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La mystérieuse fuite d’un enregistrement a donné lieu à des appels à la démission de John Kerry, l’ancien secrétaire d’État américain qui sert dans l’administration de Joe Biden. Pourquoi ses propos seraient-ils problématiques? Analyse de Astrid Viaud, spécialiste des sanctions et du programme nucléaire iranien, pour Le Désordre mondial.

Au Congrès, les Républicains demandent la démission de John Kerry après la fuite d’un enregistrement du ministre iranien des Affaires étrangères qui le met en cause. Selon l’interview entre Javad Zarif et un journaliste iranien, l’actuel envoyé spécial de Joe Biden pour le climat aurait révélé à Téhéran des informations sensibles sur les frappes israéliennes contre des cibles iraniennes en Syrie.

L’ancien secrétaire d’État de Barack Obama aurait divulgué ces informations pendant le mandat de Donald Trump. Les bombardements israéliens en Syrie ne sont pas exactement un secret, car Israël lui-même se vante régulièrement de ces attaques. Mais l’affaire permet de nourrir la campagne des néoconservateurs pour empêcher tout rapprochement avec l’Iran.

L’ancien secrétaire d’État de Trump, Mike Pompeo, a directement accusé Kerry d’avoir partagé des renseignements avec l’Iran. «Il est fort possible que, pendant que j’informais le Président Trump des opérations iraniennes en Syrie, Kerry informait le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif et d’autres hauts responsables iraniens au sujet des opérations israéliennes dans ce pays», a-t-il affirmé à l’antenne de Fox News. 

Pourquoi cette panique? Y avait-il autre chose sur cet enregistrement pour provoquer de si vives réactions de Washington à Téhéran? Astrid Viaud, chercheuse au think tank Vocal Europe, docteur en sciences politiques et sociales de l’Université catholique de Louvain (UCL) et spécialiste des sanctions et du programme nucléaire iranien, considère que cette fuite est particulièrement intrigante:

«Cette fuite est étonnante pour la culture de la République islamique d’Iran puisque jamais une telle chose n’a été révélée auparavant. Et cela tombe à un moment qui est relativement critique puisque l’on assiste à la reprise des négociations sur le nucléaire iranien à Vienne depuis le début avril, qui ont pour but de remettre les États-Unis dans l’accord sur le nucléaire iranien et de ramener l’Iran progressivement dans les engagements qu’il a pris vis-à-vis de cet accord . On est en droit de se demander si ce n’est pas un dérapage contrôlé.»

On sait que John Kerry jouait un rôle en 2015 sur cet accord. N’est-il pas étrange qu’il soit spécifiquement ciblé? C’est effectivement assez surprenant, confirme l’experte:

«John Kerry était secrétaire d’État sous le mandat du Président Barack Obama, il a participé à la signature et aux négociations sur l’accord du nucléaire iranien. Même sous l’administration Trump, il était fermement opposé au retrait des Américains de cet accord. Il en est donc un fervent défenseur.»

Il y a des turbulences en ce moment en Israël. Quel impact aurait un potentiel départ de Benyamin Netanyahou sur un rapprochement Occident-Iran?

«Il faut voir qui lui succédera. Israël est en tout cas en ce moment fermement opposé à un quelconque accès de l’Iran à l’arme atomique.»

Est-ce réellement problématique que l’ancien secrétaire d’État américain soit accusé d’avoir évoqué les frappes israéliennes contre des cibles iraniennes en Syrie, a-t-il dévoilé un fait classé secret défense?

«C’est quand même étonnant qu’il ait pu dévoiler cela aux autorités iraniennes alors qu’Israël est un fervent allié des États-Unis.»

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Tags:
secret-défense, États-Unis, Iran, nucléaire, John Kerry
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