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À l’approche de l’élection présidentielle du 3 novembre, la perspective de dérapages violents aux États-Unis est de plus en plus évoquée par les experts. Selon l’historien et chroniqueur Marc Simard, les risques qu’une guerre civile éclate sont encore plus grands depuis la pandémie de Covid-19 et le mouvement Black Lives Matter. Entrevue.

Milices armées, tensions raciales, colère et fatigue dues à la pandémie: aux États-Unis, l’élection présidentielle du 3 novembre prochain est sans doute l’une des plus redoutées de toute l’histoire de ce pays.

Selon une récente étude commandée par le magazine Washington Examiner, plus de 60% des Américains estiment que leur pays est sur le point de basculer dans la guerre civile. 50% d’entre eux déclarent aussi avoir fait des provisions de biens essentiels pour parer à cette éventualité. Un réflexe survivaliste.

La Présidentielle de tous les dangers

Presque deux après la publication d’une chronique dans le journal québécois Le Devoir, où il évoquait cette perspective, l’historien Marc Simard n’est guère plus optimiste. Invité à cette époque à développer son point de vue au micro de Sputnik, il rappelait que le nombre élevé d’armes à feu sur le territoire pouvait rapidement contribuer à une escalade des tensions, ce qui n’est pas moins vrai aujourd’hui:

«Il y a eu 40.000 morts par arme à feu aux États-Unis en 2019. Il y a eu 25 fois plus d’assassinats par arme à feu aux États-Unis que dans la moyenne des autres pays occidentaux. C’est incroyable. […] Et avec la pandémie de Covid-19, il s’est vendu d’autres millions d’armes. Des gens se sont constitué un arsenal. Il y a en fait 120 fusils pour 100 personnes dans ce pays», précise-t-il d’entrée de jeu.

Mais s’il faut des armes pour faire la guerre, c’est surtout la vive polarisation qui pourrait mener à ce grave conflit, observe le professeur retraité du Collège François-Xavier Garneau, à Québec. La pandémie de Covid-19 aurait davantage fait ressortir les injustices vécues par les Afro-Américains, alors que le taux de mortalité du virus s’est avéré plus élevé parmi les communautés noires:

«Avec la pandémie et le mouvement Black Lives Matter, c’est comme si la plaie s’était infectée encore plus. Il y a plus de colère et de frustration dans l’air qu’il y a deux ans. […] Le fait qu’il ne semble pas y avoir de progrès en matière de racisme crée un effet de répétition très néfaste pour le climat en général. […] Avec les réseaux sociaux, les cas d’abus se répandent plus vite et de manière plus crue», analyse l’ex-enseignant.

Auteur de plusieurs livres dans sa discipline, Marc Simard estime que le «blocage politique» des États-Unis n’améliore pas la situation. Il suffirait d’un seul incident de trop pour entrer dans «un scénario comparable à celui de la guerre civile espagnole» de 1936-1939, laquelle aurait démarré dans un contexte de polarisation analogue, celui des «blancs contre les rouges».

«Les États-Unis sont pris dans le même bipartisme depuis 1868 et la Constitution est devenue hyper-politisée. […] L’enjeu constitutionnel touche des questions très sensibles auprès de la population, comme celle de l’avortement. Sur une foule de questions comme celle-là, le feu couve et le dialogue est impossible. […] La société américaine est comme un volcan au bord de l’éruption», souligne l’historien québécois.  

Récemment, les images d’une milice armée afro-américaine défilant dans les rues de La Fayette en Louisiane ont été diffusées dans divers médias.

​Se présentant sous le nom de «Not Fucking Around Coalition» (NFAC, la «coalition qui ne déconne pas»), cette milice est loin d’être le seul groupe armé aux États-Unis. Plusieurs groupes paramilitaires comme les «Proud Boys» sont soupçonnés de vouloir intervenir sur le terrain si des irrégularités électorales étaient dénoncées par l’un ou l’autre des candidats.

Un pays bloqué, des milices armées en mouvement

Durant le dernier débat télévisé l’ayant opposé au démocrate Joe Biden, Donald Trump a refusé de condamner directement les groupes «suprématistes blancs», en demandant plutôt aux «Proud Boys» de «reculer et de se tenir prêts». Mais prêts à quoi?

«On ne sait pas encore si Donald Trump sera assez dément pour lancer un appel aux milices comme celle des Proud Boys. Ce n’est pas totalement impossible et beaucoup de gens le craignent. […] Par rapport à il y a deux ans, il est évident que le risque de guerre civile a augmenté», poursuit Marc Simard.

Dans un article publié en octobre 2018 dans le quotidien américain The Sunday Times, Niall Ferguson, professeur d’histoire de l’Université Harvard, a défendu un pronostic similaire à celui de Marc Simard. Il redoutait que l’élection présidentielle de 2020 ne provoque «la scission définitive de la société américaine».

Le 3 novembre prochain, une défaite de Donald Trump mettrait-elle un terme aux tensions? Marc Simard n’en est même pas sûr:

«Si la guerre civile devait vraiment éclater, il s’agirait d’un conflit extrêmement sérieux qui entraînerait probablement une vague de migrations vers le Canada. Des régions éloignées comme celles dans les montagnes Rocheuses pourraient même se rabattre sur la guérilla […] Même si Trump est battu et quitte la Maison-Blanche, il y a de bonnes chances qu’il continue à marteler son discours», avertit l’historien.
Dossier:
Campagne présidentielle 2020 aux États-Unis (71)

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Tags:
Donald Trump, Black Lives Matter, guerre civile, société, États-Unis
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