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    Les avatars de l’art

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    Cela était déjà arrivé il y a trois ans, lors de la préparation de l'exposition SotsArt. Art politique en Russie de 1972 à aujourd'hui.


    Cela était déjà arrivé il y a trois ans, lors de la préparation de l'exposition SotsArt. Art politique en Russie de 1972 à aujourd'hui. Le ministre de la culture de l'époque avait  déclaré aux journalistes que cette exposition, si elle avait lieu, serait une honte pour la Russie. Il s'en était pris tout particulièrement à « l'Air de la Miséricorde » dû au tandem des Nez Bleus où l'on voit deux miliciens en uniformes en train de s'embrasser. Il avait ajouté qu'il ferait tout pour que l'exposition n'ait pas lieu, si bien que sur les 200 travaux qui devaient être présentés à Paris, dix-sept ont été bloqués à la frontière. Cette fois-ci une histoire du même genre arrive à la veille de l'inauguration de l'exposition « Contrepoint » qui doit réunir une vingtaine d'artistes russes au sein des collections du musée du Louvre à partir du 14 octobre : un des événements phrares de l'année croisée France-Russie. Seulement voilà, une des toiles baptisée « Radical Abstractionism 8 » et due à Avdei Ter-Oganian déplaît au ministère de la culture russe. L'œuvre représente un rectangle noir sur fond rouge au-dessus d'un petit cercle blanc et s'accompagne d'une légendre peu banale comme quoi cette œuvre abstraite appelle à commettre un attentat contre le pouvoir en place. Pour justifier l'interdiction un représentant du ministère a dit ceci : « Les uns vont rire, les autres prendront cela au sérieux ». Eh bien, c'est lui en tout premier lieu qui prend tout au sérieux, alors que l'auteur s'attaque ironiquement contre la lecture bureaucratique de son tableau et contre l'application démesurée de la notion de l'extrémisme aux œuvres d'art. De la provocation? Bien sûr, mais tout l'art moderne, d'autant plus SotsArt, art politique, est provocateur. Il est fait pour déranger, faire rire, aider à se débarrasser des réflexes soviétiques. Et puis, de qui se soucient les censeurs?  Si c'est du public français, il est immunisé depuis un siècle, dès les salons des Indépendants, contre toute confusion de l'art avec le réel, et sait bien distinguer les métaphores artistiques des discours politiques. Une autre question : pourquoi accepter, s'il y a des doutes, la participation à des expositions comme celle du Louvre? Pour  démontrer ses attitudes progressistes, pour faire semblant de couper avec les pratiques khrouchtcheviennes et brejneviennes? Et pourquoi intervenir avec des interdictions lorsque le programme est déjà bouclé? Parce que le sens de l'art échappe au contrôle total et que l'on ne peut être sûr de quoi que se soit jusqu'au dernier moment? Rien d'étonnant alors que sept confrères de l'artiste ont protesté contre la mesure des bureaucrates.

    A propos, pour cette exposition le musée, qui ne possède pas de département slave, a choisi les espaces du Louvre  médiéval. En effet, cet espace souterrain suscite  la fiction et l'imaginaire, fait écho aux utopies représentées, mais également, d'une façon inopinée, sert de cadre signifiant pour l'art transgresseur en accentuant la distance entre l'archaïque et le moderne. Une distance qui ne concerne pas que l'art.

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