Ecoutez Radio Sputnik
    1809 : Le divorce de Napoléon

    1809 : Le divorce de Napoléon

    Analyse
    URL courte
    0 0 0

    Paris. France. 15 décembre 1809, résidence de Napoléon sur les Champs-Elysées. Ce jour-là, dans la salle principale du palais de Bonaparte, quelque chose d'extraordinaire se passait. Il y avait un brouhaha énorme.


     

    Paris. France. 15 décembre 1809, résidence de Napoléon sur les Champs-Elysées. Ce jour-là, dans la salle principale du palais de Bonaparte,  quelque chose d'extraordinaire se passait. Il y avait un brouhaha énorme. Des courtisans effarés faisaient la navette entre la partie du palais réservée aux dames  et celle des  messieurs. Ce tumulte était plus que justifié : en présence des dignitaires de son empire, de toute la famille impériale, l'Empereur Napoléon Bonaparte avait annoncé sa décision de divorcer de la femme la plus célèbre de l'empire - Joséphine de Beauharnais. Le protocole du divorce devait être signé à 14 heures vendredi le 15 décembre en présence des dignitaires de l'Empire.

     

    L'ambassadeur de Russie en France a fait suivre l'information sur ce qui s'était passé à Paris.  A la cour d'Alexandre, la nouvelle a été reçue de façon assez indifférente, elle restait plus discutée par les dames que par les messieurs. L'Empereur Alexandre Ier avait d'autres soucis.  Quelques années ont passé depuis les défaites de l'armée russe à Austerlitz, Eylau et Friedland. L'équilibre des forces en Europe était perturbé. Quatre acteurs principaux restaient certes en lice : l'Angleterre, la France, l'Autriche et la Russie.  Bien sûr, la France avait des avantages, mais à qui s'en prendrait-elle en premier lieu ? - se demandait Alexandre, qui ne pouvait pas oublier sa fuite honteuse du champ de bataille d'Austerlitz - à l'Autriche, à la Grande-Bretagne ou à la Russie ? Les réponses des conseillers étaient peu convaincantes. L'inimitié entre la France et la Grande-Bretagne n'avait pas disparu. Donc, on ne pouvait pas escompter une union entre les Anglais et les Français. Mais Napoléon, qui choisira-t-il pour allié en Europe ? La Russie ou l'Autriche ? Si c'est la Russie, alors, pas d'espoir pour l'Autriche.  Dans le cas contraire, Napoléon aura les mains libres pour attaquer la Russie. Quelle que soit sa politique, l'avenir de l'Europe semblait peu clair.  Alexandre ne savait pas qu'il aurait bientôt la réponse à la question qui l'inquiétait.

     

    Dans son premier message, l'Ambassadeur de Russie en France  écrivait que Napoléon continuait à écrire des lettres tendres à Joséphine,   partie après le divorce vivre dans  le palais de  Malmaison.

    Une  maxime,  attribuée à Bonaparte,   circulait  à Paris :      il aurait dit à Joséphine avant qu'elle ne s'évanouisse : « La politique n'a pas de cœur, elle a seulement une tête ».  Tous comprenaient que le divorce était formel. Le cœur  de Napoléon appartenait toujours à Joséphine, son ainée de six ans, mais l'empire exigeait un héritier.  Lorsqu'il est devenu clair que Joséphine était incapable d'enfanter, sa position dans la cour  était perdue.

     

    Dans le message suivant à son ambassadeur, Alexandre avait demandé quelles étaient les vraies raisons du divorce  et qui devait être la future fiancée de Napoléon. La réponse de l'ambassadeur ressemblait plutôt  à des commérages d'alcôve. Selon les données obtenues d'un dignitaire de l'empereur, le ministre des affaires étrangères le Prince Charles de Talleyrand-Périgord,  la question du divorce s'était posée avec plus d'insistance  après un attentat manqué contre Napoléon.  « S'il m'arrive quelque chose,  il faut qu'il reste quelqu'un à qui je pourrais laisser mon empire », a dit Bonaparte à son proche entourage.

