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    L’aviation civile russe reprend de l’altitude

    L’aviation civile russe reprend de l’altitude

    Photo : RIA Novosti
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    L’aviation civile russe va mal. Ce refrain est répété à tue-tête par tous les avionneurs de tous les pays du Globe qui s’en réjouissent.

     

    L’aviation civile russe va mal. Ce refrain est répété à tue-tête par tous les avionneurs de tous les pays du Globe qui s’en réjouissent. Lorsque j’ai dit à un copain travaillant chez Air France qu’il existe un avion du type Tupolev 204, il m’a répondu sur un ton hautain : « Mais ce n’est pas un avion ! C’est un prototype volant ! » C’est vrai qu’il y a encore 20 ans, les Russes considéraient comme prototypes les avions qui ne passaient pas le seuil de production de 100 avions par type. Aujourd’hui les machines volantes civiles sont fabriquées au compte-goutte. Je le sais parce que j’ai donné quinze ans de ma vie à l’aéronautique et aviation. Les Russes se plaignent beaucoup de bâtons que les gouvernements occidentaux leur mettent dans les roues pour enfreindre l’avancée des avions russes sur le marché occidental. Et les analystes moscovites n’ont pas tellement tort : même du temps de l’époque soviétique, lorsque les appareils volants russes dépassaient souvent par leurs paramètres les coucous du même type de production occidentale, les pays de l’Europe de l’Ouest n’auraient jamais pensé à acheter russe. Il ne me vient à l’esprit que le fameux Yak-40 qui a été d’ailleurs le premier avion régional du monde vendu au nombre de 4 unités aux Italiens. Et pourtant l’aviation militaire russe est très prisée et bien commercialisée sur tous les continents hormis l’Australie. Alors où passe la ligne de démarcation qui sépare les avions militaires de la Fédération de Russie de sa cousine l’aviation civile ? L’école d’ingénieurs n’est-elle pas la même ? La réponse existe mais il n’est pas sûr qu’elle plaise à tous.

    Les fonctionnaires russes que l’Etat cherche à contrôler choisissent souvent de mauvaises solutions qui desservent la Russie. Lorsque le Ministère es Transports russe a approuvé les agissements d’Aéroflot, transporteur aérien national, qui a validé l’achat des Airbus-320 personne n’a bronché. Lorsque Transaéro, deuxième compagnie russe, a décidé de se mettre aux Boeings, tous ont applaudi. Les propriétaires et gestionnaires de ces compagnies ne se préoccupent guère de l’intérêt national. Ce qui provoque la mort des usines d’aéronautique.

    Heureusement, la conjoncture a changé ces dernières années. Les Russes ne sont plus aussi friands des joujoux volants occidentaux. Et puis l’apparition du Groupe d’Aéronautique National a contribué à la régularisation du marché. Le Superjet-100, nouvel avion de courte et moyenne portée russe, coproduit avec la France et d’autres pays, a permis aux ingénieurs russes de se faire aux méthodes et système de qualité occidentaux. Enfin l’aviation cargo et à double usage militaire et civil semble s’être remis des coliques de l’époque eltsinienne. Pour la petite histoire les Russes exploitent également les avions de production ukrainienne en amoindrissant le coût de fonctionnement. Je pense notamment à la nouvelle série d’Antonov-70 produite par Kiev qui est sous toutes les coutures supérieure à un A-400. Jugez-en par vous-même : pour une capacité d’emport de 37 tonnes avec un Airbus 400, l’avion ukrainien plafonne à 47 tonnes. Le volume cargo égale 360 mètres carrés chez l’avion européen et 400 chez un A-70. La vitesse de croisière fait 720 kilomètres à l’heure chez A 400 et 800 km /h pour le coucou ukrainien. Il en va de même pour la portée maximale l’avion slave pouvant couvrir 4 700 kilomètres chargé à bloc pour 3 200 kilomètres chez son homologue de l’Ouest. Bref, une jolie réussite du concepteur de Kiev qui a su faire valoriser ses acquis de l’époque soviétique.

    En guise de conclusion nous ne dirions qu’une chose : on ne peut exceller dans tous les domaines. Si les Russes ont une longue et glorieuse tradition d’aéronautique militaire et cargo civile qui répondent bien à leur vecteur du développement, ils n’ont jamais été très forts en production des choses confortables. Ce n’est pas leur truc, c’est tout ! A la Russie revient l’honneur de travailler dans l’atome, l’espace, les armements, la prospection et l’extraction des matières premières, l’agroalimentaire avec exportation du blé et autres secteurs d’industrie lourde. Et il va de soi qu’à l’heure qu’il est, les avionneurs européen et américain sont meilleurs dans le domaine de l’aéronautique civile moderne. Mais comme les avions sont maintenant coproduits par plusieurs pays à la fois, je ne saurai vraiment trouver beaucoup de différences entre un Tu 204 et un Airbus de la même classe. C’est que même les propulseurs sont souvent fabriqués par les mêmes compagnies.

    Pourtant il va de soi que les Russes auront besoin de leurs propres avions pour rester maîtres de leur immensité. Et je crois que l’administration du pays vient de faire quelques pas timides en cette direction.

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