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    Une bataille terriblement meurtrière

    Une bataille terriblement meurtrière

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    Lorsqu’il est question de la bataille de La Moskova/Borodino, nous avons envie de parler plus en


    Lorsqu’il est question de la bataille de La Moskova/Borodino, nous avons envie de parler plus en détail de ce qui est toujours resté en marge des manuels d’histoire, des articles scientifiques et des autres livres d'érudits : de la répercussion de cette guerre sur la population civile, de la vision d’un simple soldat de l’armée russe qui n’a pas lu les livres, qui n’a pas vu le combat de la hauteur d’un point d’observation. Ce soldat a tout senti sur son dos. L’extermination des vies humaines, l’absurdité y étaient visibles : une fois la bataille terminée, sur le champ de Borodino, il n’est resté aucun homme intact ou un cheval  non mutilé. On pouvait se faire une idée sur les pertes  de certains régiments d’après l’exemple suivant : l’officier qui a décrit les événements de la façon la plus détaillée, Nikita Mouraviev, après l’attaque des Français, allait à cheval à travers le champ de bataille de La Moskova/Borodino. Il est passé devant un petit détachement des dragons d’Irkoutsk, une cinquantaine de personnes. Ils se tenaient au garde-à-vous, les sabres dégainés, sous un feu puissant de l’adversaire. Pour l’unique commandant, il n’y avait qu’un officier. Mouraviev lui a demandé qui c’était. « Le régiment des dragons d’Irkoutsk, a répondu celui-ci, je commande le régiment car tous les ofiiciers sont tombés, je suis le seul ». Après cela, les dragons ont participé de nouveau à l’attaque générale, ils ont tenu bon pendant cinq attaques sous les boulets. Des exemples pareils étaient bien nombreux. Les soldats restaient sous le feu et périssaient là. De part et d’autre, on attendait la tombée de la nuit car elle signifiait automatiquement l’achèvement de la bataille. Vers la fin de la bataille, Napoléon a eu la possibilité de changer le cours du combat. La vieille route de Mojaisk, lorsque les unités que commandait Bagration étaient exterminées, est restée presqu’entièrement ouverte. Mais Napoléon l’ignorait. Dans l’armée russe, la fatigue se faisait sentir. La plupart d’officiers subalternes qui se trouvaient sur la ligne du feu, étaient certains que la fin serait imminente si la bataille se poursuivait pendant deux heures encore. Nul ne pensait à la retraite. Les soldats et les officiers étaient prêts à sacrifier leurs vies, c’est certain.

    Les Français étaient moins nombreux que les Russes, mais leur expérience et leur discipline dépassaient celles de l’armée de Koutouzov. L’information que la Vieille Garde de Napoléon, terrifiante, se tenait encore en réserve avait une influence déstabilisante sur les officiers russes. La Garde russe, elle, avait déjà perdu un nombre assez grand de soldats. Le régiment Preobrajenski et Semenovski, sans faire un seul coup de fusil, avaient perdu jusqu’à 400 hommes rien qu’à cause des boulets. Mais les Russes ignoraient le fait que chez les Français, la situation était analogue. Une grande fatigue et apathie, ainsi que les ténèbres nocturnes ont mis fin à la bataille des peuples. Les Français ont tiré 70 000 coups de canon : un boulet par soldat russe, tué ou blessé, sans compter des millions de coups de fusil. Alexandre Ier, homme sentimental, ayant appris les pertes, a ordonné de donner à chaque soldat ou sous-officier une prime – cinq roubles, et cent mille roubles au général Koutouzov. Pourtant, les soldats ont accueilli avec vénération ce geste du monarque qui semblait une moquerie aux générations suivantes. Mais il serait insensé de croire que la bataille sanglante s’est terminée là. Toute la nuit, on entendait les blessés russes et français crier et jurer dans le champ. La route de Mojaisk menant vers Moscou était entièrement couverte d’hommes mourants. Les témoins oculaires de ces scènes atroces étaient  bouleversés : chaque mourant avait gardé son arme, un symbole de l’honneur militaire. Ceux qui ont perdu les bras et les jambes ne se séparaient pas de leurs armes.  

    Leurs supplices ne s’arrêtaient pas là. Les blessés qui ont survécu et repris connaissance, souffraient d’un grand froid. On dit que dans la nuit qui a suivi la bataille, la température a baissé jusqu’à zéro. Ca et là, on voyait des flaques couvertes de glace. Qu’est-ce que c’était ? Une anomalie naturelle ou une vengeance des cieux ? A qui, pourquoi ? Les blessés (Français et Russes) se dispersaient par des villages voisins, souffrant du froid, ils faisaient des trous dans des meules de paille  et mouraient là. Ceux qui étaient ramassés par des infirmiers ne se trouvaient pas dans les meilleures conditions. A Borodino, on n’avait pas aménagé d’hôpitaux ou d’infirmeries. Donc, les infirmiers ne faisaient que mettre les soldats russes blessés sur la route, espérant que leurs camarades qui passeraient par là s’en occuperaient. Plus de la moitié des blessés ont péri justement sur la route, écrasés par les leurs. Les témoins oculaires racontent que le carrosse du fameux général Vassiltchikov a passé sur un grand tas de paille placé près de la route. Quelques blessés qui se cachaient dedans, furent écrasés. Plusieurs officiers gardaient dans leur mémoire les bords de la route couverts de cervelles et de corps écrasés. Le plus horrible arrivait lorsque les canons passaient par-dessus les blessés qui n’étaient pas sans connaissance. La plupart des rescapés qui ont su atteindre, par miracle, Moscou, ont brûlé ensuite dans l’incendie ayant envahi la ville.  

    C’est comme cela que la terrible bataille de La Moskova/Borodino s’est terminée – les deux armées y ont connu une gloire immortelle. Le plus étonnant c’est que le tsar Alexandre a reçu du quartier général de Koutouzov un message victorieux. Dans toutes les églises de la Russie, on a prié pour les vainqueurs. Mais quelle devait être la surprise des gens ordinaires lorsque, quelques jours plus tard,  ils ont appris que les Français étaient déjà à Moscou !

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