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    La désintégration sanglante de la Yougoslavie

    La désintégration sanglante de la Yougoslavie

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    La Seconde guerre mondiale terminée en 1945 et ses initiateurs ayant mérité le châtiment au procès de Nuremberg, l’humanité espère vivre en paix.


    La Seconde guerre mondiale terminée en 1945 et ses initiateurs ayant mérité le châtiment au procès de Nuremberg, l’humanité espère vivre en paix. Or, les décennies qui suivirent s’avèrent sans précédent d’après le nombre de guerres et de conflits armés grands et petits ayant fait d’innombrables victimes. Pourquoi la communauté mondiale n’a pas réussi, même sous la bannière de l’ONU, à concevoir un mécanisme net de garantie de la paix universelle ? Les incendies armés réguliers, sont-ils dans l’intérêt des militaires influents, des forces et des joueurs politiques et économiques qu’on appelle parfois la « coulisse mondiale » ? Quelles sont les origines de telle ou telle guerre, qui se dresse derrière ses participants, qui doit assumer la responsabilité des centaines de milliers et des millions de tués et de blessés?

    Nous parlerons aujourd’hui de la désintégration sanglante de la Yougoslavie commencée en 1991 et ayant entraîné les guerres les plus sanglantes et cruelles en Europe d’après-guerre, des centaines de milliers de tués et des millions de réfugiés. Ce processus continue jusqu’aujourd’hui sous forme du Kosovo indépendant autoproclamé. On ne saurait exclure un nouveau conflit serbo-albanais. A y ajouter les républiques ex-yougoslaves de Macédoine et de Bosnie-Herzégovine, le mouvement radical albanais sous le mot d’ordre de la formation d’une Grande Albanie dans les Balkans …  

    Il n’y a fin 1990 - premier semestre de 1991 aucun Etat ou institution internationale y compris l’OTAN qui soutiennent officiellement la désintégration de la Yougoslavie. Les ministres des Affaires étrangères des pays de l’UE réunis en décembre 1990 à Bruxelles adoptent la Déclaration sur les rapports avec la Yougoslavie. Il est souligné que le maintien de l’intégrité de la RSFY est la condition sine qua non du début des pourparlers sur l’octroi du statut de membre associé de l’UE. Douze pays membres de la Communauté européenne soulignent en mars 1991 que « la Yougoslavie intégrée et démocratique a les meilleures chances de s’intégrer à la nouvelle Europe ». La résolution sur le maintien de la Yougoslavie (auteur Hans-Dietrich Henscher) est adoptée à l’unanimité en juin 1991 à la conférence de la CSCE à Berlin.  

    Cependant, deux républiques yougoslaves : Slovénie et Croatie annoncent le même mois leur sortie de la Yougoslavie ayant marqué le début de la désintégration de la Fédération en comptant en premier lieu sur le soutien des Etats-Unis. Le futur premier président de Croatie indépendante Franjo Tudjman adresse un message à son homologue américain George Bush lui demandant de protéger la démocratie en Croatie, en Slovénie, en Bosnie-Herzégovine contre le dictat communiste de la Serbie et de l’Armée populaire yougoslave.

    Les calculs sur Washington s’avèrent payants. Les députés du Congrès américains exhortent à prêter concours aux républiques « non communistes » de la Yougoslavie. Le Congrès adopte en mai 1991 la décision de suspendre le concours américain à la Yougoslavie, l’administration serbe ayant bloqué l’élection d’un représentant croate au poste de président du Présidium de la RSFY. En novembre 1991 les ministres de 12 pays membres de l’UE introduisent les sanctions économiques contre la Yougoslavie. Le président des Etats-Unis George Bush soutient les initiatives de l’UE d’introduire l’embargo sur les livraisons de pétrole à la Yougoslavie. L’Allemagne soutient plus activement que les autres puissances européennes les séparatistes croates et slovènes.  Henscher change lui aussi d’attitude en déclarant que son pays reconnaîtra la Croatie même sir l’UE ne la soutient pas. Le Vatican soutient activement l’Allemagne. Or, les Etats-Unis et l’OTAN sont les principaux architectes de  la désintégration de la Yougoslavie.

