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Peines de prison et amendes, cas de violence extrême et de discrimination dans les hôpitaux publics: le directeur de l’une des plus importantes ONG africaines soutenant la communauté LGBT décrit à Sputnik la réalité quotidienne des personnes homosexuelles et transgenres en Afrique de l’Ouest.

L’Association Afrique Arc-En-Ciel a été fondée en août 2007 à Lomé. C’est depuis une des plus grandes associations à se battre pour les droits de la communauté LGBT au Togo et dans les autres pays francophones d’Afrique de l’Ouest.

Dans le Code pénal togolais, l’article 392 incrimine et réprime les relations entre personnes de même sexe: «Toute personne qui commet un outrage aux bonnes mœurs est punie d’une peine d’emprisonnement d’un (01) à trois (03) an(s) et d’une amende d’un million (1.000.000) à trois millions (3.000.000) de francs CFA ou de l’une de ces deux peines.»

Écarter «toute forme de discrimination»

Malgré ce contexte prohibitif et dissuasif, les personnes LGBT du Togo sortent de l’ombre et continuent de se battre pour leurs droits, avec le soutien d’organisations internationales. Georges Kokou, directeur de l’association Afrique Arc-En-Ciel, explique à Sputnik que le plus important pour eux est de fortement contribuer à la création d’une société exempte de toute forme de discrimination et de violence «basées sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre, supposées ou réelles.»

«Afrique Arc-en-Ciel n’intervient pas seulement au niveau du Togo, mais également dans la sous-région. Dans le cadre de nos interventions sous-régionales en Afrique, Arc-en-Ciel renforce les organisations LGBT des autres pays francophones d’Afrique de l’Ouest, comme le Sénégal, la Guinée-Conakry, le Burkina, le Mali, le Bénin, la Côte d’Ivoire», détaille le responsable associatif.

Le grand projet que l’organisation a pu mener jusque-là, ajoute M. Kokou, c’est le renforcement du mouvement LGBT au niveau national comme sous-régional afin de mieux traiter les priorités et la présence au niveau de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples pour un plaidoyer à grande échelle au niveau régional.

Les membres l’association Afrique Arc-En-Ciel
© Sputnik
Les membres l’association Afrique Arc-En-Ciel

C’est «l’une de nos actions très fortes, à travers préalablement une documentation des violations sous-régionale que nous constituons pour nous permettre d’avoir un argumentaire solide, afin de soumettre des rapports alternatifs au niveau de la Commission africaine, mais également au niveau de Genève et lors des Examens périodiques universels du Togo [au sein du Conseil des droits de l’homme de l’Onu, ndlr.]»

L’absence de dialogue avec le gouvernement

La seule forme de dialogue avec les parlementaires et avec le gouvernement se passe à travers le ministère de la Santé et celui des Droits de l’homme pour la prise en compte des besoins spécifiques des personnes LGBT. Georges Kokou souligne que les autorités ne sont pas «flexibles et ouvertes sur l’aspect sociojuridique lié aux personnes LGBT.»

«En ce qui concerne les parlementaires, nous connaissons aussi des difficultés à les rencontrer, étant donné que beaucoup d’entre eux ne veulent pas se prononcer sur la question pour des raisons politiques. Sur la question LGBT, les partis politiques n’ont pas d’avis public. Nous avions documenté plusieurs cas de violences, que ce soit de rejet familial ou d’arrestations arbitraires, que ce soit du chantage ou des coups et des blessures très graves, portés sur les individus sur la base de leur orientation sexuelle.»

Au Togo, comme dans plusieurs pays africains, le débat sur le SIDA restait longtemps tabou et les organisations militant pour les droits de l’homme insistent pour que la situation progresse. Depuis plus de cinq ans, avec la contribution d’Afrique Arc-en-Ciel, les personnes LGBT sont prioritaires en matière de prise en charge du SIDA.

Le débat sur le SIDA

«Afrique Arc-en-Ciel a contribué à intégrer à ce processus les hommes gays et les personnes transgenres en tant que “populations clés”, с’est à dire des populations vulnérables et ceci est reconnu dans la politique nationale de prise en charge en matière de VIH et de SIDA et notamment dans le plan stratégique national du Conseil National de Lutte contre sur le SIDA.»

C’est un effort et un succès considérables d’avoir pu amener les autorités à inscrire comme «populations clés» ces personnes vulnérables, se réjouit M. Kokou.

Mais les pesanteurs sociales et sont visibles à travers les discriminations dans les centres de santés et les hôpitaux. «Nous continuions à mener la formation des prestataires des services de santé pour pouvoir améliorer l’offre et pouvoir intégrer à cette offre les aspects spécifiques des “populations clés”, notamment la santé sexuelle et reproductive, la santé mentale, la psychologie et également le suivi du traitement hormonal des personnes transgenres.»

Les pays les plus hostiles envers les personnes LGBT

Lorsque les victimes LGBT contactent Afrique Arc-en-Ciel, l’association les dirige vers les associations LGBT au niveau de leur pays et elle assure un suivi à distance et un accompagnement au travers de ces organisations locales pour que les doléances des victimes puissent être prises en compte, car «les cas de violence sont très récurrents au niveau de l’Afrique de l’Ouest.»

«Les pays qui sont très hostiles envers les personnes LGBT, c’est tout d’abord le Togo. Ce n’est pas un eldorado pour les personnes LBGT, vu les nombreux cas de violences que nous enregistrons. C’est aussi le Cameroun, le Sénégal, ce sont les deux pays où la loi est très dure [envers la communauté LGBT, ndlr], ainsi que le Nigeria. Le vécu des personnes LGBT dans ces pays est très dur. Ce n’est pas non plus facile pour les personnes LGBT des autres pays comme le Benin, Burkina, Côte d’Ivoire, Mali … »

Pour M. Kokou, il faut continuer à avancer sur la question de la protection des personnes LGBT, continuer à plaider au sein de la Commission africaine des Droits de l’Homme, la Cour de la CEDEAO, tisser des alliances avec d’autres organisations régionales ou internationales «pour pouvoir faire entendre le cri de la réalité de ce que vivent les personnes LGBT, notamment en Afrique de l’Ouest.»

 

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