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La nouvelle crise migratoire affectant l’Amérique centrale, le Mexique et les États-Unis est loin d’être terminée. Courant mars, 19.000 enfants ont été placés en détention le long de la frontière américano-mexicaine. Des répercussions à prévoir jusqu’à la frontière canadienne? Sputnik fait le point.

L’Administration Biden n’a pas fini de devoir composer avec d’importants flux de migrants en provenance des pays du sud, parmi lesquels plusieurs milliers d’enfants. Le 1er avril, des médias ont diffusé les images de deux fillettes lancées du haut d’une parcelle de mur par des passeurs. Durant le mois de mars, 19.000 enfants non accompagnés ont été placés sous la responsabilité des autorités américaines.

Le tout premier jour de son mandat, Joe Biden s’est empressé de signer un décret ordonnant la suspension de la construction du mur frontalier avec le Mexique. Par la même occasion, le Président a annoncé qu’il entendait régulariser la situation des «dreamers», ces 700.000 personnes arrivées clandestinement aux États-Unis alors qu’elles étaient mineures. Depuis, Joe Biden est accusé d’avoir offert de faux espoirs à des milliers de migrants, dont la situation ne pourra être régularisée à brève échéance.

Des migrants transportés à la frontière canadienne?

Pays voisin et important partenaire des États-Unis, le Canada subira-t-il les conséquences de cette nouvelle crise migratoire? Le 19 mars dernier, un article du New York Post a allégué que l’Administration Biden songeait à déplacer des migrants près de la frontière américano-canadienne. Le Washington Post a également fait état de la même possibilité. Au micro de Rachel Marsden, Phil Gurski, ancien officier du Service canadien du renseignement de sécurité, a toutefois fermé la porte à cette hypothèse.

«Je ne pense pas du tout que ça va arriver ici bientôt. Je dirais que la nouvelle est fausse», a affirmé M. Gurski en entrevue.

En tout état de cause, le ministère de l’Immigration du Canada a confié à Sputnik qu’il prenait cette nouvelle crise migratoire très au sérieux. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada –la dénomination officielle de ce ministère– a affirmé que le Canada collaborait avec Washington «sur ces problèmes de migration mondiale».

«Nous continuerons de travailler en étroite collaboration avec les États-Unis sur nos priorités communes en matière de migration et de protection des réfugiés, y compris l’engagement à la réinstallation des réfugiés et à fournir un refuge sûr aux demandeurs d’asile qui ont besoin de protection», souligne Peter Liang, porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Ce ne serait pas la première fois qu’un enjeu migratoire impliquant les États-Unis se répercute sur le pays de l’érable. Entre juillet et septembre 2017, 7.000 ressortissants haïtiens en provenance des États-Unis sont arrivés illégalement au Canada en espérant obtenir le droit d’asile. Les migrants haïtiens s’étaient réfugiés en territoire américain après le séisme de 2010 qui avait ravagé leur pays. Après avoir vu leur statut de protection temporaire être révoqué par Donald Trump, ils se sont rués vers le Canada, mais seule une petite minorité d’entre eux ont pu y rester.

Le Canada vivait alors l’une des premières crises migratoires de son histoire. Les Forces armées canadiennes avaient même été appelées en renfort.

Dissuader les migrants avant qu’ils n’arrivent

Sous la pression, en 2017, le gouvernement Trudeau avait aussi dû lancer une campagne de dissuasion auprès des Haïtiens voulant atteindre le Canada. Dans le contexte actuel, en partenariat avec leurs homologues américaines, les autorités canadiennes misent toujours sur ce type de stratégie de communication:

«Reconnaissant les sources de déplacement forcé et de migration irrégulière en Amérique centrale, nous travaillerons avec les États-Unis pour élargir le soutien au renforcement des capacités dans les pays touchés. Nous poursuivrons également nos discussions en cours […] sur la dissuasion de la migration irrégulière dans les Amériques», précise Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Avocat canadien spécialisé en immigration, Stéphane Handfield estime que cette nouvelle crise migratoire reste un dossier «à suivre» pour le Canada. Mais à moins que le Premier ministre canadien «ne change les règles», l’avocat ne prévoit pas de débordement à la frontière américano-canadienne:

«En raison de la crise sanitaire, la frontière canadienne est toujours fermée, même pour les demandeurs d’asile. Les migrants ne peuvent pas rentrer, à moins de bénéficier d’une exception à l’Entente sur les tiers pays sûrs, comme le fait d’avoir un membre de la famille vivant au Canada», explique Stéphane Handfield.

En vigueur depuis 2004, l’Entente sur les pays tiers sûrs stipule que le Canada et les États-Unis sont des «pays sûrs» respectant les principes internationaux de protection des réfugiés. En vertu du document, les demandeurs d’asile doivent présenter leur requête dans le premier pays sûr où ils arrivent, ce qui les empêche de présenter une demande dans l’autre pays signataire. Au Canada, les règles du traité peuvent toutefois être contournées par un migrant si celui-ci franchit la frontière de manière irrégulière.

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Tags:
États-Unis, Mexique, migrants, enfants
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