, le diplomate affirme qu’«en signe de bonne volonté, le Front Polisario a effectivement accepté la proposition du secrétaire général de l’Onu de nommer Staffan de Mistura comme son envoyé spécial pour le Sahara occidental, mais tout en réitérant sa position quant à la finalité et l’efficience de cette nomination».

En effet, M.Bouchraya Bachir explique que «le Conseil de sécurité de l’Onu - et son secrétaire général - doit cesser son sport favori qui est de se cacher derrière la personne de l’envoyé spécial pour le Sahara occidental, tout en laissant s’éterniser le statu quo imposé par le Maroc et ses alliés depuis 1991».

«Cette institution et monsieur Antonio Guterres doivent assumer leurs responsabilités à l’égard de ce conflit», ajoute-t-il, soulignant que «durant les 30 dernières années, ce qui a provoqué l’échec de la Minurso et de tous les envoyés spéciaux est l’approche erronée du Conseil de sécurité qui consistait à gérer le conflit mais pas du tout à le résoudre». «Le Conseil de sécurité devrait se pencher sérieusement et en profondeur sur l’étude des raisons qui ont conduit à cet échec. Il devrait écouter les deux parties, les prédécesseurs de M.de Mistura et les experts sérieux qui suivent l’évolution de ce conflit depuis très longtemps, afin d’avoir à sa disposition tous les éléments à même de lui éviter la reproduction du même échec», ponctue-t-il, affirmant que le «résultat doit être une démarche nouvelle avec une feuille de route, un objectif et un calendrier clairement définis et les garanties nécessaires pour la réussite de la médiation».

Quid des positions des États-Unis, de la France et du Maroc?

Fin décembre 2020, Donald Trump, qui a parrainé l’accord de normalisation des relations entre le Maroc et Israël, a signé une déclaration reconnaissant la marocanité du territoire du Sahara occidental. Alors que Rabat s’attendait à un effet d’entrainement à l’échelle internationale, notamment en Europe, pour soutenir la décision américaine, l’Allemagne a provoqué une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu pour dénoncer son caractère illégal au vu du droit international. Avec l’aide de Madrid, Berlin a réussi à empêcher la solidarité des pays européens avec la déclaration états-unienne. Cette situation s’est encore accentuée après l’arrivée de l’administration Biden qui a une position plus nuancée sur le conflit au Sahara occidental. Rabat a d’ailleurs rappelé ses ambassadrices en Allemagne et Espagne pour consultations.

Dans ce contexte, l’interlocuteur de Sputnik estime que «si l’on s’en tient aux dernières déclarations américaines, le département d’État sous la direction d’Antony Blinken devrait normalement accepter sans problème la nomination de Staffan de Mistura. En revanche, c’est le Maroc qui pourrait s’y opposer. Si le secrétaire général de l’Onu n’a toujours pas annoncé son choix, c’est que Rabat n’a pas encore donné son feu vert à cette nomination».

Concernant la position française, Oubi Bouchraya Bachir indique que «malgré que Paris se soit toujours aligné sur le plan d’autonomie proposé par le Maroc, la France devrait également suivre les appels de la majorité des pays qui demandent au chef de l’Onu de nommer un envoyé spécial».

Un nouvel accord de cessez-le-feu est-il envisageable?

Depuis le 13 novembre 2020, les combats ont repris entre les deux parties le long du mur de séparation, selon les communiqués quasi-quotidiens du ministère sahraoui de la Défense nationale mais que les autorités marocaines réfutent catégoriquement.

Pour M.Bouchraya Bachir, «l’accord de cessez-le-feu de 1991 est mort et définitivement enterré par l’intervention du 13 novembre 2020 des Forces armées royales (FAR) au passage frontalier de Guerguerat, situé dans la zone tampon démilitarisée».

Dans le même sens, il assure que «le Front Polisario qui a repris le chemin de la lutte armée est toujours disposé à s’assoir autour de la table des négociations pour trouver un règlement pacifique au conflit par l’organisation d’un référendum d’autodétermination conformément aux résolutions du Conseil de sécurité qui a créé la Minurso dans ce but».

Néanmoins, il explique que pour «les dirigeants de la République arabe sahraouie démocratique, il est hors de question d’accepter de conclure un nouvel accord de cessez-le-feu avec le Maroc s’il n’émane pas d’une nouvelle démarche sérieuse et active du Conseil de sécurité pour la résolution définitive de ce conflit». «À défaut, le Front Polisario continuera la lutte armée jusqu’à la libération totale de son territoire conformément au droit international qui garantit à tous les peuples le droit de l’usage des armes à des fins de décolonisation», conclut-il.

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Conseil de sécurité de l'Onu, Minurso, ONU, conflit au Sahara occidental, Sahara occidental, Maroc
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