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Au Québec, la politique provinciale pourrait prendre un nouveau visage alors qu’Éric Duhaime, chroniqueur réputé, a annoncé qu’il serait candidat à la direction du Parti conservateur de la province. Son objectif? Combattre «l’extrémisme sanitaire» du gouvernement Legault. Mais ne risque-t-il pas d’être associé aux «complotistes»? Entrevue.

Petite formation ayant récolté moins de 2% des suffrages en 2018, le Parti conservateur du Québec pourrait avoir plus de chance de s’imposer dans le paysage politique, alors qu’Éric Duhaime, célèbre animateur radio et essayiste, a annoncé qu’il entendait devenir son chef.

«J’aime le Québec, mais je n’aime vraiment pas ce qui se passe au Québec depuis neuf mois. […] Ma première priorité sera de plaider pour une approche sanitaire beaucoup mieux ciblée, beaucoup moins restrictive, beaucoup plus respectueuse de vos libertés individuelles», a-t-il lancé lors de son discours diffusé en direct sur Facebook et YouTube, le 22 novembre.

Pour en savoir plus sur les motivations du célèbre chroniqueur, Sputnik s’est entretenu avec lui à Québec, ville où il se présentera à la prochaine élection provinciale prévue en 2022, conformément au système électoral en vigueur attitrant chaque candidat à une circonscription.

Crise sanitaire: pro-mesures et anti-mesures, un nouveau clivage?

L’homme de 51 ans rappelle d’abord que le bilan de la gestion de la pandémie du Québec est loin d’être le meilleur de la fédération:

«Depuis neuf mois, le Québec apparaît comme l’endroit en Amérique du Nord où les gens ont été le plus confinés et en même temps où les résultats ont été les moins bons. Il n’y a donc pas nécessairement de lien entre le confinement et le nombre de morts. En Colombie-Britannique, une province comparable au Québec et où le virus est arrivé en premier, il y a douze fois moins de morts attribuées au Covid-19. Pourquoi? Parce que là-bas, le système de santé a tenu le coup», souligne-t-il à au micro de Sputnik.

S’il entend récolter le vote des gens les plus affectés par les mesures sanitaires –que ce soit sur les plans financier et/ou psychologique–, Éric Duhaime fait aussi le pari que l’émergence d’un nouveau clivage lui servira de tremplin au Québec. Dans cette province francophone déjà partagée entre la gauche et la droite économiques, mais aussi entre le nationalisme et le multiculturalisme, le soutien et l’opposition aux mesures sanitaires pourraient donc articuler différemment la prochaine campagne électorale.

Même si les Québécois soutiennent encore majoritairement le gouvernement Legault, la satisfaction à son égard en ce qui concerne le Covid-19 a beaucoup diminué depuis le début de la pandémie, selon un sondage de la firme CROP publié en octobre dernier. À cette période, 39% des répondants se sont déclarés «peu ou pas satisfaits» de la réponse de Québec à la pandémie, alors qu’ils étaient seulement 10% à déclarer la même chose en avril. À la mi-juillet, 30% des Québécois se disaient «peu ou pas satisfaits» de la gestion de la crise.

Pour Éric Duhaime, il est clair que le peuple québécois «en a assez» de voir le gouvernement renouveler continuellement le confinement «en faisant miroiter un relâchement qui n’arrive jamais»:

«Le gouvernement Legault ne donne aucun espoir à moyen et long terme aux Québécois. […] La pandémie a mis en relief que l’élite politique était convaincue de mieux savoir ce qui était bon pour la population que la population elle-même. […] La pandémie a aussi montré à quel point le système de santé québécois était mal en point, ce à quoi je veux aussi remédier», poursuit l’ex-chroniqueur.

Ces derniers mois, plusieurs manifestations contre les mesures sanitaires ont eu lieu un peu partout dans la Belle Province. Ce nouveau courant est fréquemment critiqué et même ridiculisé dans les grands médias et sur les réseaux sociaux.

Le mouvement «complotiste», un électorat potentiel?

Régulièrement qualifiés de «complotistes» et de «covidiots», les opposants aux mesures sanitaires inquiètent les autorités nationales et municipales, qui ont pris des mesures pour limiter et encadrer au maximum le mouvement. Répondant aux nombreuses critiques de ce mouvement émises dans les médias, Facebook et YouTube ont fermé les comptes à partir desquels opérait son principal leader, Alexis-Cossette Trudel.

Selon une étude réalisée au printemps dernier par l’Université de Sherbrooke, presque 40% des Canadiens estiment que leurs gouvernements (provincial et/ou fédéral) leur cachent des informations importantes relatives à la crise. Des chiffres comparables à ceux de l’Institut national de santé publique du Québec, qui montrent que 35% des Québécois considèrent que leur gouvernement ne leur dit pas tout.

Ayant lui-même été qualifié de «complotiste» dans la presse par une chroniqueuse contre laquelle il a intenté une poursuite en diffamation, Éric Duhaime réfute cette appellation:

«Je n’ai pas peur d’être associé à cette mouvance, car la population est capable de voir clair dans ces accusations mensongères. De toute façon, qui alimente les théories du complot? Quand un gouvernement est incapable de fournir des chiffres, quand il n’a pas de plan précis, quand un gouvernement nous cache des choses? Les réunions de la cellule de crise qui prend des décisions pour toute la population se tiennent sans aucun procès-verbal ni note écrite», conclut-il à notre micro.

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Tags:
politique, Covid-19, complotisme, Québec
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