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Au Mali, le colonel Assimi Goïta a prêté serment en tant que Président. Dans son discours d'investiture, il a rassuré les partenaires du Mali sur les engagements internationaux du pays. Mais ses promesses faites aux Maliens visent à susciter leur adhésion au moment où il fait face à des pressions extérieures.

«Des élections crédibles, justes, transparentes aux échéances prévues». Dans son discours d'investiture retransmis en direct à la télévision nationale, le 7 juin, le nouveau Président de la transition au Mali, le colonel Assimi Goïta, se veut rassurant. Avait-il le choix alors qu'il venait de renverser, deux semaines plus tôt, les Président et Premier ministre, s'attirant le courroux de la communauté régionale et internationale? À ceux-là, il lance: «Je voudrais rassurer les organisations sous-régionales, régionales et la communauté internationale en général que le Mali va honorer l'ensemble de ses engagements pour et dans l'intérêt supérieur de la nation».

Ce sera à peu près tout. Le reste de son discours, qui dura à peine huit minutes, le nouvel homme fort de Bamako l'a réservé à des promesses faites aux Maliens. Ceux dont il est désormais le Président légal depuis que la Cour suprême l'a confirmé comme chef de l'État malien.

«L'amélioration des conditions de vie des Maliens sera un souci constant pour le nouveau gouvernement à venir. Elle sera recherchée de façon intelligente pour ne pas fragiliser l'équilibre budgétaire et ne pas compromettre les investissements. Ainsi, je vais demander au nouveau gouvernement qui sera mis en place d'engager un dialogue franc et sincère avec l'ensemble des syndicats pour une résolution durable de la crise actuelle», a promis le colonel Assimi Goïta.

Le Mali vit depuis plusieurs mois au rythme des grèves pour réclamer de meilleures conditions de vie, de travail ou de sécurité. La dégradation du climat social avait été d'ailleurs au cœur des mobilisations de l'été 2020 qui ont conduit au coup d'État militaire contre le Président Ibrahim Boubacar Keïta, avant que les nouvelles autorités ne soient elles-mêmes renversées par les militaires le 24 mai dernier.

Les différentes revendications sociales semblent désormais inscrites à l'agenda du nouveau Président qui ira même jusqu'à promettre de transférer les deux tiers des fonds de souveraineté de la présidence au profit des «populations les plus démunies», pour leur fournir de l'eau et créer des centres de santé «sur toute l'étendue du territoire national».

«Très peu écouté à l'extérieur»

La prise du pouvoir du colonel Assimi Goïta, auteur de deux coups d’État en neuf mois, a créé le mécontentement au sein de la communauté internationale. En réaction, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) ont suspendu le Mali de leurs instances. La France a mis fin à ses opérations militaires dans le pays alors que la Banque mondiale a suspendu ses opérations financières «jusqu'à ce que la situation soit plus claire».

C’est sachant qu’il gagnerait plus à «convaincre les Maliens que cette communauté internationale» que tout le discours du colonel-Président Assimi Goïta n’a ciblé essentiellement que les Maliens, estime le directeur de l’institut de stratégies d'Abidjan, Sylvain N'Guessan.

«Le colonel Assimi Goïta est en ce moment très peu écouté de l'extérieur et il en est conscient. C’est tout à fait normal qu’il s’adresse à ceux qui sont encore capables de l'écouter, ceux qui ne peuvent faire autre chose que de l'écouter», décrypte le politologue ivoirien.

À ce titre, il juge «bonne la stratégie consistant à susciter une dynamique endogène à même de constituer une sorte de barricade contre d’éventuelles sanctions de la communauté internationale». Celle-ci serait plus encline à accompagner un pouvoir bénéficiant d'une certaine assise populaire.

D'autant plus que, depuis 2010, la situation sociale ne s'est guère améliorée au Mali du fait, notamment, de la situation sécuritaire dans le nord et le centre.

«Des centaines de milliers d’enfants ne vont plus à l'école depuis 2012 ou 2013, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont poussées à vivre dans des situations précaires dans des camps de réfugiés. À tout cela s’ajoute la grave crise sociale qui perdure depuis bientôt 10 ans dans l’ensemble du pays», énumère l'analyste ivoirien.

Le nouveau Président n'avait donc pas d'autre choix, soutient-il, que de fortifier le front interne, «aller dans cette dynamique endogène, se montrer compréhensif des réels problèmes des Maliens pour les amener à parler d'une seule voix et faire face aux différentes menaces».

Un Premier ministre expérimenté

C’est toujours dans cette perspective que le colonel Assimi Goïta a nommé un Premier ministre en la personne de Choguel Kokalla Maïga.

Celui-ci est, en effet, un des leaders du Mouvement du 5 juin, regroupant partis politiques et société civile, et qui était à l’origine de la contestation populaire ayant conduit à la chute du Président Ibrahim Boubacar Keïta, en août 2020.

Pour réussir sa mission, Choguel Kokalla Maïga devra gagner la confiance des Maliens en faisant prévaloir «l’intérêt supérieur du Mali, dans le dialogue, la cohésion et la négociation afin de trouver des réponses aux besoins des Maliens, et pouvoir relancer le pays», suggère Sylvain N'Guessan.

«Tout mon souhait est que le colonel Assimi Goïta puisse dérouler le reste de cette transition sans heurt et passer la main, afin que les civils puissent à nouveau diriger l'État malien vers des horizons meilleurs», a-t-il conclu.

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