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Joe Biden a rendu public un rapport du renseignement identifiant le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, comme responsable du meurtre de l’activiste Jamal Khashoggi, journaliste au Washington Post. Mais pourquoi? Pierre Conesa, auteur et ancien haut fonctionnaire, analyse les causes de cette décision au micro de Rachel Marsden.

L’Administration Biden vient de publier un rapport du renseignement désignant officiellement le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) comme directement responsable du meurtre de Jamal Khashoggi, chroniqueur au Washington Post, activiste et résident américain.

Pour justifier ses conclusions, le rapport déclassifié, préparé par l’Office of the Director of National Intelligence, cite en particulier le contrôle de MBS sur la prise de décision dans le royaume. Il mentionne aussi l’implication directe d’un conseiller clé et de membres du service de protection de MBS dans l’opération contre Khashoggi et son soutien aux mesures violentes pour faire taire les dissidents à l’étranger.

Mais deux choses frappent à propos du rapport et de sa diffusion. Premièrement, le document est extrêmement court: à peine trois pages. Deuxièmement, malgré ses conclusions accablantes pour le prince héritier, il n’a abouti à aucune sanction contre l’Arabie saoudite ni MBS lui-même. Pourquoi une telle absence de conséquences? Il est difficile d’imaginer qu’un autre pays ne soit pas sanctionné par les États-Unis après la publication de telles accusations. Pourquoi ce deux poids, deux mesures? Et quel pourrait être l’intérêt de l’Administration Biden de diffuser ce rapport maintenant?

Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense et auteur de Docteur Saoud et Mister Djihad, la diplomatie religieuse de l'Arabie saoudite (Éditions Robert Laffont), revient sur la décision de Joe Biden de publier ces conclusions:

«Beaucoup de gens ont beaucoup d’intérêts en Arabie saoudite et ne veulent pas que cela se traduise par des sanctions. Les États-Unis ont fait un tour de passe-passe en disant qu’il y aurait 76 personnes qui seraient interdites de séjour dans le pays, des individus qui font partie de l’entourage de Mohammed Ben Salmane. Par ailleurs, Joe Biden a pris directement contact avec le père du prince, le roi Salmane, et non pas avec le fils Mohammed Ben Salmane, ce qui est une manière de dire "Tenez vos enfants tranquilles". C’est quelque chose de très humiliant.»

Quelles pourraient alors être les retombées de cette affaire? L’ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense voit à long terme:

«L’aspect sur lequel je m’interroge, c’est quel va être l’effet de cette publication en Arabie Saoudite. Mohammed Ben Salmane pouvait considérer qu’il était protégé par Donald Trump tandis que maintenant, la Maison-Blanche ne garantit plus automatiquement sa protection. De fait, des princes peuvent très bien faire comprendre au roi que MBS n’est finalement pas le bon héritier, qu’il faudrait peut-être revoir la succession à la tête du royaume.»

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Tags:
Mohamed Ben Salmane, affaire Khashoggi, CIA, Arabie Saoudite, États-Unis
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