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Depuis qu’il a renforcé le Buy American Act, les exportateurs canadiens craignent que Joe Biden soit plus protectionniste que Donald Trump. Pour l’économiste Germain Belzile, il est trop tôt pour mesurer les effets du décret, mais il est clair que la croissance économique des États-Unis sera plus faible sous Biden, ce qui pourrait nuire au Canada.

L’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, bonne ou mauvaise nouvelle pour l’économie canadienne? 

Le 25 janvier dernier, le nouveau Président a signé un décret ayant pour effet de renforcer le Buy American Act et le Buy America Act, deux anciennes et importantes mesures protectionnistes, ce qui n’est pas sans rappeler la vision économique de son prédécesseur. Le décret a pour but d’encourager les entreprises américaines à s’approvisionner le plus possible aux États-Unis et ainsi à stimuler le marché interne et la production locale.

«Il s’agit d’une mesure critique pour mieux reconstruire notre économie», a déclaré le Président Biden lors de l’annonce du décret. 

Cette annonce a rapidement traversé la frontière canadienne: au pays de l’érable, de nombreux exportateurs pourraient en être gravement affectés. Plus du trois quarts des exportations canadiennes sont en effet destinées aux États-Unis, soit environ 20% du PIB du pays.

​La nouvelle inquiète d’autant plus les milieux économiques au Canada qu’elle survient quelques jours seulement après l’annonce par Joe Biden de l’annulation de Keystone XL. Important projet d’oléoduc qui devait relier le Canada et les États-Unis, Joe Biden lui a retiré son permis au tout premier jour de son mandat, de manière à en faire un symbole de sa politique écologique. Plusieurs milliers d’emplois sont ainsi sacrifiés en Alberta, province canadienne d’où devait être extrait le pétrole, avant d’être acheminé vers le pays voisin.

L’annulation de Keystone XL, geste écologiste… et protectionniste

Économiste canadien, Germain Belzile souligne au micro de Sputnik que l’annulation de Keystone XL est loin d’être uniquement un symbole environnemental:

«On peut voir l’annulation de Keystone sous l’angle écologique, mais aussi sous l’angle économique. C’est une mesure protectionniste visant à donner un coup de main aux entreprises américaines qui extraient du pétrole de schiste. Biden aide directement ces entreprises. […] Joe Biden fait un double gain: il fait plaisir à sa frange environnementaliste et en même temps, aux producteurs de pétrole américains», analyse l’expert en entrevue. 

Maître d’enseignement à l’École des hautes études commerciales de Montréal (HEC), Germain Belzile rappelle aussi que «les Démocrates sont nettement plus protectionnistes que les Républicains depuis les années 1950.» Une réalité qui s’explique en bonne partie par la proximité du parti avec les syndicats, organisations globalement favorables au protectionnisme. En ce sens, l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche n’aurait pas de quoi rassurer les exportateurs canadiens.

«Comme Républicain, Donald Trump était une exception. Il était protectionniste, mais seulement dans le but de se donner des leviers et d’obtenir des concessions de la part des autres pays. Trump était un protectionniste stratégique. […] Sur le plan économique, le Canada avait des problèmes avec Trump et en aura avec Biden», tranche l’économiste. 

À l’été 2018, le Président Trump déclenchait une guerre commerciale en imposant des taxes sur l’acier et l’aluminium en provenance du Canada. Ce conflit économique allait durer jusqu’en octobre 2020. Les producteurs canadiens d’acier et d’aluminium ont été grandement affectés par ces tarifs. 

Ralentissement de la croissance en vue

En définitive, Joe Biden sera-t-il plus ou moins protectionniste que son prédécesseur? Germain Belzile estime qu’il est encore trop tôt pour le dire, mais observe que le resserrement des mesures sanitaires prévues par la nouvelle Administration pourrait ralentir la croissance encouragée par Trump. De même, l’augmentation des coûts de l’énergie due à l’annulation de Keystone XL, entre autres, pourrait nuire au secteur manufacturier.

«La fermeture de l’économie à cause de la Covid signifie moins de croissance sur le moyen terme aux États-Unis», résume l’économiste. 

En revanche, le nouveau Président devrait être «moins imprévisible» que Trump, ce qui devrait permettre à Ottawa de manœuvrer avec moins de difficulté lorsque des différends surgiront avec Washington.

«Il y a plus de commerce entre le Canada et les États-Unis qu’entre la France et l’Allemagne. […] La bonne santé économique des États-Unis est très importante pour le Canada. Quand il y a beaucoup de croissance aux États-Unis, il y en a aussi beaucoup au Canada. Des facteurs me font penser que la croissance sera plus faible sous Biden, ce qui nuira aussi au Canada», conclut Germain Belzile. 

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Tags:
Joe Biden, Donald Trump, Canada, États-Unis
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