    L’experte invitée  Elena Gouskova, chef du Centre d’étude de la crise balkanique contemporaine de l’Institut d’études slaves de l’Académie des sciences de Russie explique:  

    «  Plusieurs institutions ont révisé leur contenu et objectifs en participant à la crise dans les Balkans. L’OTAN constitue un exemple éloquent. Elle franchit dans les Balkans la voie d’une alliance militaire à une union de paix et devient en fait un instrument de pression sur la partie intransigeante au conflit. Les Etats-Unis ont essayé sur l’exemple de la Yougoslavie le plan stratégique d’aménagement d’un nouveau système de relations internationales et leur rôle principal. La Russie (l’URSS) demeure l’adversaire principal des Etats-Unis. La Yougoslavie est choisie pour plusieurs raisons.

    Primo. La Yougoslavie est un obstacle : c’est l’Etat le plus grand et fort dans les Balkans doté d’un potentiel militaire sérieux. Il est prévu de la désagréger en petits Etats. La Yougoslavie conserve son armée et ne se soumet pas aux projets de l’OTAN.

    Secundo. La Yougoslavie est considérée comme l’éventuel allié et le partisan de la Russie.

    Tertio. La Yougoslavie est considérée en Occident comme le dernier rempart du communisme en Europe et le leader de l’application de l’idée de réciprocité slave.

    Quarto. Le Vatican projette depuis longtemps d’évincer (d’éliminer) l’espace orthodoxe dans les Balkans.   

    Cinco. L’Amérique est en quête de rival qui ne saurait lui opposer une résistance sérieuse et permettrait aux Etats-Unis et à l’OTAN de remporter une victoire « digne ». 

    Sixto. Les Balkans devraient servir de prétexte pour transformer l’OTAN d’une alliance militaire en une union de paix et la région de déploiement graduel des troupes de l’OTAN en Europe au moyen de déplacement des unités américaines d’Allemagne. D’où la coïncidence des intérêts américano-germaniques.

    La Bosnie-Herzégovine multinationale déclare début 1992 son indépendance à l’instar de la Slovénie et de la Croatie. Les commandos musulmans constituent vers ce moment 44% de sa population, les Serbes - 31% et les Croates - 17%. Le bilan du référendum sur l’indépendance de la république qui se déroule en février 1992 s’avère positif. Or, les Serbes bosniaques le boycottent se référant à l’absence de garanties juridiques internationales de leur sécurité et à l’aspirant à rester dans tous les cas au sein de la Yougoslavie intégrée. Le « premier sang » dans la guerre bosniaque coule aux noces serbes dans la banlieue de Sarajevo : tous les participants à la cérémonie sont fusillés par les commandos musulmans. L’ensemble du territoire de la Bosnie-Herzégovine devient plusieurs mois après champ de bataille.

    Dans le même temps, dans les capitales mondiales … 

    Washington et les grands Etats européens reconnaissent l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine dès le mois d’avril. En mai 1992 le secrétaire général de l’ONU Boutros Boutros Ghali adopte après avoir hésité la décision de poursuivre l’envoi des observateurs onusiens en Bosnie-Herzégovine vu l’aggravation de la situation dans la république qu’il qualifie de « tragique, dangereuse, acharnée et embrouillée ».

    «  Tous ceux qui règlent la crise sont, en règle générale, unanimes. Tous, y compris la Russie, soutiennent toutes les initiatives, à savoir : l’introduction des sanctions contre la Serbie et le Monténégro, l’octroi de l’indépendance des républiques yougoslaves, le châtiment de la Serbie et du Monténégro. La mission de paix internationale en Bosnie-Herzégovine passe graduellement des tâches humanitaires à la séparation des parties au conflit. Cependant, l’Atlantique Nord légalise ses activités en étendant pue à peu ses prérogatives.

    Le 9 octobre 1992 le Conseil de sécurité de l’ONU interdit dans la résolution n 781 les vols dans l’espace aérien de Bosnie-Herzégovine et charge les forces de l’ONU de contrôler l’observation de ce régime en stationnant les observateurs militaires aux aérodromes sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. Or, les avions de l’OTAN engagent le 12 avril 1993 à la demande du secrétaire général de l’ONU les vols dans l’espace aérien de Bosnie-Herzégovine. Deux chasseurs américains, les avions français « Mirage 200 » et les chasseurs bombardiers néerlandais F16 engagent une opération d’envergure de l’OTAN dans l’espace aérien de Bosnie-Herzégovine. Le commandant des forces armées intégrées de l’Atlantique Nord en Europe déclaré : « C’est un moment historique pour l’OTAN. Les forces de l’alliance sont pour la première fois employées dans les opérations au-delà de sa sphère d’activité ». 

