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    Les français s'emparent des flèches de Bagration

    Les français s'emparent des flèches de Bagration

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    Le 7 septembre 1812, lundi. Champ de bataille de La Moskova/Borodino. A l’aube, lorsque le soleil commence à monter au-dessus de la ligne d’horizon, Napoléon Bonaparte s’exclame gaiement : « Voilà le soleil d’Austerlitz!


    Le 7 septembre 1812, lundi. Champ de bataille de La Moskova/Borodino. A l’aube, lorsque le soleil commence à monter au-dessus de la ligne d’horizon, Napoléon Bonaparte s’exclame gaiement : « Voilà le soleil d’Austerlitz ! En avant, mes fidèles soldats ».

    La Grande Armée s’est mise en mouvement. Le 4ème corps du vice-roi de l’Italie Eugène de Beauharnais (le fils de la première femme de Napoléon, l’impératrice Josephine) a commencé l’offensive. C’était le moment d’une des attaques les plus puissantes des Français. Le but que c’était fixé Napoléon, c’était le village de Borodino. Le quartier général de Koutouzov se trouvait non loin, dans le village de Gorki. Les Français ont commencé l’attaque par le centre. C’était une manoeuvre trompeuse : Napoléon visait le flanc gauche de l’armée de Koutouzov, où se trouvait la seconde armée dirigée par Bagration, dont les positions n’étaient pas invulnérables.  

    Eugène de Beauharnais a mené personnellement ses cavaliers à l’attaque. Le sang était versé. Selon les estimations des historiens, chaque heure de bataille faisait deux milliers et demi de morts. Après l'entrée en ligne du Prince Eugène, c’est le Maréchal Davout, surnommé l’homme de fer qui est passé à l'attaque. Son bâton de Maréchal se trouve actuellement dans le musée de l’Ermitage. L’infanterie dirigée par les officiers de Davout, a terminé ce que les cavaliers de Murat avaient commencé. La cible de Napoléon, c’était la batterie de Raevski se trouvant au centre qui portait des coups assez sensibles sur la Garde française. Pour s’en emparer, le maréchal Ney a envoyé en avant ses troupes, au son des tambours. Ney, devait abandonner par la suite Napoléon, puis aux Cent-jours se résigner à le servir à nouveau. Il fut l'une des victimes les plus notables de la terreur blanche et dans un procès honteux, fut condamné à mort et fusillé à Paris en 1815. Une théorie historienne indique toutefois, qu'il faut sauver de la mort par ses liens avec la franc-maçonnerie et vécu dans l'anonymat aux Etats-Unis où il serait mort bien plus tard. La Cavalerie de Murat qui devait lui aussi trahir l'Empereur son beau-frère et lui aussi finir devant un peloton d'exécution mais à Naples en cherchant à reprendre son trône après avoir déclaré l'unité de l'Italie et rallié Napoléon aux Cent-jours, la Cavalerie de Murat donc terminait l’attaque. 

    Un à un, les cavaliers de Murat fonçaient, telle une avalanche, vers les troupes de Bagration, qui occupaient le village de Semionovskoïe. L’attaque de Murat était précédée d’un tir  d’artillerie. Les témoins oculaires de ces événements se rappelaient un bruit étourdissant fait par les tirs des canons et la mousquetterie. Le bétail du village Semionovskoïe s’affolait, les animaux quittaient les étables pour galoper, fous d’épouvante, sous une grêle de mitraille. Des images affreuses que les Français et les Russes pouvaient observer ce jour-là, sont dignes des plus glorieuses légendes. Ainsi, dans la Garde impériale russe, le Colonel du régiment Semenovski, à la veille de la bataille, s’était querellé avec les officiers de son régiment et il a refusé de commander ceux qui avaient exprimé leur méfiance à son égard. Pour ne pas être jugé par un tribunal militaire, il s’est dit malade et a confié le commandement à son adjoint. Mais lorsque la bataille de La Moskova/Borodino a commencé,  il a ordonné à son ordonnance  d’apporter un tapis persan, de l’étaler sur le lieu le plus atteint par des tirs et il s’est couché dessus, en vrai malade, y restant pendant la moitié de la journée, fumant un narguilé et buvant une tisane chaude. Après cela, même ses ennemis jurés ne pouvaient pas dire que leur colonel était un poltron. Cette journée horrible de la bataille a dévoilé un grand nombre de cas de courage sans pareil, le plus grand dont l’homme puisse faire preuve, inspiré par un sentiment d’honneur et de dignité. Il faut noter que les Français ont témoigné d’un pareil héroïsme. Mais aucun soldat européen n’a manifesté un exemple d’abnégation pareil à celui des soldats russes dont les pertes furent terrifiantes en cette journée. 

    Avec tous ces exemples de résistance physique et morale, il serait de mise d’évaluer la répartition des forces des parties belligérantes. Les historiens ne sont toujours pas certain du nombre de soldats dans l’armée de Napoléon. C’est que pendant la retraite qui a suivi l'abandon de Moscou, la plupart des documents secrets de l’état-major général sous la direction du général Berthier ont été perdus. Naturellement, cela a ouvert la voie aux spéculations innombrables à ce sujet : l’armée napoléonienne, était-elle plus forte ou plus faible que l'armée russe ?  

    Au moment où Napoléon s’est approché de Borodino, son armée comptait 130 000 soldats et 587 canons. Chez les Russes,  il y avait  121 000 soldats et  640 canons. Parmi eux se trouvaient 7 000 Cosaques et plus de 10 000 soldats de la milice populaire. L’artillerie russe était inférieure à la française par sa qualité mais elle la dépassait par la quantité de pièces. En gros, les forces étaient à peu près égales en nombre, la tenacité russe était plus grande, et les troupes françaises en général étaient meilleures manoeuvrières. Le résultat de cette bataille frontale dépendait moins du talent des chefs militaires que de l’esprit guerrier des soldats. Mais voilà un paradoxe : le poète qui avait dit que les victoires étaient assurées par les généraux, et les pertes étaient causées par les soldats, avait raison. C’est bien vrai. L'héroïsme qui fut ce jour là déployé fut un exploit de tous : des officiers, des soldats, des généraux. La bataille s’embrasait. Le plus terrible allait suivre.

    La Moskova/Borodino, est une des batailles parmi les plus légendaires dans l’histoire des guerres européennes du XIXème siècle. L’imagination des romanciers et des historiens était influencée, bien sûr, par l'atrocité et l'intensité inégalée des combats qui eurent lieu ce jour là, des montagnes de cadavres devaient recouvrir pendant des semaines et des mois dans une surface énorme.  

    Les livres écrits sur La Moskova/Borodino sont très nombreux. Les français, les russes, et d'autres ont beaucoup écrits sur cette bataille, les russes notamment avec un acharnement particulier, notamment et surtout durant l'époque soviétique ont noyé les faits et la vérité de la bataille sous des monceaux de propagande. Mais nous n'en sommes pas encore là, et la bataille ne faisait que commencer en ce matin du 7 septembre 1812. Il restait un peu moins de 80 jours avant la retraite de la Grande Armée de Russie.  

     

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