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Les élections législatives ont abouti à une assemblée quasi identique à celle dissoute par le Président Abdelmadjid Tebboune au mois de février dernier. Des résultats donnent, dans le peloton de tête, les trois partis qui formaient l’Alliance présidentielle d’Abdelaziz Bouteflika. Une situation qui pourrait compliquer la formation du gouvernement.

On prend (toujours) les mêmes et on recommence. Les élections législatives du 12 juin ont livré une configuration de l’Assemblée populaire nationale (APN) semblable à la précédente. Mardi 15 juin, les résultats annoncés par Mohamed Charfi, le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), donnent le Front de libération nationale (FLN) en tête avec 105 sièges, 57 pour le Rassemblement national démocratique (RND) et 64 pour le Mouvement de la société pour la paix (MSP). Soit un total de 226 sièges sur les 407 que compte l’Assemblée. Il se trouve que le trio gagnant formait l’Alliance présidentielle, consortium politique qui s’était mis à la disposition du Président Abdelaziz Bouteflika.

Créée le 16 février 2004 par les leaders des deux partis nationalistes et du parti islamiste, le MSP, cette alliance a tenu sous cette forme jusqu’en 2012. Mais au sein de l’Assemblée, ces trois formations ont continué à représenter les principales forces politiques. Jusqu’au mois de février 2021, lorsque le Président Abdelmadjid Tebboune a signé l’acte de dissolution de l’APN dans le but de remodeler l'échiquier politique pour le mettre en adéquation avec son projet d’«Algérie nouvelle». Finalement, c'est le FLN et ses anciens partenaires qui sont sortis des urnes.

​«Renouveau du RND»

Pour cette nouvelle législature, la neuvième depuis la création de l’Assemblée algérienne, on constate également l’entrée de 78 députés indépendants. Mais ce sont les principaux appareils du régime rejetés par la population et par le Hirak (le mouvement de contestation citoyenne qui a provoqué la chute de Bouteflika) qui ont obtenu la majorité parlementaire. Tayeb Zitouni, le secrétaire général du Rassemblement national démocratique, voit les choses autrement. Il a confié à Sputnik que ce retour gagnant au sein de l'hémicycle était en lui-même «un renouveau» pour sa formation.

«Nous avons réussi à remettre sur rails un parti qui était pris en otage par Ahmed Ouyahia [ancien Premier ministre et secrétaire général du RND, condamné pour corruption, ndlr]. Je peux assurer aussi que toutes les voix que nous avons eues sont halal. Le RND retrouve donc sa dimension populaire originelle suite à 11 mois de travail acharné. Nous avons récupéré les sièges qui étaient les nôtres. Suivez bien le RND car il va créer des surprises au sein de l’Assemblée et sur la scène politique grâce à ses cadres et à ses parlementaires», a-t-il assuré.

un drapeau algérien
© AP Photo / Rafael Yaghobzadeh
Comment en est-on arrivé à une telle configuration? Chérif Dris, professeur de sciences politiques à l’École supérieure de journalisme d’Alger (ESJA) explique à Sputnik que le phénomène de l’abstention a joué en faveur de ce trio. Officiellement, le taux de participation affichée par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) était de 23,03%. Une abstention record puisque le taux de participation lors des législatives de 2017 avait été de 35,37%.

«Si nous prenons en compte les bouleversements qui se sont produits depuis le déclenchement du Hirak en février 2019, la scène politique était appelée à évoluer en étant expurgée des partis qui ont servi l’ancien Président, Abdelaziz Bouteflika. Le rejet est réel. Sauf que le taux d’abstention, qui lui était prévisible, a donné l’effet inverse», analyse le politologue.

Solidarités traditionnelles

Chérif Dris rappelle que des formations comme le FLN et le RND jouissent d’une base électorale et d’un ancrage sociologique. «Cette base n’est pas consistante, elle doit être d’un peu plus d’un million de voix mais il suffit que l’abstention soit forte pour que ces partis remportent les élections». La sociologie d’une partie de l’électorat algérien a également influé sur ce résultat.

«Il ne faut pas oublier que nous avons une cartographie électorale qui est agrégée à une cartographie sociologique tribale. Les solidarités traditionnelles sont toujours aussi prégnantes et donc déterminantes dans le choix des candidats. Cela reste d’actualité dans plusieurs régions du pays, notamment l’est des hauts plateaux et le sud du pays. Les électeurs donnent leurs voix aux candidats de la même tribu, de la même famille, plutôt qu’au parti politique. Ce n’est pas le programme politique qui est pris en considération mais plutôt le lien avec le candidat», décrypte Chérif Dris.

Le véritable enjeu reste la composition du prochain gouvernement. Si les trois partis de l'ancienne alliance présidentielle sont bien en tête, reste à savoir s'ils vont pouvoir constituer une majorité absolue au sein de la chambre parlementaire. Les résultats officiels de cette élection détermineront l'application qui sera faite de l’article 103 de la Constitution. Celui-ci dispose que le «Gouvernement est dirigé par un Premier ministre lorsqu’il résulte des élections législatives une majorité présidentielle. Le Gouvernement est dirigé par un Chef du Gouvernement lorsqu’il résulte des élections législatives une majorité parlementaire».

Sauf que sur le terrain, rien ne semble tranché puisque la majorité parlementaire qui est en train de se dessiner pourrait en cacher une autre…présidentielle. Et pour cause: même s'il a pris ses distances avec le FLN depuis son accession à la magistrature suprême, ce parti demeure toujours la chapelle politique d’origine d'Abdelmadjid Tebboune. Va-t-il prendre le risque de réhabiliter une alliance présidentielle composée d’appareils qui étaient à la solde de l’ancien Président?

«À mon avis, il est difficile de parler de majorité parlementaire même si en théorie c’est ce qui pourrait se passer. Dans les faits, il est probable que nous assistions à la reconduction d’une nouvelle forme d’Alliance présidentielle. Aussi bien le FLN que le RND, dans leur identité politique, sont des partis qui ne peuvent pas se comporter comme des formations d’opposition mais comme des appareils du pouvoir. Le plus plausible à mon sens, c’est qu’ils soient rejoints par le parti El Bina pour constituer une alliance pour s’imposer au Président Abdelmadjid Tebboune», explique Chérif Dris.

El Bina est un parti islamiste présidé par Abdelkader Bengrina qui s’est présenté à l’élection présidentielle du 12 décembre 2019. Ce transfuge du MSP prend plaisir à se faire remarquer. Comme lors du scrutin de samedi lorsqu’il a demandé à un laboratoire pharmaceutique de fabriquer du «viagra politique» pour doper les candidats.

Il est aujourd’hui évident que cette élection n’a donné lieu à aucune avancée sur le plan politique. Les acteurs du passé sont toujours en place et le fort taux d’abstention confirme que la population n’adhère à aucune initiative du pouvoir. Pour Chérif Dris, cette séquence électorale a conduit à «une situation de régénération du système». La prochaine étape sera les élections locales prévues l’automne prochain. «À l’avenir, il sera intéressant de voir comment le Hirak va opérer sa mue en passant d’un mouvement de protestation et de rejet vers un mouvement de proposition. Les acteurs du Hirak devront tirer les leçons de cette élection du 12 juin».

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gouvernement, élections législatives, Algérie
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