    Bonaparte n'avait pas peur de mourir. Lorsqu'après son décès, son corps a été lavé, on y a découvert des traces de blessures, ignorées jusqu'alors.  Il est devenu clair qu'à l'époque, il avait caché ces autres blessures  pour ne pas décontenancer ses soldats pendant le combat et qu'il s'était tiré d'affaire avec l'aide de son proche entourage, tenu de garder le secret.  Même les habitants de Vienne en savaient très peu sur l'attentat perpétré dans leur ville. Mais l'ambassadeur russe en France, lui, s'est montré  bien informé.  

    Le 1er octobre 1809, Napoléon passait  à Vienne une revue de sa garde devant le palais de Schönbrunn. D'habitude, surtout pendant les jours de fête,  il y avait une affluence du public pendant ses revues, les gens venaient pour regarder Napoléon qui suscitait une curiosité insatiable. Napoléon laissait le public assister aux revues. Il appréciait beaucoup la docilité de Vienne. Personne ne pouvait s'attendre à l'événement qui allait suivre. Voilà ce qu'écrivait à ce sujet le grand historien russe, l'académicien Evgueny Tarlé.

    « Le 12 octobre, la revue touchait déjà à sa fin lorsqu'un jeune homme bien habillé  tenant dans sa main gauche une pétition, s'est faufilé brusquement entre les chevaux de la suite et s'est approché de celui de  l'Empereur. Il fut arrêté avant qu'il n'ait pu sortir un poignard long et aigu. Après la fin de la revue, Napoléon a voulu parler au captif. C'était  un étudiant de Saxe, Staps, un  habitant  de Naumburg.  « Pourquoi vouliez-vous me tuer ? » - « Je pense  que tant que vous êtes vivant, Votre Majesté, ma patrie et le monde entier ne connaitront ni liberté ni calme ». - « Qui vous a-t-il soufflé cette idée ? » - « Personne ».  « On vous apprend cela dans les universités ? » -  « Non, Sire » - « Vous vouliez faire comme Brutus ? »  Il parait que l'étudiant n'a pas répondu, car Napoléon disait plus tard que Staps avait l'air de ne pas très bien savoir qui était Brutus. « Que ferez-vous si je vous laisse partir ? Vous réessayerez  de me tuer ? «  « Staps a gardé un long silence avant de répondre : « oui,  Votre Majesté ».  Napoléon  n'a rien dit, puis, il est sorti, fort pensif. Le tribunal militaire s'est réuni le soir. Staps a été fusillé le lendemain ».

    Donc, les  blessures à l'arme à feu et le poignard aigu de Staps ont fait leur chemin. Napoléon s'est rendu compte de la fragilité de tout ce qu'il avait créé. La question d'un héritier était plus actuelle que jamais. Mais une femme mortelle, pouvait-elle accomplir ce désir  de « l'immortel » ?

    Dans le message  à l'empereur russe, l'ambassadeur écrivait que la femme capable de séduire l'imagination de l'Empereur des Français devait avoir un regard sévère, un nez droit, des cheveux noirs - c'était le portrait de Joséphine de Beauharnais.D'autre part, les dames dans la cour d'Alexandre disaient que la récente favorite de Napoléon, la Polonaise Maria Walewska était blonde, avait un visage rond, un nez légèrement retroussé. L'unique chose qui unissait ces deux femmes si différentes, c'est l'absence de l'esprit, - écrivait un contemporain de Napoléon.  Bref, il était impossible de comprendre comment devait être la nouvelle élue de Napoléon. Cette phrase terminait le message de l'ambassadeur russe à Paris à l'Empereur Alexandre. 

    Personne ne savait ce qui se passerait ensuite.  L'Empereur Alexandre, encore moins. Tout le monde ignorait quand la paix fragile avec la Russie se terminerait-elle. Il restait un peu plus de 900 jours jusqu'au 24 juin 1812 - le début de la guerre avec la Russie.

    Lire aussi:

    Lorsque la Grande Armée de Napoléon s'empare de nouveau de Moscou (images)
    Pourquoi tout ce que vous croyez savoir sur la Corée du Nord ne serait pas correct?
    Il n’y a plus de place pour Napoléon dans l’hymne national polonais
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik