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Face à la montée en puissance de «la déviance» sur la scène musicale au Cameroun, la société nationale camerounaise de l'art musical hausse le ton et promet des sanctions allant jusqu’à 1.500 euros d’amende pour les contrevenants aux bonnes mœurs. Une mesure diversement appréciée dans les milieux artistiques.

Entre les chansons puritaines et les musiques dites mondaines, l’art musical au Cameroun est truffé de bonnes et de moins bonnes notes. Depuis plusieurs années, les textes bourrés de messages qualifiés de «déviants» occupent le haut du classement du hit-parade. Description crue d'actes sexuels, promotion de la consommation de stupéfiants, mise en avant de scènes érotiques dans des clips comptabilisant parfois jusqu'à des millions de vues, le phénomène tend à se banaliser. La Société nationale camerounaise de l’Art musical (Sonacam), passe à l'action et va sévir contre les textes et comportements déviants.

L'annonce a été faite le 29 juillet au terme d'une session de travail du comité d'éthique, de discipline et d'arbitrage. La Sonacam est un organisme agréé par l'État et dont la vocation se limite à la gestion des droits d'auteurs musicaux. Mais ce comité a été mis en place, en son sein, il y a quelques mois justement, pour veiller au contenu des messages dans les diverses productions artistiques. Une mission qui lui a été d'emblée contestée par certains artistes.

Le musicien Wax Dey réagit à la sortie de la Sonacam

Des mesures controversées

Afin d’épurer, pour ainsi dire, l’espace musical, la Sonacam prévoit des sanctions entre 50.000 (76 euros) et 1.000.000 de FCFA (1.500 euros) d'amende et des poursuites judiciaires contre les artistes dont les contenus font la promotion d'obscénités. Les membres du Comité d’Éthique, de Discipline et d’arbitrage de la Sonacam ont laissé entendre que ces mesures seraient bientôt effectives pour enrayer la promotion de paroles et images obscènes.

«Les sanctions peuvent aller jusqu’à l’éradication complète de l’artiste à la Sonacam», a alerté Marthe Ngo Mouaha dite Dinaly, la présidente dudit Comité face à la presse.

Dans les milieux de l’art musical, la mesure est diversement appréciée. Pour certains artistes, cette décision est louable et mérite bien son tour de chant dans un contexte où la musique est devenue un outil d’ensauvagement des masses: «Eh bien si la Sonacam est dans son droit de le faire qu’il le fasse… Je pense qu’il faut revoir ce que l’on présente dans nos contenus artistiques» lance Guy-Michel Kingue, un chanteur camerounais.

«L’artiste est un communicateur par excellence. Un artiste qui devient célèbre, une star est une identité remarquable qui a non seulement une mission mais qui devrait également avoir une vision. La mission c’est qu’il devienne une personnalité qui influence les mœurs. Et la vision c’est de marquer les gens avec des messages qui construisent, qui impactent et qui permettent à la société d’évoluer», ajoute-t-il au micro de Sputnik.

Cependant parmi les artistes, des courants s’affrontent sur les réseaux sociaux et dans les médias, sur ce qui devrait être considéré comme contenu indécent. Plusieurs crient à l’atteinte à la liberté d’expression artistique. Dans une sortie sur sa page Facebook, la star du Bikutsi (rythme musical local) Mani Bella, connue pour ses textes un brin provocateur s’interroge sur les critères qui seront utilisés pour sévir, tant beaucoup de chanteurs comme elles surfent sur les jeux de mots.

Mani Bella, chanteuse de Bikutsi réagit à la sortie de la Sonacam

«Stopper la musique porno»

Au Cameroun, si les compositions artistiques ont toujours fait l’objet de controverses au baromètre de la morale publique, les contenus sont de plus en plus crus et surfent sur ce qui est souvent dénoncé comme de «la dépravation.»

Loin des jeux de mots et des figures de style, beaucoup d’artistes usent et abusent de messages choquants faisant référence généralement au sexe. Dans les vidéoclips, il n’est pas rare d’assister à des scenarii dignes de films pour adultes: «Il faut sévir. Il faut stopper la promotion de la musique porno dans ce pays. Quel message veut-on passer à nos enfants. On peut chanter et faire allusion au sexe de manière subtile comme l’ont fait certains. Aujourd’hui c’est la course à qui va être le plus vulgaire», condamne Beaudelaire Yontchoua chroniqueur culturel dans une radio privée de l’ouest du Cameroun au micro de Sputnik.

Si certains crient à «la promotion de la débauche», pour Cici Migon, artiste urbain, les messages véhiculés par les musiciens sont le reflet de la société: «Car on chante par rapport à la cible. On chante notre quotidien et les Camerounais aiment cela».

«Je pense que chacun est libre de s'exprimer en musique. C’est cela l’essence de la création artistique. On ne peut pas enfermer le génie. Aux mélomanes de sélectionner ce qu’il peut ou veut écouter», clame-t-il au micro de Sputnik.

En parlant de liberté, souligne Messi Fo, chanteur, «c'est justement de faire tout ce qu'on veut sans nuire à autrui, la société est régie par des règles et utiliser les mots qui blessent la sensibilité des gens ce n’est pas être libre. Nous devons filtrer ce que nous laissons à nos enfants que ce soit dans la musique, la peinture ou les livres».

Cependant, poursuit-il, «pour qu'il soit cohérent, le combat pour l’épuration de la scène musicale devrait aussi concerner les musiques venues d’ailleurs qui inondent le pays à travers les médias et les réseaux sociaux».

D’ailleurs, souligne à Sputnik Atome, promoteur du blog musical Voila moi.com et critique de la musique urbaine, «s’il est vrai que l’industrie musicale est infestée par des productions obscènes», outre les mesures concertées entre artistes pour assainir les mœurs, «la censure doit commencer par les médias», afin de limiter leur diffusion.

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Tags:
Cameroun, musique, porno
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