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    François Hollande aux abysses du nucléaire

    François Hollande aux abysses du nucléaire

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    Hier le chef des armées françaises se trouvait à bord du « Terrible », sous-marin nucléaire lanceur d’engins qui se promenait avec le Président au large de la Côte d’Emeraude en Bretagne.


    Hier le chef des armées françaises se trouvait à bord du « Terrible », sous-marin nucléaire lanceur d’engins qui se promenait avec le Président au large de la Côte d’Emeraude en Bretagne. Bien qu’accompagné dans son périple par le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian, c’est à ses risques et périls que François Hollande s’est embarqué sur le bâtiment le ministre ayant sagement préféré rester sur terre ferme. Il est notoire qu’à partir de l’époque de Valéry Giscard d’Estaing c'est-à-dire en 1974, aucun Président de la France ne s’est embarqué sur les SNLE. Le geste de François Hollande est pour le moins symbolique comme son discours dans lequel il a réaffirmé l’attachement de la France à la force de dissuasion.

    Cependant, malgré la continuité dans cet effort de maintien du bouclier, il existe certaines nuances que l’on aimerait mettre en évidence. L’Elysée se plaît à répéter à tout bout de champ qu’il n’y aura pas de coupures dans le budget militaire du pays et que tous les postes seront maintenus. Du point de vue stratégique, François Hollande s’est déjà prononcé lors de sa campagne électorale lorsqu’il a tenu à préciser par l’entremise du magazine « La Défense Nationale ». Dans le numéro du mois de mars le futur Président de la République a exposé sa vision de la défense. Il y a écrit entre autres : « La défense est en effet l’instrument de préservation de notre bien commun : l’indépendance nationale. Cette responsabilité s’inscrit profondément dans l’histoire de notre nation. C’est donc avec respect, conscience des enjeux et volonté de tenir le rang de notre pays dans le monde que je fixe les engagements qui seront les miens si les Français m’accordent leur confiance ». Fin de citation.

    Quand les diplomates ou hommes d’Etat s’expriment sur un tel ou tel sujet, il faut apprendre à décortiquer. Dans le passage précité nous retenons surtout « la volonté de tenir le rang de notre pays dans le monde » ; Cela est fort bien mais qu’entend-il au juste ?

    Si l’on veut épouser l’optique de la politique présidentielle à l’égard de la dissuasion nucléaire, il faut remonter en 2008. Il y a 4 ans et quelques, à Cherbourg Nicolas Sarkozy pérorait sur la dissuasion. Et c’était à l’occasion du lancement du même « Terrible » visité hier par François Hollande en Bretagne. A la différence du chef socialiste, le petit et méchant Nicolas est beaucoup plus prolixe. Il nous expose les grandes lignes de la nouvelle doctrine de la dissuasion qu’il veut carrément différente par rapport à ses prédécesseurs. Ainsi tout en déclarant le maintien de la dissuasion il table sur le Traité d’interdiction des essais nucléaires non ratifié par les Etats-Unis et la Chine. Selon Sarkozy, l’époque d’une dissuasion massive appartient désormais au passé et la France doit remettre ses pendules à l’heure ; Pour ce faire Sarkozy, alors Président, s’est proposé à réduire les arsenaux nucléaires français d’un tiers. En deuxième lieu, il veut que la France fasse montre de transparence et donne un maximum de détails sur ses moyens de dissuasion. Et ensuite Sarkozy d’annoncer que le Livre Blanc sur la Défense de 1994 a vécu et qu’il en faut un autre.

    J’aimerais comparer ce passage à une autre citation. Cette fois-ci il s’agit du lieutenant de Hollande, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui déclare sans sourciller : « (…) pour préparer l’avenir, un Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale sera élaboré pour la fin de cette année et présentée à cette assemblée au début 2013 avec une loi de programmation militaire qui suivra. Les choix qui s’imposeront se feront dans la transparence et la cohérence (…) ». Fin de citation.

    On s’aperçoit de l’application des mêmes notions que celles de Nicolas Sarkozy. C’est un peu « bonnet blanc – blanc bonnet ». Dans les deux discours, celui de Sarkozy en 2008 et celui de Ayrault il y a moins d’une semaine, il y va de la transparence du budget qui doit encore être arrêté et de la cohérence financière tout comme de la rédaction d’un nouveau Livre Blanc sur la Défense.

    A titre de conclusion nous avancerions qu’apparemment, faute d’une nouvelle philosophie de défense, les hollandistes s’abonnent au club de Sarkozy. Que ce soit l’Ancien ou le Nouveau Présidents ; ils parlent tous les deux aussi bien que Jean-Marc Ayrault de la réduction de la force de frappe française et du changement de la doctrine militaire, car c’est bien la doctrine qui est exposée dans le Livre Blanc.

    On le voit : la France est entrée dans une nouvelle époque d’existence où, selon le bon vouloir de ses Présidents et leurs équipes, elle mise sur la dissuasion de l’OTA, force américaine et où son rôle se réduit à une position secondaire. Cela est explicité par la réduction d’un tiers des arsenaux au moment où les conflits locaux battent leur plein et les guerriers nord-africains promettent aux Européens l’Armaggedon. J’aurais également aimé faire remarquer qu’il ya plus de 50 ans, l’un des stratèges fondateurs de la théorie de dissuasion nucléaire française, le général Pierre Gallois que j’ai eu l’honneur de connaître, prévenait les Européens qu’à l’âge nucléaire aucune alliance ne peut être fondée sur le pouvoir égalisateur de l’atome, car aucune puissance ne prendra le risque d’user du feu nucléaire si elle ne doit pas protéger son propre sanctuaire. La France, elle-même, refuse le parapluie nucléaire à ses propres DOM-TOM alors comment peut-on réduire les dépenses et les arsenaux l’année de toutes les incertitudes ? Décidément on sent que les apprentis sorciers, tels des Harry Potter, sont solidement installés aux commandes de l’Hexagone.

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