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    Les révolutions ne sont pas terminées

    Les révolutions ne sont pas terminées

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    Un an après les révolutions arabes qui ont éclaté dans plusieurs pays du


    Un an après les révolutions arabes qui ont éclaté dans plusieurs pays du moyen orient et dans un contexte de plus en plus tendu en Syrie nous faisons le bilan de la situation avec le chercheur à l’Institut de recherche pour le développement et le rédacteur en chef de la revue Maghreb Mashrek Monsieur Jean Yves Moisseron :

    Selon vous quel déroulement du conflit en Syrie pourrait faire changer d’avis la Russie ? Et sous quels conditions ?

    C’est difficile à dire. Je pense que nous sommes dans une situation bloquée sur le plan interne en Syrie même et sur le plan international. C’est à dire que les positions de la Russie, elles s’inscrivent dans une longue histoire et dans une stratégie plus courte de reconquête de puissance en méditerranée avec la perspective des élections présidentielles. Donc ce qu’il faudrait c’est tout simplement que la situation en Syrie devienne tellement insoutenable et intolérable et elle l’est déjà pour que la Russie, qui est plutôt dans une situation de volonté de ne pas laisser les occidentaux intervenir, plutôt que de soutien inconditionnel à Bachar El Assad, que la Russie dans ce cas là arrive à faire des concessions. Mais à mon avis on est déjà dans une situation intolérable.

    Mais les analystes russes qui ont visité la Syrie affirment qu’il y a toujours des millions de Syriens qui soutiennent Bachar al-Assad, est-ce qu’il faut prendre en compte cette partie de la population?

    Il y a une partie de la population qui soutient Bachar al-Assad, c’est à dire que le régime bassiste a une base sociale assez forte d’abord chez les alaouites, mais aussi d’autres groupes sociaux. Il y a aussi des forces de sécurité et une armée qui sont le soutien du régime. La Syrie à l’inverse de la Libye est un pays qui est très organisé, avec des structures d’état extrêmement fortes une idéologie et un appareil sécuritaire et qui s’appuie sur une base sociale. Donc c’est possible pour Bachar al-Assad de mobiliser des milliers de gens pour montrer le soutien populaire à son régime. Mais il n'empêche qu’une grande partie de la population veut un changement et manifeste maintenant de façon extrêmement déterminée depuis plus de dix mois maintenant, ça montre bien que le régime Syrien est dans une impasse.

    Si on prend des résolutions de notre coté, ça veut dire qu’on va à l’encontre d’une certaine partie du peuple Syrien?

    Si il y a une partie du peuple Syrien qui soutient Bachar al-Assad et que les résolutions de l’ONU deviennent beaucoup plus interventionnistes, comme ça a été le cas en Lybie, effectivement ces résolutions iraient contre ceux qui soutiendraient Bachar al-Assad. Le problème c’est d’abord de savoir jusqu’où un régime politique peut aller en terme de violence contre des populations civiles, c’est plutôt ça la question. Ne pas faire de résolution c’est aussi prendre parti et aussi soutenir dans une certaine mesure une autre partie du peuple Syrien. Ceci dit il faut faire attention à ces analyses dichotomiques entre ces soutiens, il y a une grande partie de la population qui souffre, qui veut le changement, il y a une partie qui a des intérêts au maintient du régime et au statut quo. Le problème encore une fois c’est: jusqu’où une violence légitime d’un état peut aller pour contenir une opposition très forte de la population.

    Vous avez parlé de la Libye tout à l’heure, est-ce qu’un scénario libyen est envisageable en Syrie ou pas?

    Non certainement pas, d’abord justement si il y a une opposition forte de la Russie et de la Chine, c’est lié au précédent Libyen. La Chine et la Russie avaient signé du bout des lèvres la résolution 1973 qui encadrait les formes d’intervention de l’occident en Lybie et c’est clair que ce cadre a été largement dépassé et que le but politique de chasser Kadhafi du pouvoir qui n’était pas inclut dans la résolution a motivé l’intervention des occidentaux. Fort de cette expérience la Russie ne veut pas renouveler les choses. Il y a une défiance vis à vis de l’ONU et des occidentaux et ils ont peur que simplement une résolution de l’ONU aboutisse finalement à une intervention militaire, qui conduirait à chasser Bachar al-Assad du pouvoir. Donc le précédent Libyen joue aussi un rôle dans la détermination des russes à bloquer une résolution aujourd'hui.

    Peut on sortir de ce conflit d’une manière pacifique ou pas?

