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Le Mexique achève une campagne électorale mouvementée durant laquelle 90 politiciens ont été assassinés. Aux législatives, le Président López Obrador a conservé la majorité simple à la Chambre des députés. Selon le sociologue Saúl Sánchez, le scrutin prouve la solidité d’une gauche mexicaine dont se méfient les États-Unis.

Têtes humaines retrouvées dans des urnes (électorales), politiciens assassinés, tirs au fusil en direction de quartiers résidentiels pour dissuader les gens d’aller voter: au pays de Frida Kahlo, les dernières élections législatives n’auront pas été de tout repos.

Deux partis ont dominé la vie politique mexicaine pendant plus de quatre-vingts ans, le Parti révolutionnaire institutionnel et, à un degré moindre, le Parti action nationale. Du coup, le scrutin revêtait une importante capitale pour le président Andrés Manuel López Obrador et son Mouvement pour la régénération nationale (Morena), une formation toute jeune, portée sur les fonts baptismaux il y a dix ans. Reconnu pour ses prises de position «antisystème» et sa critique récurrente des grands médias, celui qu’on désigne communément par ses initiales, AMLO, avait promis en 2018 de nettoyer une fois pour toutes le pays de la corruption.

Le Président devra compter sur ses alliés

Sur le fil d’arrivée, Morena perd la majorité absolue à la Chambre des députés, mais maintient une avance confortable sur les autres partis, dans un contexte marqué par une percée inédite du Parti vert. En ce qui concerne le renouvellement partiel des gouverneurs, Morena remporte onze des quinze États concernés, selon les projections. Pour poursuivre son grand projet de «quatrième transformation» –plan visant à mettre fin aux «abus et privilèges»–, le mouvement présidentiel devra désormais compter sur l’appui des verts et des travaillistes.

​Professeur à l’Université ibéro-américaine, dans la ville mexicaine de León, le sociologue Saúl Sánchez estime que le parti d’AMLO peut s’enorgueillir de ces résultats. Malgré la perte de la majorité absolue à la Chambre des députés, Morena serait passé d’un parti «ancré dans le Sud du pays et les zones rurales à un parti national capable de progresser dans les zones les plus industrialisées».

«Dans les faits, le résultat ne changera pratiquement rien. Morena aura grosso modo la même marge de manœuvre. […] Les partis d’opposition traditionnels présentent les résultats comme une victoire pour eux, mais c’est assez ridicule. […] Morena a été fondé en 2011. L’expansion du parti est fulgurante», analyse le professeur.

Par le truchement de son ambassade à Mexico, Washington a félicité le Mexique pour avoir mené à terme un «processus électoral réussi». La diplomatie américaine se fendant d’un tweet tout en rondeur: «Le Mexique est notre ami, partenaire et voisin, et nous continuerons à travailler avec ses élus!»

Washington accusé de financer l’opposition

Pour notre interlocuteur, il est clair que «Washington ne doit pas se réjouir» des résultats. Il rappelle que les États-Unis ont financé une organisation liée à la droite libérale mexicaine, les Citoyens contre la corruption et l’impunité (Los Mexicanos contra la Corrupción y la Impunidad). Début mai dernier, le Président AMLO a fait parvenir une note diplomatique à Washington pour demander à ses homologues de suspendre le financement accordé à cette organisation. López Obrador a laissé entendre que Washington cherchait à interférer dans le processus électoral. La Maison-Blanche a refusé d’obtempérer et confirmé qu’elle maintiendrait ces subventions!

«Washington a toujours préféré les Présidents de droite. […] Ce ne serait pas la première fois que les États-Unis financent une organisation qui défend leurs intérêts. […] D’ailleurs, les médias américains et occidentaux aiment dépeindre López Obrador comme un dictateur en herbe qui voudrait militariser le pays. On l’a vu encore récemment avec “The Economist”, qui a présenté le Président en première page comme “le faux messie du Mexique”», déplore Saúl Sánchez.

Washington évoque un «processus électoral réussi», mais, entre le 1er septembre 2020 et le 6 juin dernier, jour du scrutin, 90 candidats et politiciens ont été assassinés pour des raisons qui restent à élucider. Durant toute la campagne électorale, de nombreux journalistes et adversaires du Président lui ont reproché de minimiser la violence affectant le processus démocratique. Fin mai, le pensionnaire du Palais national a accusé les grands médias de «magnifier» la violence et appelé à avoir confiance en la démocratie mexicaine.

Des élections fortement marquées par la violence

Dans un pays où plusieurs journalistes sont tués chaque année, des candidats ont carrément fait campagne vêtus de gilets pare-balles. Des têtes humaines ont été retrouvées dans des urnes électorales dans la ville frontalière de Tijuana, en Basse-Californie. Comme on ne prête qu’aux riches, le crime organisé est soupçonné d’avoir pris part aux assassinats qui ont endeuillé la campagne.

Ces derniers mois, le Président de gauche a fait l’objet de critiques répétées pour son approche jugée beaucoup trop souple en matière de lutte contre le Covid-19. En début de crise, il avait déclaré recourir à des amulettes pour se protéger du virus, une déclaration qui a fait le tour du monde. «Nous ne pouvons pas vivre enfermés», a-t-il laissé tomber quelques mois plus tard, en conférence de presse, avant d’ajouter qu’il ne porterait pas le masque. Pour Saúl Sánchez, la politique sanitaire du chef de l’État ne semble toutefois pas avoir eu d’impact significatif sur l’issue du scrutin:

«Durant la campagne, la pandémie n’a jamais éclipsé totalement les autres thèmes comme la corruption, le crime organisé et le développement économique. […] En ce domaine, les critiques sont surtout venues de l’opposition et des médias. D’autres sont venues de l’étranger, souvent de pays qui ne faisaient pas mieux que le Mexique. Les critiques n’ont pas eu beaucoup d’écho dans la population», constate le sociologue.

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États-Unis, Washington, élections législatives, Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador
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