    Simultanément l’effusion de sang prend de l’ampleur.

    La Krajina serbe en Croatie et la République serbe bosniaque sont devenues les principaux fronts d’opérations armées sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. Les Serbes les considèrent comme le dernier rempart de la lutte pour la sauvegarde sinon de la Yougoslavie unie, au moins de l’Etat serbe. Les Serbes bosniaques contrôlent vers le milieu de 1993 jusqu’à 70% du territoire de la Bosnie-Herzégovine et les autorités de Sarajevo envisagent toute une série de provocations pour contraindre l’OTAN à s’ingérer dans la guerre ethno-civile. Les explosions au marché de Sarajevo Markale constituent l’élément principal des provocations. Le commandement de l’armée des Serbes bosniaques en est accusé. L’aviation de l’OTAN reçoit l’ordre de bombarder les Serbes bosniaques ce qui permet à l’armée gouvernementale musulmane d’engager une contre-offensive avec le soutien des Croates. Les Serbes bosniaques sont privés vers le milieu 1995 d’importants territoires et ne peuvent compter même sur la moitié des territoires dans la future Bosnie-Herzégovine conçue comme une confédération amorphe.  Les circonstances qui ne sont pas précisées jusqu’à présent de la prise par l’armée des Serbes bosniaques commandées par le général Ratko Mladic de Srebrenica en juillet 1995 et les accusations immédiatement adressées aux Serbes d’avoir commis les actes de génocide compromettent définitivement leurs leader aux yeux de la communauté mondiale. Les principaux objectifs de Washington, de Bruxelles et de Sarajevo sont réalisés.

    En ce qui concerne les Serbes croates, le sort de leur Etat est encore plus dramatique. En été 1995 l’armée régulière croate soutenue de l’aviation de l’OTAN et des forces des musulmans bosniaques réalise une opération armée contre la Krajina serbe. Celle-ci est écrasée, plusieurs milliers de Serbes sont tués et des centaines de milliers abandonnent la Croatie. Ce fait durcit la position des médiateurs occidentaux aux pourparlers sur le règlement bosniaque.

    L’Occident se frotte déjà les mains, raconte Elena Gouskova. 

    Les décisions et les ultimatums sont imposés, l’Occident décline la possibilité de finaliser le texte de l’accord. La réunion des ministres de la défense des pays de l’OTAN consacrée à la situation en Bosnie-Herzégovine se déroule en juin 1995 à Paris. Il est convenu de former les Forces de réaction rapide de 10 mille hommes dotées d’équipement lourd et prêtes au combat. Ce sont des forces sans précédent dans l’histoire des opérations sur mandat de l’ONU.  L’objectif essentiel des forces consiste à réprimer toute tentative de s’opposer à la réalisation des tâches de l’ONU mais leur formation signifie en fait le remplacement des forces de l’ONU dans les Balkans par les forces de l’OTAN. Formellement le Conseil de sécurité doit approuver l’opération mais les préparatifs sont déjà engagés et le potentiel de l’OTAN dans les Balkans est renforcé. Le 16 juin 1995 le Conseil de sécurité adopte la résolution approuvant la présence des forces de réaction rapide  de 12 mille hommes en Bosnie-Herzégovine. La Russie et la Chine s’abstiennent lors du vote. Le représentant permanent russe à l’ONU Serguei Lavrov l’attribue à l’absence dans le texte de la résolution de garanties que les forces de réaction rapide ne soutiendront pas l’une des parties au conflit. 

    Ainsi, l’OTAN a vers l’été 1995 les positions solides sur le territoire de l’ex-Yougoslavie qu’elle raffermit dans les résolutions de l’ONU en étendant au maximum son mandat et ses possibilité et en se dotant du soutien des milieux publics.

