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    Le conseil de Fili

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    Donc, au lendemain de la bataille de La Moskova/Borodino, Napoléon a été informé que l’armée russe avait battu en retraite. Cela signifiait pour lui qu'il y aurait automatiquement une deuxième bataille, et sans aucun doute, près des murs de Moscou.


    Donc, au lendemain de la bataille de La Moskova/Borodino, Napoléon a été informé que l’armée russe avait battu en retraite. Cela signifiait pour lui qu'il y aurait automatiquement une deuxième bataille, et sans aucun doute, près des murs de Moscou. Chose étonnante : à l’époque et maintenant, seulement deux variantes étaient envisagées : laisser Moscou ou se battre devant ses murs. Personne ne pensait à la troisième variante : défendre Moscou. Bref, ces deux questions furent débattues à la réunion du conseil militaire à Fili après la défaite de La Moskova. Ce jour-là, Il y avait 11 participants. On disait que Koutouzov avait insisté sur ce chiffre. Il voulait qu’il y en ait 12, mais on n’a pas pu avoir ce nombre heureux.Comme la 2ème Armée de Bagration était détruite et le général tué, personne ne la représentait. Il y avait Barclay de Tolly en qualité du commandant de la 1ère Armée, et Léonty Bennigsen, le chef du Quartier Général. Il y avait aussi  Ermolov, chef de l’Etat-major de la 1ère Armée, les commandants qui avaient manifesté un courage exceptionnel  pendant la bataille : Dokhtourov, Raevski, Ouvarov et Konovitsine. Y prenait part aussi le stratège favori  de l’Empereur Alexandre, le Colonel Toll, qui  assumait la fonction de Général Quartier-maitre. Le onzième participant,  fut Païsi Kaisarov, il était auprès de Koutouzov une sorte de général de service, mais il n’avait pas voix au chapitre pendant la réunion du conseil.  Pour une raison ou pour une autre, Miloradovitch (qui était à l’époque le commandant de la 2ème Armée),  Kostenetski (le commandant de l’artillerie russe),  Platov, l’Ataman des Cosaques, qui s’était soulé pendant la bataille de Borodino et qui était démis temporairement de sa fonction par Koutouzov, n’étaient pas présents à la réunion, comme certains autres. Bref, Koutouzov n’avait invité à la réunion du Conseil militaire que la moitié des officiers supérieurs ayant survécu. Les voix de dix personnes invitées pouvaient facilement être partagées en deux, mais on n’y a pas fait attention, peut-être, était-il clair dès le début que tous les membres du conseil n’avaient pas droit à la prise de décision sauf un.

    Bennigsen, qui était allé la veille choisir une position pour la nouvelle bataille, proposait de se battre dans un champ entre Fili et les Monts aux Moineaux. Konovitsine, homme audacieux et honnête, qui ressemblait à un professeur  de physique, proposait d’aller à la rencontre des Français et de se battre là où les armées se réjoindraient. L’exemple de Borodino, où le général Konovitsine et les restes de la 1ère armée, délogée des flèches, avaient tenu le coup dans un champ, sans aucun abri, montrait que si les troupes se trouvaient dans un état frénétique, les inconvénients de la position ne jouaient plus aucun rôle. Dokhtourov, Ouvarov et  Ermolov se sont prononcés en faveur d’une nouvelle bataille. Il était clair d’avance que de Tolly ne serait pas d’accord avec Bennigsen – ne serait-ce que parce que  la position était choisi par un autre. Raevski et Osterman, eux, gardaient le silence. Bennigsen, voulait-il vraiment se battre ? Denis Davydov décrit dans ses mémoires l'épisode  suivant : pendant la retraite des Français,  Ermolov, en présence de Bennigsen, demandait à Koutouzov  d’attaquer Napoléon avec sa garde près de Krasnoié.  Ermolov voulait que Bennigsen le soutienne, mais celui-ci gardait obstinément le silence.  Resté seul avec Ermolov, il a expliqué : « Mon cher Ermolov, si je ne t’avais pas connu dès l’enfance, j’aurais pu croire que tu ne voulais pas cette offensive. Mes relations avec le général en chef sont telles que si j’approuvais ton conseil, cela aurait été suffisant pour qu’il ne le suive pas ». Bennigsen, voulait-il  la retraite, lorsqu’il se prononçait pour l’offensive ?  Bref,  personne ne pensait sérieusement à défendre l’ancienne capitale. Le gouverneur de Moscou Fiodor Rostoptchine la décrit ainsi dans ses notes :  « La ville était sans fossés, sans murs,  la circonférence atteignait  42 verstes ». Oui, Moscou n’était pas une forteresse, mais Saragosse, la ville espagnole pas très grande non plus, avait subi deux attaques en 1808, dont la première avait duré deux mois, et s’est terminée par la retraite des Français. Lorsque quelqu’un a dit à Fiodor Rostoptchine que Moscou pouvait être défendue, il a répliqué qu’il n’y avait pas de muraille autour de la ville. Son interlocuteur, un partisan de la défense de Moscou, a qualifié de muraille les monastères et les  maisons en pierre – il y en avait  assez dans la ville, des soldats pourraient y trouver un  refuge solide. En Russie, on connaissait l’histoire de Saragosse. Dans le livre L’Empereur Alexandre Ier du Grand Prince Nikolai Mikhailovitch, il y a une lettre d’un important  dignitaire russe à l’ambassadeur de Russie en Angleterre, Semion Vorontsov, sur l’abandon de Moscou. Là,  il a écrit : « Il devait y avoir des raisons importantes qui avaient causé la retraite et le renoncement au projet initial de défendre la ville, comme c’était le cas de Saragosse. Et c’était tout à fait possible car Moscou pouvait être très bien défendue ». C’était juste.  

    En 1812, à Moscou, il y avait près de 300 000 habitants. Près de 50 000 personnes auraient pu former une milice populaire. Dans l’arsénal moscovite,  il y avait  pas mal d’armement : les historiens parlent  de 20 000 fusils au moins et de 600 canons. Quant aux munitions – la poudre, le plomb, le salpêtre, les boulets, les balles, faute de pouvoir les emporter, on les noyait dans la Moskova. Des stocks détruits de cette façon auraient suffi pour  se battre pendant des mois. Comme le séjour des Français dans la ville pendant un mois et demi l’a montré, il y avait  plein de denrées alimentaires. En plus, sur la Moskova,  étaient amarrées des péniches chargées de blé.  (On avait ordonné de les couler pendant la retraite et ceux des Russes, restés dans la ville, qui  le savaient, plongeaient dans la rivière pour chercher ce blé, évitant  la famine). On  prétend que le gouverneur de la ville  Rostoptchine et le grand prince Constantin étaient contre ce projet. Il restait un peu moins d’une semaine jusqu’à l’incendie à Moscou ! 

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