    Ca me parait difficile, sur le plan interne, le régime Syrien est allé beaucoup trop loin en terme de violence contre la population. Donc il me semble qu’il n’y a plus possibilité de sortie négociée et un compromis qui supposerait que  Bachar EL Assad reste au pouvoir et de l’autre coté il y a une population qui est extrêmement déterminée, malgré la violence, malgré les morts. Ils continuent à manifester avec des dérives de guerre civile, car une partie de l’armée a fait défection et qu’il y a un début de militarisation du conflit. Donc sur le plan interne ça supposera la résolution et nécessairement de façon assez violente du conflit, soit par l’écrasement de ces manifestants, soit par le départ de Bachar El Assad, mais ça suppose la remise en cause totale de l’ensemble de la structure politique en Syrie, c’est à dire le régime Bassiste, aussi bien dans son organisation sécuritaire que dans son idéologie, dons ça parait assez difficile, qu’il y ait une sortie de crise pacifique.

    Là vous parlez d’une manière interne, est-ce qu’il y aura une intervention externe comme en Libye?

    Ca me semble peu probable pour une raison simple. Les Russes d’abord ne donneront pas le cadre légal, qui permettra cette intervention et si une intervention intervient en dehors d’un cadre légal, ça créera des tentions internationales extrêmement vives, puisqu'au delà du problème démocratie, régime autoritaire, au delà du problème du printemps Arabe, on touche dans cette région à deux autres dimensions qui sont tout à fait explosives, qui sont les rapports entre les chiites et sunnites et qui sont aussi l’équilibre régional au moyen orient, avec toutes les questions pétrolières et la question iranienne, donc on a des ingrédients beaucoup plus explosifs que dans le cas Libyen. Donc je crois qu’en dehors d’un cadre légal et d’un accord international pour une intervention armée il n’y aura pas de ce type d’intervention?

    J’ai entendu que la Russie craint que le développement du conflit en Syrie puisse contaminer d’autres pays, comme le Liban par exemple.

    Le Liban n’est pas du tout dans ce registre, c’est à dire qu’il n’y a pas de problèmes d’autoritarisme ou de régime autoritaire au Liban. Par contre le Liban commence à souffrir Beaucoup de l'instabilité en Syrie, mais les risques de contagion sont plutôt du coté iranien, voir du coté Russe lui même, puisqu’il y a une contestation des régimes autoritaires et donc il y a déjà beaucoup de choses qui se sont passée en Iran. Disons qu’il y a un risque de contagion d’abord en Iran et ensuit un motif de contestation international vis à vis du régime Poutine qui se durcit.

    Le conseil de coopération du golfe s’est opposé à la révolution au Bahrein, s’est rangé du coté de Ali Abdallah Saleh contre les opposants du Yemen, a évoqué son soutien à Moubarak et son régime en Egypte et a accueilli Ben Ali après sa fuite de Tunisie, mais il a changé de position en ce qui concerne la Libye et la Syrie. Pourquoi ce changement?

    D’abord parce que l’histoire géopolitique de la région est très différente selon les pays, en fait il y avait des opposition assez fortes entres le Golfe et la Syrie et le Golfe et Kadhafi donc ce n’étaient pas des alliés. La différence que j’ai évoqué tout à l’heure, au Bahrein il y a aussi cette problématique pétrolière et relation entre sunnites et chiites. Donc il y a des éléments de crispassions, potentiels d’explosion, qui sont contenus. C’est pour ça que probablement avec l’aval des américains le Golfe est intervenu à Bahrein pour limiter des transformations intérieures qui risqueraient de remettre les monarchies pétrolières en cause trop directement. Donc c’est essentiellement pour ces raisons qu’il y a eu effectivement deux poids, deux mesures si on peut dire et un changement dans les positions de ces monarchies du Golfe.

    En ce qui est de la  position de la France, quel sont ses intérêts au moyen orient et en Syrie par exemple?

    La France se veut une puissance internationale jouant sur l’ensemble des régions du monde, elle a une tradition universaliste d’intervention et d’orientation dans sa politique étrangère. Au moyen orient il y a évidement des intérêts immédiats ne serait ce que par les relations historiques avec le Liban, l’intervention en Libye a été plus ou moins justifiée par l’implication de la France ainsi que d’autres pays dans le partenariat Euro Méditerranéen dans l’union pou la Méditerranée. Donc il  y a des intérêts à la fois symboliques, géopolitiques, pétroliers et historiques, ne serait ce qu’à travers la francophonie ou les relations avec le Liban.

    Donc quand vous dites qu’il y a des intérêts pétroliers, il y a quand même un intérêt économique vis à vis de ces pays?

    Bien sur il y a un intérêt économique, pour la Libye c’était tout à fait important pour le Liban pareillement. Et ensuite il y  a évidement l’intervention en Lybie qui était justifiée par un certain nombre d’exactions du régime Libyen contre sa population. On voit bien que pour la Syrie on s’étonne qu’il n’y a pas d’intervention occidentale dans un cas qui représente beaucoup de similarité avec la Libye. Ce sont des intérêts économiques, mais encore une fois des intérêts de puissance, des intérêts symboliques etc. L’Europe veut jouer un rôle important en méditerranée et la France tout particulièrement avec notamment tout ce qui concerne l’union pour la Méditerrannée.

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