    Or, Moscou ne reste pas les mains croisées …

    La réunion élargie des ministres des Affaires internationales, de la Défense et des chefs d’Etats-majors du Groupe international de contact pour l’ex-Yougoslavie se déroule le 21 juillet 1995 à Londres. Les Etats-Unis sont les plus agressifs. Ils se prononcent pour les frappes aériennes sans précédent contre les cibles serbes, insistent sur le transfert de l’opération de l’ONU à l’OTAN et même sur le retrait des forces multinationales de la région et leur remplacement par les contingents de l’Atlantique Nord. Cependant, la Russie représentée par le ministre des Affaires étrangères Andrei Kozyrev et le ministre de la Défense Pavel Gratchev s’oppose au règlement du problème bosniaque en employant la force. Moscou propose, par contre, d’accroître les effectifs des forces de l’ONU dans les Balkans grâce, notamment, aux unités russes. Bien que le secrétaire d’Etat américain Worren Christopher déclare à une conférence de presse que « les ententes intervenues ne dépendent pas du consentement des Russes », l’Occident ne saurait mépriser la position de Moscou. Le sort de la Bosnie-Herzégovine et des Serbes bosniaques est, néanmoins, prédéterminé début 1992 lorsque les Etats-Unis et la communauté européenne adoptent les premiers la décision sur la république ex-yougoslave.

    Elena Guoskova se souvient :

    “ Les motifs politiques prédominent sur les aspects juridiques dans l’espace postyougoslave et postsoviétique.  

    Il est temps de s’entendre sur la paix …

    Les leaders de Bosnie-Herzégovine, de Croatie et de Yougoslavie signent à l’issue des pourparlers engagés en novembre 1995 à la base aérienne américaine Dayton en Ohio avec la médiation des Etats-Unis, de l’UE et de la Russie l’accord de paix sur les principes du règlement bosniaque. Cet événement marque formellement l’achèvement de l’étape la plus sanglante de la désintégration de la Yougoslavie : d’après certaines estimations, jusqu’à 200 mille personnes périssent ne fut-ce qu’en Bosnie-Herzégovine. Les accords de Dayton embrassent les aspects civils et militaires de la structure de la Bosnie-Herzégovine. Les aspects militaires du règlement de paix raffermissent la présence à long terme des forces de l’OTAN sur ces territoires. Il est indiqué que les forces agiront sous le commandement, la gestion et le contrôle politique du Conseil nord-atlantique par le biais des structures de commandement de l’OTAN. La participation des autres Etats à l’opération en Bosnie-Herzégovine doit faire l’objet de l’entente entre ces Etats et l’OTAN. L’alliance étend pour la première fois dans l’histoire ses prérogatives et agit au-delà de sa sphère d’activité délimitée en 1949. Les accords de Dayton raffermissent l’ingérence de l’OTAN dans le règlement du conflit sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. 

    L’incendie, est-il en fait éteint ? 

    Conformément à l’Accord de paix de Dayton, la Bosnie-Herzégovine est subdivisée en la Fédération musulmano-croate (51% du territoire) et la République serbe (49%). Le Présidium collectif : un musulman, un Serbe et un Croate est un organe supranational suprême. Le parlement et plusieurs ministères centraux responsables des Affaires étrangères, des liens économiques extérieures, des finances, de la justice et des problèmes des réfugiés sont institués. Les représentants de chaque peuple bénéficient de droit de veto dans les organes du pouvoir. La Fédération musulmano-croate et la République serbe ont, chacune, le président, le parlement, le gouvernement, l’armée et la police. Ce modèle sans précédent n’est pas le pire dans le contexte de l’après-guerre. Qui plus est, la communauté mondiale ne réussit pas dans les 15 ans qui suivent à élaborer les principes efficaces de règlement du problème des Etats autoproclamés » .

    Or, le système compliqué des organes du pouvoir a des conséquences négatives : la crise politique permanente et le blocus réciproque par les trois peuples des décisions de l’Etat. On assiste ces dernières années en Bosnie-Herzégovine à la renaissance du nationalisme. Les Etats-Unis et l’UE mettent le cap sur l’annulation du modèle de Dayton et la formation d’un système unitaire centralisé du pouvoir. Les circonstances non précisées des pages les plus sanglantes de la guerre bosniaque : avant tout de la prise de Srebrenica sont le bouillon de culture de l’extrémisme parmi les musulmans bosniaques ne dissimulant pas leur intention d’éliminer la République serbe, pour reprendre leur expression, « produit des purges ethniques ». Un tel scénario promet un nouveau conflit sanglant dans les Balkans.

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