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    Les dictateurs et la musique

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    C’est une exposition très dense, très pédagogique et très bien documentée. Un véritable fleuron de l’année croisée France-Russie.


    C’est une exposition très dense, très pédagogique et très bien documentée. Un véritable fleuron de l’année croisée France-Russie. Une exposition qui a demandé beaucoup d’efforts d’organisation et dont la qualité est tout à fait frappante. Vous apprenez son ouverture dans les couloirs du métro parisien où les affiches font voir les figures de deux chefs emblématiques de l’époque soviétique et le titre peu ordinaire « Lénine, Staline et la musique ».  Présentée au Musée de la musique, parc de la Villette, cette exposition offre une chronique de la vie musicale et artistique en Russie soviétique, de la révolution bolchévique 1917 à la mort de Staline en mars 1953. L’exposition examine la place de l’art dans l’élan révolutionnaire, avec sa liberté extraordinaire de création et d’expérimentation, et son évolution progressive vers une instrumentalisation par le totalitarisme stalinien. La distance est frappante, et pour la souligner, les auteurs de l’exposition l’ont conçue en deux parties. La première « Utopies » retrace la quête d’une nouvelle société et d’un monde meilleur. « L’art est libre, la création est libre » proclament les artistes, et les années 20 sont synonyme d’innovation sans pareil. L’exposition présente des ballets constructivistes, des opéras novateurs, des mystères synthétiques, parle des expériences d’introduction des rythmes de la vie industrielle dans la musique ou encore de la création d’instruments futuristes comme celui de Leon Thérémine, appelé « théréminovox », un instrument électroacoustique, dont les visiteurs peuvent jouer eux-mêmes en passant les mains au-dessus de cette boîte mystérieuse.

    Si la notion d’utopie permet de comprendre l’engouement des artistes pour l’idéal révolutionnaire, plus tard – et c’est la deuxième partie de l’exposition – cet idéal se heurte à la domination de l’idéologie qui va devenir à la fois méthode artistique et censure. La musique devient la vitrine du régime. On le comprend en se familiarisant avec les canons officiels et les thématiques du réalisme socialiste. La confrontation de deux auteurs, Dzerjinski et Chostakovitch, et de leurs opéras, « Le Don paisible » et « Lady Macbeth de Msensk », qualifié par le régime de « chaos qui remplace la musique », est significatif pour montrer le gouffre qui séparait les œuvres encensées et les œuvres condamnées. Et puis il y aura le rouleau compresseur du jdanovisme, le goulag où la musique paradoxalement avait sa place, le démantelement de la culture musicale juive. Les visiteurs sourient en voyant l’immense vase à l’effigie de Staline offert par le Bolchoï au dictateur, mais l’époque était loin d’être drôle - il suffit de lire les textes des panneaux mais également les documents, offerts par le musée, avec les propos de Tsvetan Todorov et de Guennadi Rojdestvenski sur le sujet de l’exposition. On y apprend, par exemple, que contrairement à ce qu’on pense, un dictateur se pense très volontiers comme un artiste. Et cela explique beaucoup de choses dans l’histoire.

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