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    «Guerre de poisson» entre le Maroc et l'Union européenne

    «Guerre de poisson» entre le Maroc et l'Union européenne

    Photo: RIA Novosti
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    Mercredi dernier le Parlement européen a voté contre la prorogation de l'accord sur la pêche conclu entre l'UE et le Maroc qui prend fin en février prochain. Rabat n'a pas tardé d'exiger le retrait de tous les bateaux de pêche européens des eaux territoriales du royaume au plus tard le 15 décembre au minuit.


    La décision des parlementaires européens risque de déclencher une vraie «guerre de poisson» entre le Maroc et l'UE. Notre commentateur Alexeï Grigoriev rappelle que Bruxelles verse à Rabat 36 millions d'euro par an pour le droit de faire de la pêche dans la zone économique exclusive du royaume. Il y a en tout plus de 120 bateaux de pêche battant pavillon de 11 pays européens, qui le font. Les armateurs européens doivent en outre payer le stationnement et le service technique dans les ports marocains.

    Or il s'agit des sommes considérables. Jusqu'à récemment cet accord convenait pourtant à toutes les parties. La décision prise par le Parlement européen a donc l'air d'une déclaration de guerre. On comprend les parlementaires qui considèrent que la somme de 36 millions d'euros est exorbitante  et doit être revue à la baisse. L'UE est en pleine crise financière et profite de toute opportunité de réduire ses dépenses. On comprend que les écologues sont préoccupés par la préservation des ressources en poissons dans cette région. Mais ce qui suscite l'indignation des Marocains, c'est que la décision du Parlement européen soit politiquement motivée. Selon certains eurodéputés, Rabat devrait partager l'argent versé par Bruxelles avec les habitants du Sahara occidental dont les eaux territoriales sont considérées comme les plus riches en poisson de tout océan Atlantique. En soulevant le douloureux sujet du Sahara occidental les parlementaires européens ont piqué les Marocains au vif. Le ministère des Affaires étrangères n'a pas tardé à rappeler que cette région faisait partie intégrante du royaume et que toute déclaration dans laquelle le Sahara occidental était présenté comme un territoire autonome, constituait une atteinte à la souveraineté du Maroc. De telles déclarations sont d'autant plus inacceptables qu'elles émanent de l'UE dont le Maroc est membre associé et l'un des plus fidèles partenaires dans le monde arabe et en Afrique.

    «La décision du Parlement européen marque un développement regrettable, aux conséquences sérieuses sur l'avenir de la coopération entre le Maroc et l'UE en matière de pêche», a déploré dans un communiqué le ministère marocain des Affaires étrangères. A noter que le Front Polisario, l'opposant de Rabat au Sahara occidental, et la République arabe sahraouie démocratique ont salué la décision du Parlement européen par lequel ce dernier aurait manifesté son soutien moral à la lutte contre le Maroc. Le ministre délégué sahraoui pour l’Europe, Mohamed Sidati a souligné que le refus du Parlement européen de prolonger l’accord de pêche, entre l’Union européenne et le Maroc, dénote du « respect des droits de l’Homme par l’UE », a indiqué l’Agence de presse sahraouie, reprise par l’APS. Ce sont pourtant l'Espagne et le Portugal qui sont les grands perdants de cette rupture entre le Maroc et l'UE. Le gouvernement espagnol a, d'ailleurs, déjà exigé à Bruxelles un dédommagement des pertes subis par les pêcheurs espagnoles qui font de la pêche dans les eux marocains. L’interdiction de pêcher dans ces eaux diminuera les revenus des pêcheurs ce qui se répercutera sur les prix de poisson en Europe.

    Imaginons un seul instant, que le gouvernement marocain refuse cette fois-ci d’accorder ces mêmes licences et tourne le dos aux demandes du Parlement européen ? Les armateurs et les pêcheurs européens, les professionnels du tourisme et de l’industrie liés à cette activité devraient se rendre au Parlement européens pour protester et défendre leurs intérêts, écrit Fradid Mnebhi, journaliste dе VEb-cite Afrik-com. Le Maroc peut, d'ailleurs, très bien d'accorder des licences à d'autres pays dans lesquelles la demande de poisson et fruits de mer est grande – la Chine, le Japon, l'Inde et la Russie. Enfin, ce sont les Marocains qui profiteront de l'interdiction de pêche dans les eaux territoriales: le poisson frais coûtera moins cher.

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